Pour être dans le ton, je devrais vous résumer les échanges du premier Festival international de twittérature de Québec en 140 caractères.
Malheureusement, qu'ils écrivent à l'ancienne ou à la moderne, les auteurs sont d'incorrigibles bavards. Pour exprimer ce qu'ils ont à dire, 140 caractères ne leur suffisent pas. Ni même 140 mots.
Si bien que les enjeux esthétiques, pédagogiques et communicationnels de la twittérature ont donné lieu à trois longues heures de discussion.
Hier matin, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, cet événement réunissait une quarantaine de personnes. Des femmes pour la plupart. Et nombre d'entre elles suivaient les débats tout en pitonnant sur un ordinateur portable, une tablette ou un téléphone intelligent.
Avec mon calepin et mon crayon, j'avais l'air assez déconnecté, merci!
Donc, un festival et trois tables rondes animées par un Matthieu Dugal aussi bavard sinon plus que ses invités.
Et pour ceux qui se demanderaient ce qu'est la twittérature, cette précision : la twittérature est une nouvelle forme d'expression littéraire qui consiste à raconter une histoire ou à exprimer une opinion en 140 caractères maximum puis à la diffuser sur le réseau social Twitter.
De plus en plus présente sur la twittosphère, la twittérature est en train d'envahir les écoles. Les jeunes adorent ça et c'est tout bénéfice pour les enseignants puisque corriger un texte de 140 signes exige moins de travail que corriger un texte de 140 lignes.
Sénèque, un précurseur
Réunissant l'éditeur Gilles Pellerin, l'universitaire Patrick Drouin, le journaliste Fabien Deglise et le professeur de littérature Marc Rochette, la première table ronde fut consacrée à la définition de la twittérature.
Pour Gilles Pellerin, la twittérature est une discipline qui reste à être précisée. Tandis que pour Fabien Deglise, la twittérature est un outil contre la vacuité de Twitter.
Marc Rochette, lui, ne s'est pas encore jeté dans la twittérature, mais il y songe : «Comme professeur, je suis le porteur d'une tradition littéraire que je dois porter à mes étudiants. La twittérature ouvre une brèche».
Quant à Patrick Drouin, c'est la terminologie et non la twittérature comme telle qui est l'objet de ses recherches.
Gilles Pellerin a rappelé que la brièveté en littérature n'était un phénomène nouveau et qu'on la retrouve dans la poésie latine : «Sénèque aurait été le premier twittérateur. Plus tard, au XVIIIe siècle, il y aurait eu La Rochefoucauld et Chamfort».
Pour Patrick Drouin, pour qui twitter c'est Noël, la twittérature permet à des gens qui n'ont pas la parole de pouvoir la prendre.
Constatant que le tweet n'a pas encore trouvé sa place dans la littérature, une vieille dame un peu réactionnaire qui a de la difficulté à accepter la nouveauté, Gilles Pellerin voit dans ce phénomène l'émergence d'une société de la parole.
Fabien Deglise a rétorqué que la twittérature encourageait la culture du fragment tandis que Marc Rochette a conclu en disant que Twitter était un média de l'extrême, de l'extrêmement petit, dans un monde extrême.
Un outil pédagogique
Plus technique, la deuxième table ronde portait sur l'utilisation de la twittérature à l'école et réunissait quatre enseignantes : Nathalie Cousin, une première Annie Côté, une deuxième Annie Côté et Marie Champagne.
La twittérature permet d'apprendre aux enfants à maîtriser la syntaxe et la grammaire. Pourquoi? Parce qu'ils adorent twitter et qu'ils prennent ça au sérieux.
Comme l'a patiemment expliqué Nathalie Cousin, la twittérature est un bon outil pédagogique en plus d'être une récompense. Si bien que les élèves embarquent complètement : «Pour moi, twitter n'est pas le but mais permet de faire des apprentissages. C'est l'infiniment petit qui ouvre sur l'infiniment grand».
Cet infiniment grand, c'est la maîtrise du français.
Comme les enfants de 10 ou 11 ans n'ont pas le droit d'avoir un compte sur Twitter, les enseignants ouvrent un compte de classe. Pour Marie Champagne, le compte de classe l'a aidée à motiver ses élèves : «Quand on va dans le laboratoire d'informatique, ils sont fous de joie. Le compte de classe est vécu comme une récompense».
La deuxième Annie Côté s'est rendu compte que Twitter supprimait les barrières entre forts et faibles : «Ça devient un élément rassembleur. La twittérature change la manière d'enseigner le français».
Le danger de ce nouvel outil pédagogique? Réponse de la première Annie Côté : «La dépendance. Il faut aussi prévenir les élèves contre le faux sentiment de proximité que donnent les médias sociaux».
Gratification instantanée
Ce sont des twittérateurs qui ont pris le relais lors de la troisième table ronde. En plus de Jean-Yves Fréchette, le père fondateur de l'Institut de twittérature comparée de Québec, les praticiens Michèle Dumont, Nicolas Guay, Simon Paquin et Alexandre Laferrière.
L'un est tombé dedans un peu par hasard. L'autre, écrivain du samedi et du dimanche, a commencé par un blogue avant de se réorienter vers la twittérature. Sans oublier Michèle Dumont, une professionnelle des ressources humaines qui a découvert la twittérature lors du premier festival littéraire de Québec, il y a deux ans.
Une chose à retenir de leurs propos : diffuser un tweet et, en retour, recevoir des réactions procure une gratification instantanée. À les écouter, c'est cette satisfaction qui semble l'élément moteur.
Professeur à la retraite, Jean-Yves Fréchette n'en revenait tout simplement pas que, récemment, le ministre Pierre Duchesne en personne ait relayé un de ses messages.