Diane Blais, le docteur des livres maltraités

Diane Blais: «J'aime les livres, oui, mais je... (Le Soleil, Steve Deschênes)

Agrandir

Diane Blais: «J'aime les livres, oui, mais je ne suis pas une grande lectrice. C'est le papier que j'aime.»

Le Soleil, Steve Deschênes

Partager

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Il y a ceux qui écrivent des livres. Et il y a ceux qui les éditent, ceux qui les impriment, ceux qui les distribuent, ceux qui les vendent, ceux qui les lisent. On appelle ça la chaîne du livre.

Mais au-delà de cette chaîne, il y a ceux dont on ne parle jamais. Ceux qui prennent soin des livres âgés, des livres malades, des livres blessés, des livres mal en point, des livres oubliés, des livres mal aimés. Et qui leur redonnent beauté, vigueur et dignité.

Ces anges gardiens des livres, ce sont les relieurs. Ils sont peu nombreux, une quinzaine dans la région de Québec, mais ils sont dignes d'admiration.

Rencontre avec l'un de ces amis des livres, Diane Blais, à Beaumont. Une dame qui se présente elle-même comme le docteur des livres.

Un métier manuel

Native de Berthier-sur-Mer, Diane Blais voulait faire un métier manuel.

Comme elle aimait le papier et qu'il y avait beaucoup d'imprimeurs dans son coin de pays, elle est partie étudier les métiers de l'imprimerie à l'école Calixa-Lavallée, à Montréal.

Là, dans l'atelier sur les techniques de reliure, il y avait une section sur la réparation des livres : «C'est ce que j'ai le plus aimé. J'aime les livres, oui, mais je ne suis pas une grande lectrice. C'est le papier que j'aime. C'est le papier et le côté artistique qui m'ont attiré dans la profession.»

Elle a poursuivi sa formation en photolithographie, puis en graphisme au Collège Ahuntsic. Elle a eu la chance d'avoir Manuel Beaudoin pour professeur, le fils du fondateur de l'École des arts graphiques de Montréal.

Sa formation complétée, elle a travaillé aux Ateliers Pierre-Hélène, un établissement de réinsertion sociale à Rouyn-Noranda. En plus de mettre sur pied un atelier de reliure, elle a donné des cours de formation professionnelle.

Après cela, elle a été embauchée par Travaction, à Drummondville, où elle a assumé la responsabilité de l'atelier de reliure et du contrôle de la qualité. Une trentaine de personnes y travaillaient. Toutes les opérations étaient automatisées et permettaient de relier 800 livres par jour.

La formation

En 1983, elle décidait de rentrer à Berthier-sur-Mer et de se mettre à son compte. Dans le sous-sol de la maison de ses parents, elle a exploité une petite entreprise de reliure: La Couvrure.

Les affaires roulant bien, elle a agrandi son entreprise après avoir l'avoir déménagée à Saint-Vallier. Elle a fourni de l'emploi à huit personnes. Sa spécialité? La reliure, bien sûr, mais aussi la papeterie fine.

L'arrivée des magasins Dollarama a sonné la fin de l'aventure : «Les papeteries ont réduit leurs inventaires quand les gens se sont mis à acheter des calepins à 1 $ fabriqués en Chine.»

Diane Blais a vendu La Couvrure et elle est allée faire un certificat en formation à l'Université Laval.

En 1999, Diane Blais est repartie en affaires dans le sous-sol de sa maison à Beaumont: Reliure Multi-Services.

Depuis, elle partage son temps entre les livres auxquels elle redonne vie et les ateliers de reliure destinés aux enfants des écoles et aux bénévoles des bibliothèques scolaires et des organismes culturels.

À compter du mois d'octobre, elle animera des ateliers de reliure au Parchemin du Roy, la papeterie fine de la rue Crémazie, à Québec.

En croissance

Qui fait relier ses livres? «Des avocats pour leurs documents juridiques, des prêtres pour les registres paroissiaux, des collectionneurs de livres anciens, des monsieur et madame Tout-le-Monde.»

Au moment où j'ai rencontré Diane Blais, cette semaine, elle était occupée à relier toute une pile de livres de prières d'une congrégation religieuse.

Grâce aux ordinateurs personnels et aux photocopieuses bon marché, de plus en plus de gens s'éditent eux-mêmes pour produire albums de photos, ouvrages de généalogie, livres de souvenirs familiaux ou recueils de lettres d'amour. Et pour qu'ils résistent aux outrages du temps, ils les font relier.

Ce marché est en croissance.

Combien en coûte-t-il pour faire relier un livre? «Il faut compter 20 $. Si c'est un dictionnaire, entre 25 et 30 $. Si c'est un document familial un peu plus luxueux, environ 50 $.»

Combien pour une reliure en cuir? «Entre 125 et 150 $.»

Est-ce un métier dont on vit bien? «C'est relatif. Je réussis à me donner un salaire. Si j'étais monoparentale, ce ne serait pas jojo. Mais comme deuxième salaire familial en travaillant à la maison, ça va.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer