Renée Martel: la paix retrouvée

(Québec) Renée Martel est une femme libre. C'est elle qui le dit sur son nouvel album, lancé la semaine dernière. Elle aurait pu aussi dire qu'elle est une femme enthousiaste, apaisée et résolument vivante. À l'âge où la majorité des gens songent à la retraite, cette grande dame du country n'est pas pressée de s'arrêter.

Mine de rien, ça fera bientôt six décennies que la blonde artiste roule sa bosse sur scène : elle a commencé à fouler les planches à cinq ans, guidée par son père, le chanteur Marcel Martel. Soixante ans de carrière! Le nombre a de quoi frapper l'imaginaire. Même celui de la principale intéressée, qui avoue avoir encaissé un petit choc en recevant une lettre du gouvernement lui rappelant qu'elle aura droit à son premier chèque de pension en juin.

«La musique, toute ma vie a été axée là-dessus, lance-t-elle. Et elle va finir là-dessus j'en suis sûre. Je suis trop vieille pour changer de métier, j'aime encore trop ça et j'ai encore trop de projets!» Pas question de retraite, donc? «Non! J'ai pris une retraite forcée il y a 10 ans parce que j'ai été malade, je ne prendrai pas d'autre retraite. Ma retraite, je vais la prendre étendue dans une tombe!» ajoute-t-elle mi-sérieuse, mi-blagueuse.

La référence à la mort n'est pas fortuite. La chanteuse évoquera le sujet à quelques reprises au cours de l'entretien, elle qui a affronté son lot d'épreuves et de démons avant de revenir à l'avant-scène, en 2008, avec l'album L'héritage.

«J'ai passé des temps difficiles, mais j'ai été prudente parce que je ne me suis pas trop montrée pendant que je le vivais, raconte-t-elle. Ça ne sert à rien d'étaler notre malheur. J'ai essayé de vivre ça de loin. Il y a des occasions où j'ai été obligée de me montrer. Ça paraissait que je n'allais pas bien et on en parlait en masse. Moi, je suis comme un chat : je lèche mes plaies cachée et quand ça va bien, je me montre.»

Survivre

Renée Martel a survécu aux deuils, à l'alcoolisme, à la dépression, à une grave maladie pulmonaire. Puis, il y a eu le suicide de son conjoint, un nouveau drame qui l'a happée alors qu'elle savourait le bonheur d'avoir renoué avec son public, en 2008. La chanteuse a tenu bon, mais elle a eu besoin d'aide pour se relever. «J'ai vu un psychiatre... et je le vois encore. Ça ne me gêne pas de le dire parce que [sans aide], j'en serais morte», confie-t-elle.

Dans une volonté de «boucler la boucle», Renée Martel aborde cet épisode douloureux de sa vie sur l'album Une femme libre. Lynda Lemay, qu'elle connaît depuis les années 80, a signé pour elle un texte sensible, La porte de ta vie, qui évoque le suicide du point de vue de ceux qui restent.

«Je voulais que Lynda m'écrive une chanson qui parle de ce qu'on peut vivre quand on est la survivante, de ce qui se passe dans notre tête, dans notre corps, dans notre coeur. On se détruit, c'est à ce point-là, décrit la chanteuse. Je l'ai appelée et je lui ai dit : "C'est un sujet tellement délicat, il y a juste toi qui peux m'écrire une chanson là-dessus."»

Renée Martel a pris quelques mois pour apprivoiser le texte avant d'entrer en studio. «J'ai dit [au réalisateur] Marc Pérusse : "Je la fais trois fois et c'est tout." C'est trop d'émotion à l'état pur», relate-t-elle. Pas question, non plus, de l'interpréter en spectacle : «Ce n'est pas nécessaire de me jouer dans le coeur tous les soirs. C'est fait, c'est chanté, c'est là. J'ai dit ce que j'avais à dire et c'est une chanson qui va me rester, que je vais toujours aimer. Mais pas de là à la chanter sur scène...»

Plusieurs facettes

Sur l'album L'héritage, Renée Martel partageait le micro avec Richard Desjardins et Robert Charlebois. Avec Une femme libre, elle s'offre des duos avec Pierre Flynn, Daniel Lavoie, Steve Marin et Paul Daraîche. Avec ses propres mots, mais aussi avec ceux de Nelson Minville, de Mario Peluso, de Martine Coupal ou de Martine Archambault, notamment, elle donne vie à diverses facettes de cette femme libre qu'elle est devenue au fil des ans.

«Il y a des textes que je chante aujourd'hui que je n'aurais pas chantés à l'âge de 20 ans. Je n'aurais pas été crédible...», note celle qui, au contraire, ne rechigne pas à se replonger dans les succès de sa jeunesse comme Liverpool ou Je vais à Londres.

«J'ai de la chance parce que les chansons que j'ai enregistrées, je les ai toutes aimées, assure-t-elle. Quand je viens pour monter un spectacle, j'ai un beau problème parce que je ne sais pas quoi mettre et quoi enlever. J'en aurais assez pour rester trois soirs dans la même ville et offrir un spectacle différent chaque soir!»

Cet ambitieux projet scénique n'est pas dans les cartons... pour le moment! On pourra toutefois voir Renée Martel au Centre d'art La Chapelle le 17 mars, où elle présentera le dernier spectacle de la tournée L'héritage : son passage au mois d'octobre avait dû être reporté à cause d'une blessure qui force toujours la chanteuse à se déplacer à l'aide d'une canne. Elle sera aussi du spectacle Le retour de nos idoles, présenté au Colisée du 4 au 6 mai.

Vous voulez y aller?

Qui : Renée Martel

Quand : le 17 mars à 20h

Où : Centre d'art La Chapelle

Billets : 56 $

Tél. : 418 686-5032

Quoi : Le retour de nos idoles

Quand : du 4 au 6 mai à 13h30 et 19h30

Où : Colisée Pepsi

Billets : de 59,50 $ à 160 $

Tél. : 418 691-7211

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