Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec: les coupes fédérales font mal

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Aurélien Boivin, professeur de  littérature à ... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Aurélien Boivin, professeur de littérature à l'Université Laval

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Didier Fessou
Le Soleil

(Québec) Les artisans du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec devront continuer à faire aussi bien avec infiniment moins d'argent.

Et ce, parce que le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, un organisme fédéral qui relève du ministère de l'Industrie, a considérablement réduit sa subvention: 75 000$ au lieu de 200 000 $.

Le chef d'orchestre de ce dictionnaire, Aurélien Boivin, professeur de littérature à l'Université Laval, en fut si découragé qu'il a été sur le point de jeter la serviette: «Heureusement, nous avons obtenu un peu d'aide d'autres organismes universitaires et nous pourrons continuer à travailler à la préparation du neuvième tome.»

La rédaction de ce dictionnaire est une oeuvre de longue haleine initiée en 1971 par un professeur de l'Université Laval, Maurice Lemire. À l'époque, il avait constitué une équipe de recherche, dont Aurélien Boivin faisait partie, afin d'établir de manière exhaustive le corpus de la littérature québécoise.

À l'origine, ce dictionnaire devait compter quatre volumes. Bien vite, il est apparu que publier quatre volumes serait insuffisant.

Ce projet de dictionnaire a tellement plu à Hubert Aquin, directeur des Éditions La Presse, qu'il offrit de le publier. Une mésentente entre Roger Lemelin, le grand patron de La Presse en ce temps-là, et Hubert Aquin entraîna la démission de ce dernier et l'abandon du projet.

Les Presses de l'Université Laval prétendant ne pas avoir les reins assez solides pour s'impliquer dans une entreprise d'une telle envergure, c'est le directeur littéraire de Fides, Clément Saint-Germain, qui proposa de publier le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec.

Depuis, huit tomes ont été publiés par Fides et un neuvième est en préparation.

Imprimé à 500 exemplaires, le huitième tome du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec se présente sous la forme d'un ouvrage de 1150 pages passant en revue les années 1986 à 1990.

Sous la direction d'Aurélien Boivin, la rédaction de ce huitième tome a nécessité quatre années de travail et la collaboration de 320 rédacteurs d'articles. Rédacteurs recrutés parmi des professeurs d'université d'ici et de l'étranger, des professeurs du collégial, des chercheurs et des étudiants. Sans oublier le recours aux services de nombreux bibliothécaires.

Au total, ce livre propose plus de 800 articles analysant 1200 ouvrages. En fin de volume, une bibliographie comptant plus de 6500 entrées.

Les 1200 ouvrages analysés ont été classés en quatre catégories: romans et nouvelles au nombre de 350, poésies et chansons elles aussi au nombre de 350. À cela il faut ajouter 125 pièces de théâtre et 250 essais.

Les essais ont été choisis au cas par cas et traitent de littérature, de culture, de politique et de sociologie.

Selon Aurélien Boivin, ces essais témoignent de l'évolution du Québec contemporain: «On pouvait difficilement passer à côté des livres de Léon Dion ou de Gérard Bergeron.»

Que ressort-il de l'analyse des oeuvres littéraires publiées entre 1986 et 1990? Selon Aurélien Boivin:

- Les livres sont mieux faits et, surtout, mieux édités.

- Les écrivains québécois sont de plus en plus capables de rivaliser avec les auteurs américains: «Beaucoup de sagas comptent 500, 600 et 700 pages ou même plusieurs tomes.»

- Plusieurs des romans publiés à cette époque sont devenus des classiques, au sens où ils sont étudiés en classe.

- De plus en plus d'écrivains mélangent les genres (récit, nouvelle, poésie...) et de nombreuses oeuvres sont inclassables.

- Après l'échec du référendum, la littérature québécoise est devenue plus intimiste: «On passe du je collectif au je intime. On observe un repli sur soi, une certaine nostalgie. C'est vrai autant pour les romans que pour la poésie ou le théâtre.»

- Au théâtre, on aborde de plus en plus l'homosexualité: «On en parle abondamment et de façon très décontractée. L'homosexualité n'est plus un tabou.»

- Les rapports entre parents et enfants sont de plus en plus difficiles.

- La famille éclate et les enfants recherchent la liberté: «Cet amour de la famille qu'on avait dans les années 40 et 50 n'existe plus. Tout cela débouche sur la violence et le suicide.»

- L'américanité, peut-être le trait le plus marquant de cette période: «Il y a un retour vers la nature, une recherche des grands espaces, une recherche d'un meilleur environnement. On trouve de nombreux clins d'oeil aux oeuvres américaines. Pensez à Monique LaRue, Jacques Poulin, Noël Audet...»

- Les immigrants décident d'écrire en français et la littérature migrante trouve sa place.

Selon Aurélien Boivin, les auteurs importants entre 1986 et 1990

Jacques Poulin

Victor-Lévy Beaulieu

Anne Hébert

Michel Marc Bouchard

Marie Laberge

Du côté de la relève

Louis Hamelin

Sylvain Trudel

Lise Tremblay

Pierre Gobeil

Les oeuvres publiées entre 1986 et 1990 qu'il faut avoir lues

Copies conformes, de Monique LaRue

Le Premier Jardin, d'Anne Hébert

Le Vieux Chagrin, de Jacques Poulin

Les Feluettes, de Michel Marc Bouchard

Juliette Pomerleau, d'Yves Beauchemin

Marie Laflamme, de Chrystine Brouillet

Les heures, de Fernand Ouellet

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