Une belle écriture, ça s'achète

«Nous sommes impressionnés par le nombre de gens... (Photo Le Soleil, Jocelyn Bernier)

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«Nous sommes impressionnés par le nombre de gens qui achètent un livre blanc pour écrire. On n'avait jamais vu ça avant», disent Myriam et Michel Chesseboeuf (photo).

Photo Le Soleil, Jocelyn Bernier

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Myriam Chesseboeuf est catégorique: un bon stylo et du papier de qualité, ça aide à mieux écrire!

Quand je lui fais remarquer que de nombreux professionnels, écrivains ou journalistes, ont l'impression de mieux écrire en se servant d'un ordinateur, elle réplique avec beaucoup d'aplomb: «Psychologiquement, c'est prouvé.»

Peut-être, mais pour rien au monde je ne changerais mon Mac contre un Meisterstück...

Cette entrée en matière pour vous parler d'un commerce capable de réveiller l'enfant qui sommeille en chacun de nous: la Boutique de l'Écriture. Située rue Crémazie, au coin de l'avenue Bourlamaque.

Une véritable caverne d'Ali Baba.

Vous y trouverez des stylos à bille, des porte-plumes, des portemines, des crayons, des fusains, des plumes d'acier, des plumes d'oie, de l'encre en cartouche, de l'encre en bouteille de toutes les couleurs, du papier fin, du parchemin, du papier Saint-Gilles, des buvards, des cahiers, des livres blancs, des carnets, des encriers, des accessoires de bureau, des lampes d'architecte, des articles protocolaires, des liseuses en cuir, des cartes de souhaits, des enveloppes, des faire-part, des trousses d'écolier, des ardoises, des craies, des boîtes de crayons, des plumiers, des globes terrestres, des cartes d'autrefois, des vues anciennes de Québec et mille autres trésors.

Dans cette Boutique de l'Écriture, il y a même tout ce qu'il faut pour satisfaire les besoins des adeptes de la calligraphie chinoise : pinceaux, encres, encriers, papiers précieux et rouleaux. Et ceux qui s'adonnent à la calligraphie arabe pourront s'y procurer des calames, ces plumes taillées dans du roseau ou dans du bambou.

Bref, une oasis du bon goût. Une boutique entièrement dédiée à l'art de bien écrire. Une fois à l'intérieur, on ne sait plus où donner de la tête. Rien d'étonnant que les clients y aillent deux ou trois fois avant de se décider à acheter quelque chose.

De l'émotion

C'est un couple de Français, Michel et Myriam Chesseboeuf, qui ont ouvert ce commerce il y a deux ans.

À les croire, les affaires marchent rondement: «On ne visite pas notre magasin comme un commerce de Place Laurier. Les gens qui viennent ici vivent de l'émotion. Nous, on vend de l'émotion et on partage des valeurs et du patrimoine».

Parmi ceux qui fréquentent la Boutique de l'Écriture, de nombreux amoureux de l'écriture à la plume: «Nous sommes impressionnés par le nombre de gens qui achètent un livre blanc pour écrire. On n'avait jamais vu ça avant».

Pourquoi ce goût pour l'écriture à la manière d'autrefois? «Parce qu'on écrit beaucoup mieux quand on écrit à la main. C'est comme ça que les gens voient les choses.»

Qu'est-ce que vos clients écrivent? «Un journal personnel, de la poésie, des pensées, leurs expériences, leurs récits de voyage... On a l'impression que c'est vraiment spécial au Québec. On ne voit pas ça en France.»

Quel âge ont vos clients? «Il y en a de tous les âges, mais la plupart ont dépassé la quarantaine. Beaucoup de retraités. Ce sont des gens qui ont connu l'écriture à la plume.»

Donc, selon vous, le goût de l'écriture ne s'est pas perdu? «Pas du tout, au contraire.»

Voilà qui est réconfortant à une époque où la twittérature est devenue le nec plus ultra en matière de création littéraire, une mode à laquelle des universités et le Festival littéraire de Québec ont succombé.

Essayez de raconter l'histoire de Chimène et Rodrigue en 140 caractères...

Pour venger l'honneur du sien, Rodrigue tue le père de Chimène qui ne sait plus sur quel pied danser: qu'il est donc beau l'assassin de papa.

Un besoin

Parents de deux enfants, Myriam et Michel Chesseboeuf sont deux Français de Poitiers qui se sont installés à Québec en 2004. Attirés ici parce qu'on y parle français: «Nous aimions déjà le Québec avant d'y venir. Nous nous y sentons bien.»

Opticien de métier, Michel a travaillé chez Greiche & Scaff et chez Iris avant d'ouvrir sa papeterie de la rue Crémazie.

Quant à Myriam, elle s'est bâtie une flatteuse réputation à titre d'artisan calligraphe et enlumineure. En plus de répondre à des commandes précises (faire-part personnalisé, reproduction de blason familial, livre d'or), elle donne des cours de calligraphie et d'enluminure.

Cet automne, au Musée des beaux-arts du Québec, elle animera des ateliers en marge de l'exposition Art et nature du Moyen Âge, où seront présentées des oeuvres provenant du Musée de Cluny, à Paris.

C'est à travers ses cours que Myriam s'est rendu compte qu'il y avait un besoin pour de la papeterie de qualité. D'où l'idée d'ouvrir un commerce spécialisé. Commerce dont la raison sociale est Le parchemin du Roy.

C'est pour mieux attirer l'attention que l'enseigne de ce commerce s'intitule La Boutique de l'Écriture.

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