Déterrer les morts de Québec avec Louise Penny

«Je n'avais pas oublié  comment c'est beau,... (Photo Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

«Je n'avais pas oublié comment c'est beau, Québec. Ça me coupe le souffle chaque fois que je viens», exprime Louise Penny.

Photo Le Soleil, Patrice Laroche

Partager

(Québec) Louise Penny, c'est huit romans policiers tous élevés au rang de best-sellers, traduits en plus de 20 langues, des adaptations télévisuelles en chantier et un amour du Québec si grand qu'elle ne se voit plus le quitter. L'action de son plus récent polar traduit en français, Enterrez vos morts, se déploie au coeur du Vieux-Québec. Le Soleil a rencontré l'auteure anglophone au Morrin Centre, lieu qui inspire son célèbre inspecteur Gamache à déterrer les morts de la cité de Champlain.

Bien avant de coucher sur papier Enterrez vos morts, son sixième livre, Louise Penny savait qu'elle voulait mettre en scène la capitale dans sa série menée par l'inspecteur-chef Armand Gamache. L'ancienne journaliste de la CBC a travaillé deux ans à Québec et elle a rapidement eu un coup de coeur pour la seule ville fortifiée en Amérique du Nord, comme elle le rappelle dans son bouquin. «Je n'avais pas oublié comment c'est beau, Québec. Ça me coupe le souffle chaque fois que je viens», exprime-t-elle d'entrée de jeu, assise à la table où l'intrigue d'Enterrez vos morts s'est mise en place dans sa tête.

C'est le calme le plus complet à la bibliothèque du Morrin Centre, sur la chaussée des Écossais dans le Vieux-Québec. Plus haut, devant nous, se dresse la sculpture du général Wolfe, qui attire tant le regard d'Armand Gamache, dans le livre.

Nous voilà dans «le Ground Zero» de la communauté anglophone de Québec, illustre Louise Penny. Entouré par l'église presbytérienne St. Andrew et le presbytère, le Morrin Centre a déjà été le haut lieu de la Literary and Historical Society, qui occupe une grande place dans son roman.

«C'est ici que les anglophones gardent leurs histoires et leur Histoire. C'est leur voûte, et je voulais saisir ça», explique-t-elle en passant du français à l'anglais.

Dans Enterrez vos morts, l'inspecteur-chef de la Sûreté du Québec, le passionné et flegmatique Armand Gamache, se retrouve face à ses démons après une opération policière qui a mal tourné. Hanté par cette bévue, il s'obsède à déterrer d'autres erreurs du passé. L'intrigue s'entremêle ainsi entre la tentative de guérison de Gamache, l'enquête qu'on pensait dénouée dans le précédent tome (En plein coeur) et le meurtre d'un archéologue reconnu pour ses recherches sur le tombeau de Samuel de Champlain. Un bon prétexte pour replonger dans l'histoire de Québec, et la bataille des plaines d'Abraham de 1759.

L'auteure originaire de Toronto n'échappe pas à la question identitaire et aux tensions entre les communautés francophone et anglophone, auxquelles elle a habitué ses lecteurs.

«Ce que je voulais saisir, c'est la dualité qui, je sais, existe dans la communauté anglophone. Celle de vouloir être à la fois visible et invisible. C'est un choc - que j'ai vécu - de voir que la majorité francophone ne réalise pas qu'il y a toujours une communauté anglophone ici. Cette douleur est très réelle.»

Une douleur qui vient avec l'impression de ne pas être un membre à part entière d'une société, de ne pas être «bien ajustée» à la réalité (francophone).

Louise Penny parle de son arrivée à Québec pour appuyer ses dires. «J'aurais pu aller à Montréal, mais je savais que la meilleure façon d'apprendre le français, c'était de venir à Québec. Je savais que je ne parlais pas français, mais je n'avais pas réalisé à quel point on pouvait être limité en ne sachant pas parler une langue. J'étais presque en pleurs en essayant de sortir de l'aéroport», raconte-t-elle.

«Je me suis soudainement sentie comme une enfant. J'étais traitée comme une enfant et c'était compréhensible, puisque je parlais en français à l'infinitif», rigole-t-elle, en s'imitant en train de babiller désespérément manger.

«Leçon d'humilité»

Il y avait chez elle de la peur - à laquelle elle ne s'attendait pas -, mais aussi un choc devant la beauté de Québec. «J'étais sous le choc de réaliser que tout ce que je pensais savoir à propos de Québec, je ne le connaissais pas vraiment. Et que je devais tout apprendre.» Une belle «leçon d'humilité», pense-t-elle aujourd'hui.

L'auteure maintenant installée dans les Cantons-de-l'Est insiste sur le respect et l'acceptation dont ont toujours fait preuve les Québécois à son égard. Deux thèmes qui teintent l'intrigue policière d'Enterrez vos morts, avec celui du droit à une seconde chance.

Car le personnage de Gamache est, pour une rare fois, blessé en son for intérieur. Louise Penny avoue avoir pris un malin plaisir à plonger dans les démons de son inspecteur-vedette. «On savait qu'il avait eu ses épreuves dans le passé, mais on ne les avait pas vécues. [...] En même temps, je ne voulais pas qu'il soit morose. Je voulais qu'il soit blessé, mais qu'on voie aussi que c'est un homme qui tente désespérément de se rétablir en faisant face à ses démons, un par un.»

Bientôt au petit écran 

Après plusieurs offres, Louise Penny a finalement succombé à la tentation d'adapter son oeuvre pour le petit écran. Un téléfilm basé sur son premier ouvrage, Still Life (En plein coeur), sera diffusé au Canada d'ici la fin de l'année. Le tournage s'est déroulé l'automne dernier en Estrie et dans la région d'Oka.

La distribution est surtout composée d'acteurs canadiens-anglais, à l'exception du personnage d'Armand Gamache, personnifié par le Britannique Nathaniel Parker. «J'étais curieuse de voir mes personnages marcher dans une autre direction», partage Louise Penny. L'équipe de producteurs, qui travaillent en collaboration avec la CBC, a «flatté son ego» en lui offrant d'être l'une des productrices déléguées du téléfilm. Ce qui lui a permis de garder le contrôle sur son histoire et ses personnages.

«J'ai besoin de contrôler. Ce dont il est question n'est pas banal, c'est mon rêve depuis l'âge de huit ans. Je voue une grande affection à ces personnages, ils sont à peine fictifs à mes yeux maintenant. Je sens que je dois les protéger», explique l'auteure de 54 ans. Louise Penny se dit charmée par les images qu'elle a vues jusqu'ici.

Le téléfilm sera diffusé dans les prochains mois sur les ondes de CBC et de Radio-Canada a fait l'acquisition de la version française. «Si tout le monde est heureux, ils ont les droits de faire tous les livres», révèle-t-elle, consciente que la télévision publique attendra de voir la réception avant d'entamer la suite des tournages.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer