Évidente et pleine de bons sens, cette réflexion est celle de Régis Lessard. Un solide gaillard de 90 ans auquel vous en donneriez quinze de moins.
Régis Lessard n'est ni un ébéniste, ni un écrivain. Il est pourtant l'auteur d'une spectaculaire murale en bois et d'un beau livre, Les soifs du désir, qui est un commentaire sur cette oeuvre.
Qui est-il, alors? «Je suis un imposteur. Je récupère les mots des autres et le bois des autres.»
Les études
Présentation d'un personnage aussi complexe que sa murale : Régis Lessard est né sur une ferme à Courcelles-de-Frontenac, dans ce qu'il appelle l'ancienne Beauce.
Orphelin de père et survivant sursitaire d'une fratrie de onze, dont il était le benjamin, il a étudié au Séminaire du Sacré-Coeur pour les vocations tardives de Saint-Victor. Après, il est allé se frotter à la sociologie à l'Université Laval sous la bienveillante férule du Père Georges-Henri Lévesque et de Doris Lussier.
Cela lui a ouvert les portes du marché du travail. Notamment celles des Artisans, une coopérative d'assurance vie. Où il a passé une dizaine d'années à rencontrer des assurés. Il en a aussi profité pour donner des cours aux Hautes études commerciales, à Montréal.
Les Artisans obligeaient ce père de six enfants à être toujours sur la route. Même les fins de semaine. À se demander quand il a eu le temps de faire des enfants...
Mais, bon, ce n'était pas une vie.
Aussi, est-il retourné dans son alma mater pour y étudier la bibliothéconomie. Cela lui ouvrit d'autres portes. Celles de la bibliothèque de l'Externat classique Saint-Jean Eudes. Qui deviendra le cégep de Limoilou.
L'ambiance était horrible. Si horrible qu'il était prêt à partir travailler n'importe où, même en Afrique!
C'est alors que l'Université Laval lui offrit le poste de responsable de la référence à la bibliothèque Jean-Charles-Bonenfant. Le responsable de la référence est chargé d'aider la clientèle à trouver les précieux livres dont elle a besoin.
Il est resté là jusqu'à la retraite, en 1989.
Un collectionneur
Tout homme a son jardin secret. Celui de Régis Lessard, ce sont les morceaux de bois. Une véritable passion.
Pourquoi cette passion? «À un moment donné, on est touché par quelque chose. Quand j'étais étudiant, j'ai visité le moulin de Vincennes, à Beaumont, une maison historique remplie de toutes sortes de choses. C'est là que j'ai pris le goût de la collection. Depuis, j'ai ramassé, j'ai ramassé, j'ai ramassé...»
Deux événements ont été le déclencheur de quelque chose. D'abord à Montréal, où il a vu une murale en fonte dans un magasin Pascal de l'est de la ville. Ensuite à New York, où il a découvert les murales en bois de Louise Nevelson au musée Guggenheim.
Il a alors décidé de faire une murale avec les morceaux de bois qu'il avait collectionnés. Cet assemblage lui a demandé cinq ans de travail.
Mesurant six pieds par sept, cette murale a deux faces. La première, Les jardins ensorcelés de désirs, est constituée de 27 éléments qui sont autant de jardins. L'autre face, Les jardins des obsessions oniriques du pénitent, compte elle aussi 27 jardins.
Pourquoi des jardins? «C'est comme les tapis d'orient qui sont des tapis de prière. Ces jardins, ce sont des espaces où l'on peut réfléchir, où l'on peut prier. Tout y est symbolique. Certains symboles sont apparents, D'autres sont obscurs et énigmatiques. Chacun y trouve ce qu'il y cherche, mais c'est la beauté des formes qui prime avant tout.»
À l'automne 1985, cette murale fut exposée à l'Université Laval et les commentaires furent dithyrambiques.
Aujourd'hui, cette sculpture est bien en vue dans la maison de Régis Lessard. Une élégante maison moderne meublée à l'ancienne avec vue sur le lac Beauport. Un enchantement pour les yeux.
Voir grand
Pourquoi avoir fait un livre? «J'ai voulu consigner mes réflexions sur cette murale pour en faire un souvenir familial. Je voulais en publier quelques exemplaires pour ma famille, mais mon ami Yves Tessier m'a dit de voir grand.»
Résultat, un beau livre de 112 pages tiré à 200 exemplaires : Les soifs du désir.
À l'intérieur, sur les pages de gauche, la photo détaillée de chacun des 54 jardins de la murale. Sur les pages de droite, les commentaires de Régis Lessard.
Toutes les photos sont signées Yves Tessier.
Selon Régis Lessard, cet ouvrage est «un livre d'histoires et de fables tissées d'écheveaux de fils bigarrés».
On peut se procurer ce livre en s'adressant à l'auteur par courriel : regislessard@ccapcable.com. Chaque exemplaire coûte 45 $.