Sur le feuillet distribué à l'entrée et rédigé dans un français plus que douteux, on voyait bien que le nom de la compagnie avait été modifié à la sauvette. L'oeuvre au programme, elle, n'avait pas changé. Autre détail rassurant, Roméo et Juliette, les deux principaux personnages du ballet de Prokofiev, seraient bel et bien tenus par les danseurs vedettes Natalia Balan et Anatolie Ustinov. Ouf!
Quel que soit son nom, la troupe d'une vingtaine de danseurs et danseuses a livré une performance convaincante, hier soir, devant une salle Louis-Fréchette bondée. Considérant les moyens ridiculement modestes déployés sur scène, il faut en donner tout le mérite aux interprètes.
Passons rapidement sur la musique. À la place de l'orchestre, on a eu droit à un enregistrement d'une qualité tout juste acceptable. Quant à l'interprétation, on l'a trouvée trop molle à l'occasion. Pour l'ambiance, on repassera.
Question décor, c'était nul. Cinq ou six images projetées sur un écran tendu en fond de scène. L'une d'elles, d'ailleurs, penchait dangereusement d'un côté. Pas étonnant que le pauvre Roméo se soit retrouvé les quatre fers en l'air.
Pour la fameuse scène du balcon, on s'est payé un accessoire. Sur un panneau de velours tout rapiécé étaient collés deux ou trois misérables pieds de vigne aux feuilles défraîchies. Tout pour rompre le charme.
Natalia Balan et Anatolie Ustinov, les interprètes des jeunes amants, ont heureusement su faire abstraction de ce triste dénuement. La salle, de toute évidence, s'est laissée charmer par leur élégance. Question charisme, j'avoue leur avoir toutefois préféré le Mercutio qu'a interprété avec naturel et humour Eugeniu Tcaci. Son duel avec Tybalt et sa longue agonie était de loin le moment le plus captivant de la soirée.
Les Grands Ballets russes. Ballet en trois actes de Sergei Prokofiev d'après William Shakespeare. Directeur artistique : Andrei Litvinov. Danseurs vedettes : Natalia Balan (Juliette), Anatolie Ustimov (Roméo) et Eugeniu Tcaci (Mercutio). Décors : Valentin Federov. Costumes : Arthur Oliver. Hier soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.