Cette année, Valérian célèbre ses 45 ans. Loin d'avoir pris une ride, l'agent spatio-temporel semble actif sur tous les fronts : Mézières et son scénariste Pierre Christin planchent sur un nouvel album; une version télévisuelle a permis aux héros de la série de se faufiler au petit écran, et une adaptation cinématographique pourrait aussi prendre forme sous la direction de Luc Besson, qui a acquis les droits il y a quelque temps.
«Il n'a plus qu'à décrocher le téléphone et à m'appeler», lance l'artiste de 74 ans.
Il faut dire que les deux hommes se connaissent bien. Mézières avait en effet travaillé sur Le cinquième élément. Comme maints observateurs, Besson avait remarqué que George Lucas s'était inspiré de l'oeuvre de Mézières pour donner forme à son célèbre Star Wars. Grand admirateur de Valérian, il avait approché le dessinateur en souhaitant lui donner tout le crédit qui lui revient.
«Ce sera à la manière dont il veut le faire, précise Mézières. Mais si on s'entend aussi bien que sur Le cinquième élément, il n'aura pas à se plaindre de ma participation: je lui avais amené le taxi volant qui n'existait pas dans son scénario. C'est parce que je dessinais le taxi volant de Valérian sur l'album Les cercles du pouvoir que j'ai mis des petits taxis volants dans les paysages...»
Trio créatif
La trajectoire de Jean-Claude Mézières sur la planète BD en est une de stabilité et de fidélité. Depuis le jour 1, Valérian est mis en couleurs par sa soeur, Évelyne Tranlé, et scénarisé par Pierre Christin. D'autre part, l'amitié qui le lie à ce dernier remonte à la petite enfance, alors qu'ils étaient voisins - ils avaient sympathisé dans le sous-sol où ils se mettaient à l'abri des bombardements durant la Seconde Guerre mondiale. S'ils se sont perdus de vue, ç'aura été pour mieux se retrouver, notamment lorsque Christin enseignait le français aux États-Unis et que Mézières est passé à l'Ouest pour jouer les cow-boys. C'est d'ailleurs à cette période, au milieu des années 60, qu'ils ont commencé à collaborer de manière professionnelle : Mézières avait mis en images un scénario de son ami, puis avait mandaté un autre comparse outre-mer, le regretté Jean Giraud (alias Moebius), de lui trouver une revue où le publier. Pilote, alors dirigé par René Goscinny, s'en est chargé. Les premiers contacts étant faits, il ne restait plus aux deux exilés que de revenir en France et d'arriver avec une proposition solide pour s'installer dans la sphère du neuvième art : Valérian.
«On était de grands amateurs de science-fiction, on avait dévoré beaucoup de romans, se remémore Mézières. J'avais envie de dessiner des choses qui n'existaient pas et mon dessin, qui n'est pas réaliste, convenait au rêve et à la fantaisie.»
Valérian s'est distingué à maints égards. Certes par sa teneur futuriste et ses voyages dans le temps, mais aussi par la philosophie des auteurs, par le fait que les protagonistes ne sont pas de superhéros, par son bestiaire ou encore ses clins d'oeil à saveur culturelle. Valérian y occupait une place de choix, mais aussi sa complice Laureline, une héroïne féminine qui savait faire montre de caractère. Pas étonnant qu'en 2007, on ait rebaptisé la série Valérian et Laureline.
«Laureline a eu un tel impact qu'en France, il y a plus de 2000 Laureline, des femmes qui ont 30 ou 35 ans jusqu'à des petits bébés! C'est extraordinaire! Deux mille Laureline, alors que c'est un prénom que nous avons inventé!»
Après 21 albums, les périples de Valérian et de Laureline sont achevés. Ceci n'empêche pas Mézières et Christin de plancher sur un nouveau volume qui occupera une place à part dans la série. Que nous réserveront-ils cette fois?
«Il s'agira de petites histoires qui reviennent à l'intérieur des anciens albums, sur des éléments qu'on n'avait pas encore développés ou quelque chose qui aurait pu se développer autrement...»