Sans doute parce que le magnétisme de Barack Obama n'opère plus autant et que Mitt Romney, lui, n'est guère inspirant.
Dans Barack Obama, la grande désillusion, un essai de 224 pages publié chez Plon, l'universitaire français André Kaspi écrit : «Nouveau Messie, Barack Obama devait, d'un coup de baguette magique, transformer les États-Unis et redonner espoir à notre planète. On nous l'a fait croire, et nous l'avons cru.»
Barack Obama a suscité un tel engouement et de tels espoirs, dans son pays autant qu'à l'étranger, que le Comité Nobel lui attribuait le prix Nobel de la paix. C'était en octobre 2009, quelques mois à peine après son installation à la Maison-Blanche.
Il était le quatrième président américain à recevoir cet honneur. Après Theodore Roosevelt en 1906, Woodrow Wilson en 1919 et Jimmy Carter en 2002.
Cette récompense était-elle méritée? Selon André Kaspi, les jurés d'Oslo ont fait un cadeau empoisonné à Barack Obama :
«Nombreux sont les Américains qui n'ont pas surmonté leur étonnement ni leur scepticisme. À quoi sert le prix Nobel, lorsqu'on veut faire passer une loi sur le système de santé ou bien lorsqu'on cherche à créer des emplois? Le Comité Nobel est allé trop vite en besogne. Le prix Nobel ressemble à une avance, une sorte d'acompte sur des résultats qui n'ont pas encore été engrangés».
Qu'a fait Barack Obama aussitôt après avoir reçu le Nobel de la paix? Il a envoyé 30 000 soldats supplémentaires se battre en Afghanistan. Et cet engagement dans l'impénétrable Hindu Kush est devenu la «guerre d'Obama».
Une guerre de nécessité
Dans un livre de 264 pages publié par Athéna Éditions, L'Afghanistan, la guerre d'Obama, Gilles Vandal pose une question : «En choisissant de faire du conflit en Afghanistan une guerre de nécessité, Barack Obama ne risquait-il pas d'entraîner les États-Unis dans un conflit sans fin, comme celui du Viêt-nam?»
Professeur à l'Université de Sherbrooke, Gilles Vandal est lui aussi un spécialiste des États-Unis. Titulaire d'un doctorat en histoire américaine, il a été récipiendaire de la bourse Fulbright.
Gilles Vandal rappelle que Barack Obama n'est pas un réaliste au sens classique du terme : «Inspiré des grands principes du réalisme chrétien développés par Reinhold Niebuhr dans les années 50, il a développé une vision morale du monde qui l'amène à distinguer les conflits nécessaires et inévitables de ceux qui le sont par choix».
À Oslo, dans son discours de réception du prix Nobel, Barack Obama avait évoqué le principe de la «guerre juste et justifiée» pour dire que la recherche de la paix peut passer par la guerre : «Dire que la guerre est parfois nécessaire n'est pas un appel au cynisme. C'est la reconnaissance de l'histoire».
Donc, la guerre en Afghanistan était une guerre de nécessité.
Dans ce livre assez pointu, Gilles Vandal analyse la redéfinition de la politique américaine en Afghanistan et la mise en place d'une stratégie de sortie. Il s'arrête aussi sur les conséquences du limogeage du général McKiernan, la mission du général McChrystal et ses échecs ultimes.
Le grand jeu
Sur un registre plus classique, Jacques Portes croit que la réélection de Barack Obama n'est pas gagnée d'avance. C'est le titre de son essai, Obama, vers un deuxième mandat?, publié chez Colin.
Dans cet ouvrage de 192 pages, le professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Paris-Vincennes constate que «la conjoncture économique est difficile» et que Barack Obama «n'est pas parvenu à incarner l'espoir qu'il avait représenté».
L'universitaire français, qui est aussi un fin connaisseur des relations entre le Québec et la France, attribue cet échec à la volonté de compromis de Barack Obama et à «son respect de l'adversaire républicain, même quand celui-ci ne cherche qu'à provoquer sa perte».
Il précise encore : «Il a déçu beaucoup d'électeurs qui l'avaient suivi. Il a tenu nombre de ses promesses et remporté des succès internationaux, mais ces réalisations ne pèsent pas assez lourd par rapport à ces doutes grandissants.»
Et d'ajouter : «Il faudra à Barack Obama une puissante détermination, une solide organisation pour mobiliser les électeurs et sortir le grand jeu pour effectuer un second mandat».
Une idéologie dure
En complément de programme, Haine froide de Nicole Morgan. Dans ce texte de 264 pages publié au Seuil, le professeur de philosophie au Collège militaire royal du Canada à Kingston dénonce l'émergence du Tea Party.
À son point de vue, le Tea Party n'est pas un mouvement populiste où se côtoient intégristes religieux, athées agitant la Constitution américaine, jeunes sans emploi, retraités ruinés par la crise et nostalgiques d'une Amérique toute-puissante, mais un véritable mouvement révolutionnaire qui réclame un changement radical de pouvoir qu'il veut faire passer du secteur public au secteur privé :
«Comme les idéologies dures, elle véhicule des émotions fortes qui puisent dans l'inconscient collectif, haine et peur en tête, punitions à l'appui, intégrismes en sus. La haine la sous-tend, le chiffre l'aseptise, l'incompétence la qualifie.»