CRITIQUE

Les Violons du Roy à la hauteur du chef-d'oeuvre de Bach

Dans le rôle de l'Évangéliste, le ténor Ian... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Dans le rôle de l'Évangéliste, le ténor Ian Bostridge a offert une prestation fluide et captivante.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Richard Boisvert
Le Soleil

(Québec) On a beau avoir entre les mains un chef-d'oeuvre aussi indiscutable que la Passion selon saint Jean de J.S. Bach, il faut encore savoir le vendre au public, d'autant plus que tout le monde sait dès le début comment l'histoire se termine. Il fallait l'humilité, la rigueur et l'expérience d'un Bernard Labadie pour vous garder assis pendant près de deux heures et demie sans même sentir le temps passer.

Le tableau qui attendait les spectateurs à la salle Raoul-Jobin, mercredi soir, avait un caractère monumental, ne serait-ce que par la taille de l'effectif. Rien de lourd toutefois dans l'exécution placée sous la direction du chef des Violons du Roy. Au contraire, son dynamisme et son élan nous ont tenu en haleine d'un bout à l'autre.

Les 31 chanteurs de la Chapelle de Québec formaient un large demi-cercle clôturant le fond de la scène. Juste devant, au centre, quatre solistes. Devant eux, l'orchestre composé des cordes, de la viole de gambe, des flûtes, des hautbois, du basson, du luth, de l'orgue et du clavecin.

Installés assez près du chef, bien en vue sur une plate-forme surélevée, deux autres solistes, Ian Bostridge et Neil Davies, campent respectivement les personnages de l'Évangéliste et de Jésus. La place qu'ils occupent sur scène est en parfaite cohérence avec le rôle qu'ils jouent dans le drame. Ils sont au coeur de l'action, physiquement et symboliquement. Les deux voix captivent, et celle de Bostridge vibre d'une manière si pleine et si totalement engagée qu'elle impressionne, touche et remue à chaque intervention. On oublie la vedette. On voit seulement un ténor qui met son coeur au service du récit et des mille et un sentiments qu'il véhicule.

Parmi les solistes, outre Karina Gauvin - la grâce incarnée dans Zerfliesse, mein Herze -, on note de remarquables nouveaux venus : le contre-ténor Damien Guillon, au timbre doux mais chaleureux, le ténor Nicholas Phan, magnifiquement expressif et doté d'un charisme certain, et le baryton-basse Hanno Müller-Brachmann à la voix riche et satinée.

Moments superbes

Bernard Labadie a conduit son monde d'une main ferme et assurée. Sous sa baguette ont surgi une foule de superbes moments, tantôt brillamment contrastés, tantôt miraculeusement équilibrés. Il faut notamment retenir l'interprétation finement nuancée du grand choral d'ouverture ou l'ambiance intime et irréelle du Betrachte, meine Seel, mariage parfait du luth, des deux violons en sourdine, du violoncelle et de la contrebasse.

Il faut bien sûr aussi noter la précision à peine croyable des chanteurs de la Chapelle de Québec tant sur le plan de l'intonation, dans le chromatisme sinueux du Wäre dieser nicht ein Übeltäter, que sur le plan du rythme, dans l'énergique Lasset uns den nicht zerteilen. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce que le public leur ait offert la plus belle part des applaudissement à l'issue de la représentation.

LES VIOLONS DU ROY ET LA CHAPELLE DE QUÉBEC. La Passion selon saint Jean de J.S. Bach. Direction : Bernard Labadie, chef d'orchestre. Solistes : Ian Bostridge, Neal Davies, Karina Gauvin, Damien Guillon, Nicholas Phan, Hanno Müller-Brachmann. Mercredi à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm.

 

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