Maintenant de Natalie Mecteau: une histoire personnelle

«Je suis une romantique rebelle», dit l'auteure Natalie... (Photo collaboration spéciale, Gilles Gagné)

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«Je suis une romantique rebelle», dit l'auteure Natalie Mecteau.

Photo collaboration spéciale, Gilles Gagné

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Gilles Gagné, collaboration spéciale
Le Soleil

(Carleton) Pendant 13 ans, Natalie Mecteau a dû se motiver chaque matin pour se rendre à son travail, dans des écoles où elle enseignait l'anglais, langue seconde. Elle croyait arriver un jour à apprivoiser un travail qu'elle détestait. Était-il surprenant, dans ce contexte, qu'elle tombe en profonde dépression, en 2008 et en 2009?

Auteure du livre Maintenant, un ouvrage de 60 pages publié par les Éditions du Panthéon, en France, elle raconte son cheminement. Elle a abandonné l'enseignement en 2009 pour reprendre son aplomb. L'écriture est apparue dans le processus de guérison comme un mode d'expression, mais aussi comme une façon d'aider d'autres personnes à se sortir de leur propre dépression.

En aidant autrui, elle arrivait du même coup à redonner un sens à sa vie. Mais comment en était-elle arrivée à la dépression? Un mauvais choix de carrière a déclenché une lente descente en enfer, dit-elle.

«Au cégep, je voulais devenir journaliste. J'ai fait trois mois en communications, mais je n'étais pas du genre à être toujours à l'affût. J'ai regardé le droit et la psychologie, mais il fallait des maths fortes et je ne les avais pas. Il ne restait que l'enseignement, contre mon gré [...] J'ai fini mon baccalauréat en enseignement en anglais, langue seconde. Étiquetée prof d'anglais, c'est très, très limité», dit-elle.

En donnant des ateliers à Québec, elle remarque l'accent d'un jeune Gaspésien. Elle pense qu'un changement d'air serait salutaire. Après un appel fait à la mère de l'étudiant, une enseignante, elle arrive en Gaspésie.

«Je n'avais jamais été accueillie comme ça dans ma propre région. Je suis Gaspésienne maintenant. C'est chez nous», lance-t-elle.

Elle est stagiaire au début, et tout baigne. «À deux, le stagiaire et le professeur, tout va bien, quand le boss est à côté.»

Après deux mois, la commission scolaire lui offre un poste, et elle obtient sa permanence deux ans plus tard. Toutefois, l'enseignement l'angoisse.

«Le matin, j'avais une boule dans la gorge avant d'aller à l'école. Je vivais avec la peur de ne pas avoir la crédibilité auprès des élèves. Mon temps d'enseignement était éparpillé dans des classes de trois écoles, donc trois directions. Le sentiment d'appartenance était inexistant. Je me disais: «C'est ça, travailler! Ce doit être ça, la vie. C'est ça, gagner ta vie. Ça se fait dans la douleur. Mon but était de prendre ma pilule, d'apprendre à endurer et à me taire. J'avais peur de rencontrer les parents, peur de décevoir. Les gros yeux que je voyais au [supermarché] Métro, ça me rentrait dedans, comme les appels des parents chez moi», raconte Mme Mecteau.

Pour ne pas décevoir la direction, elle garde tout pour elle. «Les directions m'aimaient beaucoup [...] Mais en ne m'écoutant pas, je me suis fait mal.»

Désabusement

Elle sent un profond désabusement par rapport à la vision qu'elle se faisait de l'enseignement à l'université. «Je pensais que l'enseignant était là pour transmettre ses connaissances. Mais en une heure, il y avait 40 minutes de discipline. Je devais jongler avec les caractères, les différences de chacun. Je devais faire ça en anglais, parce que c'est ce que le programme disait.»

Si ses premières années d'enseignement sont atténuées par l'heureuse venue de ses enfants, maintenant âgés de 14 et 13 ans, l'intervalle 2004-2009 vire au cauchemar. «En 2009, ça fait cinq ans que je traîne la patte. Je suis confinée dans un tiroir avec moi-même. Chaque heure est pénible», résume-t-elle.

Le suicide d'un copain déclenche une crise majeure. «Je suis en panique à l'école. Je fais comprendre aux gens qui sont là que je suis la prochaine à faire l'irréparable, le soir même si je peux», dit Mme Mecteau.

Enfin de l'aide

Elle commence enfin à recourir à l'aide dont elle a besoin, mais il lui faudra des mois avant d'admettre le mot dépression pour décrire son état. Cet aveu survient au même moment où elle apprend que son père, déménagé en Gaspésie, souffre d'un cancer qui l'emportera 10 mois plus tard.

Son père refuse le pacte de suicide qu'elle lui propose et promet de veiller sur elle après sa mort. Cet aspect et l'intervention d'une omnipraticienne, Geneviève Jobin, qui croit en son potentiel, la sauveront.

«Elle m'a dit : "Tu es une artiste." C'est vrai. J'aime la musique, chanter, rire [...] J'aime les couleurs. Je suis une romantique rebelle. Écouter de la musique et couper des légumes pour recevoir des amis à manger, c'est le bonheur», lance-t-elle.

L'écriture fait partie de sa vie depuis des durs moments à l'adolescence, moments qui ont sans doute joué un grand rôle dans son manque d'assurance comme enseignante.

«Je me suis fait battre deux fois, par des gars, et par une fille. J'ai écrit mes impressions à l'époque. Les premiers compliments d'un gars, je les ai eus à 25-26 ans. J'ai réalisé que ça peut être l'fun d'être une femme», dit-elle.

De personne taciturne et timide, Natalie Mecteau est en train de s'épanouir, depuis qu'elle sait qu'elle peut aider les gens. «J'ai l'impression d'être dans un utérus, de ne pas être née. Je vais naître bientôt. Je n'ai rien à faire du monde que je n'aime pas.»

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