Ce prix lui sera remis jeudi à Banff.
Spécialiste de Camus, Alexandre Mc Cabe recevra une bourse de 6000 $ offerte par le Conseil des arts du Canada, verra son texte publié dans le magazine enRoute d'Air Canada et pourra séjourner deux semaines à Banff dans le cadre d'une résidence d'écriture.
Né à Sainte-Béatrix en 1981, au temps de la «Grande Déception post-référendaire» (sic), Alexandre Mc Cabe dit avoir eu une enfance heureuse grâce à la «bienveillance de sa famille tricotée serrée». C'est au sortir de l'adolescence qu'il a découvert la littérature et c'est à l'Université de Sherbrooke qu'il a rédigé un mémoire sur l'oeuvre d'Albert Camus.
Lors d'un entretien téléphonique, lundi, il s'est dit très étonné : «C'est la première fois que je participe à un concours. C'est une agréable surprise. Je doutais avant d'envoyer mon texte. Je veux écrire depuis quelques années et il y a toujours une angoisse et des doutes qui m'habitent chaque fois que je me mets à écrire».
Le référendum
Intitulé Chez la reine - Les exilés, le texte soumis par Alexandre Mc Cabe a été retenu parmi 3000 récits inédits en français et en anglais. Composé de Nathalie Petrowksi, Fred Pellerin et Denise Truax, sous la coordination de Jean Fugère, le jury a choisi de récompenser ce texte pour son «regard neuf, empreint tout à la fois de sobriété et de solennité, sur un événement charnière de l'histoire québécoise trop peu souvent abordé, le référendum de 1995».
Extrait : «Ma cousine Sophie était sortie de sa chambre au moment où sa mère préparait la cafetière. ''T'en veux-tu, toé?'' Elle avait fait signe que non en attrapant une galette aux dattes encore chaude. ''Je m'en vais voter.'' S'en était suivie une scène que sans fin j'ai ressassée tant elle m'apparaissait porteuse d'une vérité sur mon grand-père que je ne pouvais exprimer sans la décrire. Ma cousine, qui allait aux urnes pour la première fois, avait ajouté : ''Je sais pas encore de quel bord.'' La réponse n'avait pas tardé. ''Si tu vas là pour voter 'non', t'es aussi ben de rester icitte.''
«Il n'y avait ni autorité ni machisme dans cette phrase. Mon grand-père, qui se berçait, le regard absent rivé au sol, s'était arrêté, avait relevé doucement la tête et avait prononcé ces mots sans sourciller, avec une tendresse contenue dans la voix. Il s'était ensuite raclé la gorge comme si ses paroles lui avaient demandé un effort. Tout son corps trahissait une émotion vive. Dans ses yeux humides sourdait son passé. Le chantier, la drave, l'étable, la terre. Une vie entière de privations et de labeur. Condamné, qu'il avait été, à servir les autres et à faire vivre tant bien que mal sa famille.
«Je crois que mon grand-père voyait dans cette journée une ultime occasion de déjouer le sort, de dépasser enfin sa condition et de donner un sens à l'austérité de sa vie. Il n'imposait rien à sa petite-fille, il l'exhortait à mettre fin à son exil et à celui dont elle avait hérité. Cet appel était le plus inestimable legs qu'il allait me laisser.»
Des mentions
Le jury a accordé des mentions spéciales aux Montréalais David Clerson pour La salive, Amélie Panneton pour Pour l'abstrait et les étoiles, François Godin pour La chambre de peau et à la Jonquièroise Esteban Gonzalez pour Petite mort canine sur l'autoroute de mon enfance.
Chacun d'eux recevra 1000 $, gracieuseté du Conseil des arts du Canada. Leurs textes et celui d'Alexandre Mc Cabe peuvent être lus sur le site radio-canada.ca/zonedecriture.
Les prix littéraires de Radio-Canada ont porté différents noms au fil des ans. Depuis 1945, les catégories et les critères ont fluctué mais ils n'ont jamais cessé d'encourager et de reconnaître le talent des auteurs professionnels ou amateurs.
En 1964, c'est un «jeune dramaturge qui promet» qui remportait le Concours des jeunes auteurs de Radio-Canada. Le texte qu'il avait soumis était une pièce de théâtre, Le train. Il s'appelait Michel Tremblay et il avait 17 ans.
Trente-cinq ans plus tard, en 1999, Marie-Sissi Labrèche, alors étudiante, tenta sa chance. Sa nouvelle deviendra le quatrième chapitre de son roman Borderline.