The Lost Fingers: de Pigalle à Rouyn

Les Lost Fingers ont troqué leurs habits roses... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Les Lost Fingers ont troqué leurs habits roses pour des teintes plus sombres, mais ils arborent de nouveaux noeuds papillon en céramique, qui feront fureur aux Oscars, l'an prochain, assure Byron Mikaloff.

Le Soleil, Patrice Laroche

Josianne Desloges

Josianne Desloges
Le Soleil

(Québec) Les Lost Fingers récidivent avec leurs reprises de succès à la sauce manouche et, cette fois, ils mènent une double offensive, en sortant des albums en simultané en France et au Québec. Alors queGitan Kameleon (réédition remaniée de Gipsy Kameleon, paru au Canada en 2010) paraît dans l'Hexagone, le trio basé à Québec nous présente La marquise, un album qui revisite les succès de la musique française des années 80.

Au bout du fil, le guitariste Byron Mikaloff est intarissable sur le développement international des Lost Fingers. Leur changement d'étiquette en Europe - ils sont passés de Sony France (une branche de Tandem, leur maison de disques au Québec) à Wagram, qui s'occupe entre autres de Corneille, Bran Van 3000 et des Cowboys Fringants - lui donne beaucoup d'espoirs.

«On a fait la France de bord en bord, on a joué cinq fois à Marseille, mais le nom de Lost Fingers reste underground, même s'il y a beaucoup d'intérêt des gens», expose-t-il, en soulignant que le groupe pourra maintenant compter sur les talents de Valérie Michelin (Céline Dion, Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman). «Si ça ne marche pas en France cette fois-là, il y a vraiment un problème», de dire le musicien qui a grandi en Colombie-Britannique.

La France des années 80

La marquise regroupe en fait les bonus de leurs disques parus en France (Joe le taxi de Vanessa Paradis, Voyage, voyage de Desireless, Les bêtises de Sabine Paturel, entre autres) et la moitié des nouvelles pièces de Gitan Kameleon. Outre un clin d'oeil québécois (1990, de Jean Leloup), un hit belge (Alors on danse, de Stromae) et une pièce des années 30 (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux?, de Ray Ventura), le disque se concentre sur des succès des années 80 en France. Bashung, Niagara et Noir Désir se taillent une place parmi les tubes plus pop.

Et qu'on ne s'inquiète pas des pièces de Gitan Kameleon encore inédites ici, dont une collaboration avec le guitariste jazz Andreas Oberg : «On va les avoir pour un autre album après, ça va revenir», assure Mikaloff.

Cette année, outre une trentaine de dates en Ontario et une dizaine au Québec, Alex Morissette (contrebasse, choeur), Christian Roberge (voix, guitare) et Mikaloff feront des spectacles en Espagne, en Turquie, en France, au Royaume-Uni, en Écosse et en Australie. Il ne serait toutefois pas impossible de les voir près de chez vous l'été prochain, puis­qu'ils sont disponibles pour les festivals «les deux premières semaines de juillet», mentionne Mikaloff.

Chose certaine, ils seront au Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue, au début juin, aux côtés, entre autres, d'Angelo Debarre et de John Jorgensen (Elton John, Johnny Cash). «Un genre de Saturday Night in San Francisco, mais à Rouyn-Noranda», rigole-t-il.

Kitsch et universel

D'un pays à l'autre, les Lost Fingers n'ont pas trop à adapter leur répertoire, semble-t-il. Byron Milakoff raconte avec animation comment, à sa grande surprise, le groupe s'est fait demander Sunglasses at Night (Corey Hart) à Istanbul. Le touski franco, anglo, années 80 et manouche possèderait un attrait universel. Comme le kitsch. «Cargo de nuit [Axel Bauer], le vidéo est quétaine à mort, mais c'est une de mes préférées sur l'album», indique le guitariste. «On rit, mais on les respecte aussi. On essaie de les transformer le mieux possible. C'est dur à faire, mais on est rendus bons là-dedans.»

Le groupe voit même ses reprises «reprises» par d'autres groupes de jazz ou de musiques du monde. «Ça montre que quelque chose reste de nos versions», croit Mikaloff, en ajoutant : «Je m'étais promis de ne jamais être dans un band qui fait des covers identiques».

Le projet d'album de hard rock et de metal, dont ils parlaient depuis plus d'un an, est mis de côté pour l'instant. «On a quelque chose de plus intéressant peut-être, on est en train de regarder ça. Peut-être qu'on fera ça, peut-être un disque de one hit wonders.» Et pourquoi pas des chansons originales? Le guitariste ne dit pas non. «Je n'ai juste pas encore trouvé le concept pour pouvoir dire que Lost Fingers font leurs propres tounes. Je rêve de travailler avec un producteur comme Mark Ronson, qui a fait les albums d'Amy Winehouse, pour faire quelque chose de swing. Si un jour, on fait nos propres tounes, ce serait à ce niveau-là.»

Pour ceux qui suivent les audaces vestimentaires des Lost Fingers, sachez que le groupe s'est fait faire un modèle de noeuds papillon exclusif de la maison italienne Cor sine labe doli. Faits en céramique jaune, les accessoires tendance («L'année prochaine, c'est sûr que tous les gars vont avoir ça aux Oscars», assure Byron Mikaloff) iront avec leurs nouveaux complets brun, beige et blanc.

Trois chansons commentées par Byron Mikaloff

Alors on danse, Stromae

«Depuis qu'on a fait Pump up the Jam, on cherchait une toune en français avec le petit côté rap, actuel, qui va aller chercher maman, papa, mais aussi les enfants. Mais on dirait qu'il n'a pas eu de hit assez gros. J'ai sorti les accords en une heure et Christian a amené sa zurna, un instrument de Turquie et ça a marché tout de suite.»

Voyage, voyage, Desireless

«Toutes les reprises que j'ai entendues de Voyage, voyage sont faites dance, avec les gros claviers, fait pour les discothèques. Je l'ai choisie parce que j'ai toujours aimé la mélodie, et, jouée avec les rythmes de la bossa gitan, c'est séducteur et mélancolique un peu, c'est très riche.»

Besoin de rien, envie de toi, Peter et Sloane

«Nous étions sortis à Pigalle, près du Moulin Rouge. On entre dans une place de karaoké avec des gangsters, des vrais personnages. Et un moment donné, un gros musclé est monté avec une pitoune pour chanter ça, avec le vidéo en arrière. J'ai hurlé de rire, j'avais les larmes qui coulaient. C'est tellement quétaine, mais tellement puissant, tout le monde chantait en même temps.»

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