On savait que le général de Gaulle était un catholique pratiquant. À l'Élysée, il avait fait aménager une petite chapelle. À ses frais. Et c'est un Père blanc, son neveu François de Gaulle, qui y célébrait la messe.
Pendant la messe, dit-on, il était distrait. Avec les responsabilités qui étaient les siennes, on peut comprendre.
Ce qu'on savait moins, en revanche, c'est qu'il craignait un envahissement de la France par les musulmans. Ce fut l'une des raisons pour lesquelles il brada l'Algérie.
En effet, le général de Gaulle appréhendait une mutation démographique à laquelle la France n'a pas réussi à échapper. Et sa politique en faveur de l'indépendance algérienne était destinée à prévenir cette mutation.
Cette réserve à l'endroit des musulmans, le général de Gaulle l'a manifestée dès la Libération.
À preuve, en juin 1945, cette directive ministérielle en matière d'immigration : «Sur le plan ethnique, il convient de limiter l'afflux des Méditerranéens et des Orientaux qui ont, depuis un demi-siècle, profondément modifié la composition de la population française. Il est souhaitable que la priorité soit accordée aux naturalisations nordiques : Belges, Allemands, Luxembourgeois, Suisses, Anglais, Danois, etc.»
Il est vrai que le général de Gaulle avait de qui tenir : son arrière-grand-mère paternelle était une McCartan irlandaise et son arrière-grand-mère maternelle était une Kolb allemande.
Je ne m'attendais pas à trouver de telles informations en me plongeant dans Charles le Catholique de Gérard Bardy. Un livre passionnant et solidement documenté de 396 pages publié par Plon.
Gérard Bardy est un journaliste qui a longtemps travaillé à l'Agence France-Presse avant de se joindre au groupe Bayard-Presse où il dirigea le magazine Le Pèlerin.
Un mot sur Bayard-Presse : c'est un éditeur français qui a été fondé par 1870 par les Augustins de l'Assomption afin de participer à l'évolution de la société par l'information et par l'éducation.
Aujourd'hui, Bayard-Presse est une véritable multinationale qui publie plus de 150 magazines en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Les catalogues de ses maisons d'édition comptent 4800 titres.
Au Canada, Bayard-Presse a mis la main sur Novalis et possède notamment Le Bel Âge.
Né en 1890, Charles de Gaulle a grandi dans une famille pieuse. Son père était préfet des études dans le collège des Jésuites de la rue de Vaugirard, à Paris.
C'est à Lille qu'il passait ses vacances d'été, chez ses grands-parents maternels. Là où il est né. Tous les matins, la grand-mère emmenait sa trâlée de petits-enfants à la messe. Oui, tous les matins!
Dans le Nord de la France, où le chômage et la misère rongeaient le peuple, le catholicisme a toujours été vécu autrement qu'ailleurs.
Cette région de filatures et de mines de charbon fut un terreau fertile pour l'agitation sociale. Face à la menace rouge, les catholiques ont opposé une religion de combat à la fois au service des pauvres et de l'Église.
Évêque de Lille de 1928 à 1968, Mgr Liénard s'était mérité le surnom de «cardinal des ouvriers». C'est pour dire.
Ce catholicisme engagé a intrinsèquement influencé la pensée du général de Gaulle en matière sociale. D'où son idée de concevoir une troisième voie qui ne soit ni le capitalisme, ni le socialisme.
Cette troisième voie, il croyait l'avoir trouvée dans la participation : faire en sorte que les salariés d'une entreprise reçoivent un intéressement aux bénéfices afin de casser l'antagonisme entre le travail et le capital.
Revenons à l'attitude du général de Gaulle à l'endroit des musulmans. Il n'était pas ennemi de l'Islam, mais en redoutait l'expansionnisme.
Sa France, c'était celle qui a commencé avec le baptême de Clovis par Rémi, l'évêque de Reims, en 496. Il voyait son pays comme un pur produit de la civilisation chrétienne : «Nous sommes un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne».
Gérard Bardy écrit que le général de Gaulle admirait l'esprit conquérant du peuple arabe tout en étant convaincu que la civilisation musulmane était un corps étranger inassimilable.
En mars 1959, à l'Élysée, il tint ce discours à Alain Peyrefitte : «Les musulmans, vous êtes allés les voir? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas? Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante?»
Et d'ajouter ce commentaire inouï : «Si nous faisons l'intégration, mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées».
Ce qui inquiétait le général de Gaulle, c'était ce qu'il appelait la «transversale musulmane, qui va de Tanger aux Indes».
Dès mai 1940, sur le front de la Somme, il s'en ouvrait en ces termes à l'aumônier de son régiment, l'abbé Bourgeon : «Si cette transversale passait sous obédience russe ou, ce qui serait pire, chinoise, nous sommes foutus. Et croyez-moi, monsieur l'aumônier, il n'y aura plus de Poitiers possible».