Formé à l'Université Laval et à l'Université de Chicago, ce haut fonctionnaire a travaillé pour huit premiers ministres: Maurice Duplessis, Paul Sauvé, Antonio Barrette, Jean Lesage, Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa et René Lévesque.
Fédéraliste convaincu - on ne met pas tous ses oeufs dans le même gouvernement -, Roch Bolduc se sentait inconfortable avec certains de ses collègues qui se comportaient comme des hommes de parti sous le gouvernement Lévesque. Alors, il a fait valoir ses droits à la retraite et il est allé exercer ses talents dans l'entreprise privée.
De retour au pouvoir, Robert Bourassa a fait appel à ses services quelques années plus tard. Mais quand il a vu le sort qui attendait le rapport Gobeil, Roch Bolduc a de nouveau tiré sa révérence. Et le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, l'a nommé au Sénat.
Rencontre avec un homme de l'ombre qui se définit lui-même comme un Nord-Américain pure laine. Un homme dont l'optimisme et l'énergie sont contagieux, et qui, à 83 ans, continue de croquer à pleines dents dans la vie.
Le prétexte de la rencontre avec cet amateur de voyages, de musique, de cinéma, de littérature, de baseball, de boxe et de discussions? Cet automne, Septentrion publiera ses mémoires. Dans ce passionnant témoignage de 298 pages, Le mandarin de l'ombre, on croise tous ceux qui ont façonné le Québec moderne.
Q: Roch Bolduc, pourquoi ce livre?
R: Pour souligner la présence d'une équipe de fonctionnaires formidables, déjà dans les années Duplessis, et leur rendre hommage. Personne n'a jamais parlé d'eux, des gens qui ont travaillé très fort pour le Québec. Ce livre est un devoir de mémoire envers les acteurs de cette tranche d'histoire qui est une parcelle de notre patrimoine. Ce livre raconte la restructuration de la fonction publique québécoise. Jean Lesage a recruté des fonctionnaires de grande qualité et après lui, Daniel Johnson a respecté ça.
Q: En quoi était-ce différent du temps de Duplessis?
R: À l'époque de Duplessis, c'étaient des relations à l'italienne, des relations personnelles. Mais les gens qui étaient choisis par le premier ministre étaient des gens de qualité.
Q: Pourquoi retient-on l'idée de noirceur quand on évoque le duplessisme?
R: Parler de noirceur est un jugement trop sévère. Pendant les années 50, c'est un Québec qui mijote et les classes moyennes sont mal à l'aise : l'administration publique fédérale est presque unilingue et ne constitue pas un environnement accueillant pour les diplômés universitaires québécois, les grandes entreprises montréalaises réservent leurs postes de management aux anglophones, la fonction publique québécoise est petite et sous-payée, les institutions hospitalières, éducatives et de bien-être sont gérées par les communautés religieuses qui n'ont pas d'argent pour payer des salaires convenables. Les intellectuels trouvent qu'on ne fait pas assez pour l'éducation, la culture, les arts. Surtout l'éducation.
Q: Qu'est-ce qui change de Duplessis à Lesage?
R: De Duplessis à Lesage, on est passé d'un gouvernement des hommes à un gouvernement des lois. Dans le temps de Duplessis, les décisions étaient prises par le gouvernement. Avec Lesage, on a eu les soumissions pour les travaux publics. À l'époque, c'était une révolution et c'était une des grandes initiatives de René Lévesque. Les années 60 à 65 ont été une période d'effervescence extraordinaire. Mais à force de faire des lois et des règlements, ça a fait des barrières et ça a limité les initiatives.
Q: Voulez-vous dire que le système est devenu trop rigide?
R: Oui, pas seulement à cause des lois et des règlements, mais aussi à cause des conventions collectives. Il faut des règles et je n'ai rien contre ça, mais il y a des limites. Aujourd'hui, la société est un peu figée parce qu'elle protège beaucoup de monde. Les budgets, les dettes et les taxes sont trop pesants.
Q: Dans votre livre, vous écrivez cette phrase terrible : «On est relativement pauvre, taxé, endetté et on aime cela, semble-t-il.» Ne vit-on pas au Québec aussi bien qu'ailleurs?
R: C'est peut-être exagéré, comme phrase... Le niveau de vie au Québec ne baisse pas, mais il monte moins rapidement qu'ailleurs. Avec un revenu inférieur, on vit aussi bien qu'en Ontario car le prix du foncier ne coûte rien.
Q: Pourquoi êtes-vous resté fédéraliste malgré les échecs de Meech et de Charlottetown?
R: Moi, je suis pour un gouvernement limité parce que j'ai vu ça de trop proche. Un seul gouvernement, c'est une situation de monopole. Deux, c'est mieux. Je suis pour la concurrence. Je pense que la force du Québec, c'est de pouvoir regarder les autres provinces et se comparer à elles.
Q: Pourquoi, dans votre livre, avez-vous des mots aimables à l'endroit de Stéphane Dion?
R: Il a été un excellent défenseur du fédéralisme et je suis d'accord avec sa loi sur la clarté référendaire. À un moment, il faut que les choses soient claires.
Q: Et que pensez-vous de Stephen Harper?
R: Il est détesté à la planche, mais c'est le meilleur gouvernement du monde occidental.