Du grand Chick Corea

Le respecté pianiste Chick Corea a proposé un... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le respecté pianiste Chick Corea a proposé un heureux voyage à travers ses influences, sans omettre de partager des titres de son cru.

Le Soleil, Patrice Laroche

<p>Nicolas Houle</p>

Nicolas Houle
Le Soleil

(Québec) C'est à l'un de ses rares concerts solo que Chick Corea conviait ses admirateurs, lundi, au Palais Montcalm. Sans autre prétention que celle d'offrir une performance inspirée, le respecté pianiste a proposé un heureux voyage à travers ses influences sans omettre de partager des titres de son cru.

Le message préenregistré invitant les spectateurs à éteindre leurs téléphones portables venait à peine de s'achever qu'une porte s'ouvrait à la droite de la grande scène de la salle Raoul-Jobin. Chick Corea en est sorti, sans cérémonie, des partitions dans une main, un thé à la menthe dans l'autre. Puis, il s'est assis et s'est adressé au public comme à un ami, avec humour.

Non, ce n'était pas un concert guindé - ce qui ne voulait pas dire qu'il prenait sa tâche à la légère. Lorsqu'il posait les doigts sur les touches d'ivoire et d'ébène, le jazzman le faisait avec toute la sensibilité, l'éloquence et la subtilité dont il peut faire preuve quand il est en forme. Et il était en grande forme.

Après s'être échauffé en déterrant l'une de ses vieilles pièces, question de mettre le piano à sa main, il a rendu hommage aux pianistes qui, comme lui, sont également compositeurs et leaders. On a eu droit à une Waltz for Debby, de Bill Evans, tout en délicatesse, où il pouvait aussi bien détacher les notes qu'exploiter la réverbération naturelle des lieux - il était à peine amplifié - ou y aller d'envolées virtuoses. Il a aussi proposé une immersion habile dans l'univers de Monk, avec de belles teintes bluesy, ainsi qu'une plongée renversante dans celui de Bud Powell, où il pinçait les cordes du piano, ajoutant du coup une efficace touche dramatique.

Contenu classique

Au terme de la première partie, Corea a remarqué qu'il était temps de faire réaccorder son instrument. Il a remercié le public et lui a indiqué qu'il avait joué longtemps et que personne n'était forcé d'assister à la deuxième partie. Mais après pareille prestation, tout le monde a regagné son siège afin d'entendre d'autres anecdotes du maître et apprécier son doigté.

Il a alors privilégié son propre répertoire, notamment ses Children's Songs, et celui de compositeurs associés au milieu classique tels Bartók et Alexandre Scriabine. Le contenu, plus exigeant, menait à des interprétations davantage rigides, d'autant que Corea se reposait sur des partitions, mais son jeu n'en était pas moins fin et agile. Au terme du concert, il a même eu le génie de faire interagir la foule, dont il a fait sa chorale, et a obtenu d'étonnants résultats.

Ce programme, aussi varié que généreux, a été accueilli avec beaucoup de chaleur par ses quelque 700 fans. C'est qu'on a pu savourer maintes facettes de son art et de son jeu dans un contexte idéal et, du même coup, réaliser à quel point, du haut de ses 70 ans, Chick Corea vieillit bien.

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