Lorsque l'humoriste nous téléphone de Montréal, quelques heures avant de reprendre l'avion pour la France, on détecte un subtil accent français dans sa voix. «Honnêtement, je ne m'en rends pas compte», répond Kavanagh. «Je dis toujours qu'on partage une demi-langue avec les Français.» Il faut dire que l'humoriste a passé les 12 dernières années en France, soit, si nous faisons le calcul, le tiers de sa vie. On lui pardonne.
Avec Sylvain Larocque, il est en train d'adapter Coming out, le spectacle qu'il présente depuis plusieurs mois en France et qu'il vient de présenter cinq soirs à guichet fermé à l'Olympia. «On va garder de 50 à 60% du show, mais ce ne sera pas la même affiche, ni le même titre. On a quelques jours pour se décider», indique Anthony Kavanagh. Impossible toutefois de connaître les titres qui sont dans la mire.
Tout comme nous ne saurons rien (pour l'instant) sur les invités et le concept du gala qu'il animera au Grand Rire le 15 juin, le troisième en trois ans. Seul indice: il y aura de la musique (on se souviendra de I Will Survive, un numéro flamboyant de chant, de danse et de paillettes, qui avait fait mouche l'année dernière).
Donner son avis
«Avec Coming out, je me permettais de donner mon avis sur la société française et de parler aux Français comme n'importe quel humoriste européen pourrait le faire», résume l'artiste. Au Québec, il parlera de la France, «puisque ma vie, mon quotidien est là-bas», dit-il, mais aussi de réalités québécoises et de sujets universels, comme la paternité (dont il goûte aux joies depuis deux ans et quelques) et le racisme.
«Le numéro sur le racisme s'appelle Les préjugés mimés. La prémisse est de dire qu'on vit dans la société la plus surveillée de l'histoire, tout le monde a son smart phone et peut filmer et photographier et mettre ça sur Internet cinq minutes après. Le seul avantage est que les racistes, on les entend moins. Ils sont obligés de trouver des façons plus discrètes d'exprimer leurs préjugés. Alors, je montre la conversation [partiellement mimée] entre un propriétaire d'appartements dans les beaux quartiers et son agent immobilier. C'est le numéro qui marche le mieux dans le show», raconte Kavanagh.
Mais même si elles fonctionnent bien outre-mer, nous ne devrions pas avoir droit aux imitations de Sarkozy ou de Johnny Halliday. «Au Québec, on les connaît de réputation, de nom, mais on ne connaît pas leurs tics, leur vie. Ce n'est pas adaptable. L'humour, c'est culturel, ce n'est pas comme la musique, qui est universelle. Si tu prends les 10 shows d'humour qui marchent le plus dans chaque pays, tu as un portrait en temps réel de tout ce qui se passe dans ce pays-là: si l'économie va bien, si le gouvernement est aimé, si les gens sont optimistes, ouverts d'esprit...», indique-t-il, en rappelant que l'humour n'évolue pas de la même manière partout. «Au Québec, on s'est permis d'attaquer et de cibler les vedettes dans les années 80, 90, les années Piment fort. Maintenant, on est vacciné. La vague du "politiquement correct" a atteint la France plus tard.»
Cinéma et télé
Outre l'humour, Kavanagh multiplie les projets en cinéma et à la télé. Ce printemps, il se lancera à la recherche d'un nouveau producteur pour le scénario de comédie policière qu'il a écrit. En 2013, il devrait interpréter deux seconds rôles au cinéma, tout en continuant de faire du doublage pour des films d'animation. Il attend présentement de savoir s'il rejouera dans la série très populaire Fais pas ci, fais pas ça.
Et il poursuit sa tournée de spectacles pour visiter les expatriés francophones. Il visitera bientôt La Réunion, l'Île Maurice, la Guadeloupe, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie et... Dublin. «Juste à Dublin, il y a 100 000 Français. C'est la première fois que je vais aller en Irlande, alors que Kavanagh est un nom très commun là-bas», révèle l'humoriste, qui a toutefois hâte de prendre le temps de revenir au Québec plus d'une semaine à la fois. «J'ai hâte de revenir faire des shows ici. Au-delà de considérations artistiques ou financières, c'est important pour moi, l'homme, pour mon coeur. J'ai besoin de savourer le Québec.»
L'humoriste animera le Grand Gala du 15 juin du Grand Rire, puis sera en rodage à L'Anglicane et à Magog cet été, avant de débuter officiellement sa tournée au Grand Théâtre de Québec les 21 et 22 septembre.