(Québec) «Comme le dit l'indigné, s'ils nous empêchent de rêver, on va les empêcher de dormir.» Cette phrase, lancée par Richard Desjardins, résume bien l'esprit de son nouveau spectacle, L'existoire. À la fois festif et mordant, sensible et franchement drôle, l'auteur-compositeur-interprète a célébré les mots, hier. Mais il a aussi fait leur fête à plusieurs de ses cibles de prédilection, écorchant joyeusement les conservateurs, le clergé ou les compagnies minières et forestières.
En début de prestation, ses salutations ont donné le ton lorsqu'il a accueilli son public de «loyaux sujets de l'empereur Harpeur de rien à la coiffure de Playmobil». Richard Desjardins n'a pas fait mentir sa réputation de chanteur engagé: les carrés rouges en appui aux étudiants étaient bien visibles, la cause de l'Action boréale, dont il est le vice-président, a fait l'objet d'une longue présentation. En échange, l'artiste a promis une chanson de plus à la fin. Comme sa prestation a duré environ deux heures, on peut dire que le public n'y a pas perdu au change!
Le dernier album de Desjardins, paru l'année dernière, propose tout un périple musical. D'une pièce à l'autre, les genres musicaux se succèdent, tout comme les personnages auxquels donne vie sa plume imagée. Le généreux spectacle que le musicien en a tiré suit le même parcours. On varie les tons et les rythmes, passant par exemple de la finale en tango de la pièce de L'existoire au bluegrass insolent de Roger Guntacker. Le tout suivi de l'hilarant monologue Provigo. Desjardins s'est fait solennel pour les adieux de Migwetch, tranchant pour Développement durable, tendre pour Sur son épaule, classique pour l'instrumentale Elvira. On en a entendu de toutes les couleurs... et on n'ira pas s'en plaindre!
Si les pièces de L'existoire sont à l'honneur dans cette nouvelle tournée, Desjardins ne manque pas de revisiter quelques incontournables. C'est avec Boum boum qu'il a choisi d'ouvrir ce nouveau rendez-vous, et sa livraison énergique du Bon gars a réjoui le public. Heure de tombée oblige, j'ai dû filer avant d'entendre Tu m'aimes-tu et Quand j'aime une fois..., prévue en conclusion de spectacle. Dommage.
Bien entouré
Pour faire le voyage avec lui, Richard Desjardins s'est entouré de compagnons aussi polyvalents que talentueux: Claude Fradette, Tommy Gauthier, Mélanie Auclair, Jean-Denis Levasseur et Karl Surprenant créent un paysage sonore fort dense, recréant les arrangements immortalisés sur disque par une quinzaine de musiciens.
Et comme Desjardins est un amoureux des mots, il a choisi d'amener avec lui la slameuse Marjolaine Beauchamp, qui assure sa première partie. Une occasion en or de découvrir cette jeune femme talentueuse à la dégaine assurée et à la poésie dégourdie. Seule au micro, elle a capté sans musique l'attention d'une salle Louis-Fréchette pas du tout réchauffée. Chapeau!
Tout ce beau monde revient ce soir au Grand Théâtre pour une deuxième représentation. Et il reste encore quelques billets...