La musique de Mozart est trop lumineuse et transparente pour tolérer une exécution aussi approximative et aussi inconsistante que celle offerte sous la direction du chef Kenneth Slowik, mardi soir.
Dans la symphonie, les cors ont craqué à un rythme qui frise la révocation du permis de pratiquer. Et il aurait été trop malhonnête d'écrire que les cordes manquaient de justesse. Trop souvent, à dire vrai, elles jouaient tout simplement faux. Le manque de concentration était évident. Vers la fin du premier mouvement, un des premiers violons a carrément sauté quatre mesures. Dans les dernières mesures de l'Andante, un autre a distraitement ajouté un dièse où il ne fallait pas. Pas chic du tout. On se serait cru au milieu d'une lecture à vue.
Dans le Menuet, plus précisément dans la partie qu'on appelle le «trio», les violoncelles ont exécuté les arpèges encore plus mal à la reprise que la première fois.
Il ne faudrait pas jeter le blâme uniquement sur les instrumentistes. D'un bout à l'autre de l'oeuvre, on a pu constater le manque total d'équilibre chez les bois et l'absence de relief en général. Sans parler des attaques imprécises, des articulations qui se relâchent, des cadences sans tonus. En principe, le chef est payé pour régler ces questions.
Kenneth Slowik, le directeur musical du minifestival Mozart que l'OSQ a entrepris dimanche, possède une solide expérience comme interprète. Il joue aussi bien du pianoforte que du violoncelle. Sa compétence comme chef d'orchestre est toutefois en dessous de ce à quoi on s'attend d'une organisation professionnelle comme l'OSQ. La battue est molle, le geste lourd et pas très habile. Je n'aurais pas voulu être à la place du pianiste Anton Kuerti. Le pauvre, il a déjà du mal à jouer les doubles-croches sans en échapper une ou deux par mesure.
Avec Yoav Talmi, la saison dernière, Anton Kuerti avait livré une remarquable exécution du 1er de Beethoven. Certes, on sentait que ses doigts le trahissaient à l'occasion, mais son interprétation pleine de tendresse, de joie et de jeunesse faisait oublier ce genre de détails. Le contact entre le soliste et le chef ajoutait une valeur immense à l'interprétation.
Disons qu'on est retombé sur terre dans le 25e de Mozart. Dans le mouvement central du concerto de piano, le hautbois est entré un temps trop tôt. Cela a énervé le chef, qui s'est tourné vers le pianiste en lui faisant de gros yeux comme si c'était de sa faute. À partir de ce moment, Slowik s'est mis à lui battre la mesure grand comme ça. On aurait dit un prof grondant un mauvais élève.
Anton Kuerti, lui, s'est replongé dans son concerto. On aurait dit qu'il l'ignorait. En tout cas, à sa place, c'est ce que j'aurais fait.
ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC. Direction : Kenneth Slowik, chef d'orchestre. Soliste : Anton Kuerti, pianiste. Mozart : Adagio et Fugue pour cordes en do mineur, K. 546; Concerto pour piano no 25 en do majeur, K. 503; Symphonie no 40 en sol mineur, K. 550. Mardi soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre. Le festival Mozart en quatre temps se poursuit ce soir avec le Requiem et la Symphonie no 41, «Jupiter».