Cet ouvrage tombe bien puisque 2012 est l'année internationale des coopérants.
Selon Septentrion, la biographie d'Alphonse Desjardins n'avait jamais vraiment été écrite.
De fait, sauf à travers l'histoire du Mouvement Desjardins, on connaît mal sa vie. Seulement les grandes lignes : issu d'un milieu modeste, il a été militaire, journaliste, éditeur des débats parlementaires à Québec et sténographe à la Chambre des communes à Ottawa.
En décembre 1900, à l'âge de 46 ans, il fonda la caisse populaire de Lévis. À sa mort, le 31 octobre 1920, il avait participé à la création de 163 caisses populaires, dont 18 en Ontario et neuf aux États-Unis.
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Personnage de premier plan de l'histoire québécoise, Alphonse Desjardins contribua de manière inégalée à l'évolution socio-économique de ses compatriotes.
Le discours officiel a fait de lui un chrétien ardent et sensible, un bienfaiteur de la race, un bâtisseur, un visionnaire, un esprit éclairé capable d'appréhender les enjeux de son époque et d'avoir une intuition juste de l'avenir.
En lisant le récit rigoureusement documenté de la vie d'Alphonse Desjardins, on découvre une époque. Alphonse Desjardins était un homme de son époque. Et ses valeurs se situaient à des années-lumière des nôtres.
Quelques exemples tirés du livre de Guy Bélanger :
- Alphonse Desjardins était affreusement dépensier. Fumeur de pipe invétéré, il ne pouvait passer devant un marchand de tabac sans y entrer pour acheter une pipe et enrichir sa collection de pipes. Pour garder la maîtrise des finances familiales, son épouse Dorimène exigea que son mari lui remette tout son salaire, sur lequel elle lui laissait un peu d'argent de poche.
- Alphonse Desjardins était ambitieux, voire carriériste. Quand le premier ministre Honoré Mercier cessa de subventionner les Débats, dans lequel Alphonse Desjardins consignait les débats parlementaires, il écrivit à son ami Jules-Paul Tardivel : «Voilà donc onze années de labeur bien récompensées, n'est-ce pas? Pourquoi m'a-t-on toujours donné l'assurance que je pouvais compter là-dessus comme une carrière! Que faire maintenant? J'ai une famille et ce n'est pas à mon âge que l'on recommence une carrière à neuf».
- Alphonse Desjardins n'était pas hostile au «bon» patronage politique. Prenant la défense des conservateurs d'Ottawa, il écrit dans L'Union canadienne : «Depuis quand les libéraux nous font-ils tant de faveurs au détriment de leurs amis pour que nous privions les nôtres du légitime patronage dont nous disposons, afin de leur faire des politesses? Nous ne demandons pas que les employés libéraux actuellement dans le service civil à Ottawa soient congédiés, non; mais il serait souverainement ridicule d'en nommer à des positions lucratives quand il y a tant de nos amis qui pourraient faire la besogne.»
- Alphonse Desjardins trouvait que le peuple canadien-français était intelligent, mais qu'il souffrait de deux grands maux : la paresse et le manque d'initiative.
- Alphonse Desjardins s'opposait catégoriquement au droit de vote des femmes : «Que la femme s'intéresse aux affaires du pays au point d'y consacrer ses prières et ses voeux afin qu'elles soient toujours conduites d'une manière sage et éclairée, très bien. Mais, autre chose est de prendre une part active à la lutte. Cela, c'est un germe de discorde qui produira de mauvais fruits [...] Quant à la résolution au sujet des suffrages des femmes, nous souhaitons seulement que ce projet avorte en Australie comme en Angleterre. Autant nous aimons la femme comme ornement de la société, autant nous la détesterions si elle abandonnait ses devoirs si grands et si nobles, pour devenir l'objet d'attaques incessantes, de railleries déplacées, et servir de cible aux mensonges et aux calomnies qu'engendre la politique.»
- Alphonse Desjardins préconisait le retour à la terre et l'ouverture de la colonisation plutôt que le travail salarié dans les manufactures : «Emparons-nous du sol, cultivons-le, arrachons-lui ses trésors. Travaillons fort, l'air du pays rend le travail léger. Abattons la forêt, semons le grain, fauchons, engrangeons la récolte, toujours avec cette belle et patriotique idée : en travaillant pour moi, j'enrichis ma patrie [...] Celui qu'on appelle habitant, quelque humble soit-il, est aussi honorable et beaucoup plus indépendant que le plus habile ouvrier.»
- Alphonse Desjardins utilisait du papier à lettres à en-tête de la Chambre des communes dans ses relations épistolaires. Presque tous ses correspondants européens croyaient avoir affaire à un parlementaire. Évitant de la dissiper, il sut tirer parti de cette... méprise.
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Lorsqu'il créa la caisse populaire de Lévis, en décembre 1900, Alphonse Desjardins s'entoura de beau monde. Hommes d'affaires et professionnels y étaient représentés en surnombre : ils constituaient plus de la moitié des souscripteurs et détenaient près des deux tiers des parts sociales.
Le mot populaire était une illusion. Les ouvriers - le quart de la population de Lévis - composaient seulement 5 % de l'assemblée de fondation de ladite caisse «populaire».