Clémence DesRochers, entre rire et souvenir

«J'ai été de la naissance de la télé... (Photothèque Le Soleil)

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«J'ai été de la naissance de la télé au Québec. Tout était neuf, tout était à inventer!» se souvient Clémence DesRochers dans son show confidences 50 ans de métier, ça s'raconte.

Photothèque Le Soleil

Régis Tremblay, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Après avoir fait rire, sourire et s'émouvoir d'innombrables spectateurs pendant plus de 50 ans, Clémence DesRochers quitte définitivement la scène en proclamant qu'elle a toujours été avant tout une femme d'écriture, une amoureuse de la littérature.

C'est ce qu'elle tenait à dire à ses fans et à tout le monde au cours d'une ultime tournée qu'elle a entamée au printemps 2010 et qu'elle vient conclure à Québec. 50 ans de métier, ça s'raconte était présenté hier au Petit Champlain et le sera aujourd'hui, au Centre d'art La Chapelle de Vanier.

Et pour que ce dernier show accorde la prépondérance aux mots et à la poésie, Clémence DesRochers s'amène sur scène en compagnie de la journaliste littéraire Danielle Bombardier. C'est à sa grande amie que Clémence se raconte devant le public, qui peut aussi poser quelques questions.

Bien sûr, avec Clémence, il y a toujours une place pour le monologue d'humour et la chanson, puisque c'est un show, comme elle le dit : «Mais je veux aussi profiter de l'occasion pour dire aux gens que j'ai beaucoup écrit dans ma vie. Même mes monologues ont été laborieusement écrits. Je vais chanter, mais je vais aussi dire les paroles de quelques-unes de mes chansons, que j'ai écrites comme des poèmes. Il paraît que dans ces moments-là, je suis souvent plus touchante que quand je chante!» fait-elle avec ce sourire qui ne la quitte jamais et qui lui a creusé ses fossettes si caractéristiques.

Pendant l'entrevue, elle se met à réciter doucement quelques vers de l'une de ses plus belles chansons : «Vous avez quitté le lac en septembre, c'était bien trop tôt. Tirés les rideaux et fermées les chambres, il fait encore beau...» (Le lac en septembre, sur une musique de Marc Larochelle)

Elle explique avec justesse : «La mélodie charrie des émotions, elle t'impose certaines intonations, mais les paroles possèdent leur propre musique qui se révèle quand on les dit au lieu de les chanter.»

Fille de poète et journaliste

Se présentant sur son site comme auteure-compositrice-interprète et humoriste, dans cet ordre, Clémence DesRochers se réclame de la poésie, car elle n'oublie jamais qu'elle est la fille du poète et journaliste Alfred DesRochers (1901-1978). Elle dira même plusieurs fois, au cours de l'entrevue : «comme disait mon père...»

Elle reprend les vers les plus tristes de cet homme tourmenté et évoque son existence difficile : «Mon père est mort toute sa vie...» Clémence a su s'inscrire dans notre histoire, au point où l'on ne dit plus seulement qu'elle est la fille du poète nationaliste, mais qu'Alfred DesRochers est le père de notre Clémence nationale. Elle ne manque pas de lui rendre hommage, tout au cours de sa dernière tournée.

Clémence DesRochers est née le 23 novembre 1933 à Sherbrooke, près des factries qui lui inspireront une chanson et un monologue célèbres. Mais en 1950, elle fait son baluchon et part pour Montréal, et ne tarde pas à débuter comme mime dans la «roulotte» à Paul Buissonneau. Elle a 16 ans!

Elle n'a que 20 ans lorsqu'elle participe à la naissance de la télévision à Radio-Canada, où elle trouvera toujours une porte ouverte : on la voit dans les premiers téléromans (Les Plouffe, La côte de sable), dans les émissions pour enfants (Grujot et Délicat) et plus tard dans des séries d'émissions hebdomadaires ou quotidiennes (Les trouvailles de Clémence, Les p'tits bonheurs de Clémence, Le monde de Clémence).

Jeune et fonceuse

Débrouillarde, fantaisiste, drôle, populaire, elle ne manquera jamais d'ouvrage, à la télé, à la radio et sur scène. Jeune et fonceuse, et même leadeuse - il aurait peut-être fallu inventer pour elle ce néologisme! -, elle est de la première vague des chansonniers en lançant les Bozos, en 1959, avec d'illustres inconnus à l'époque : les Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Raymond Lévesque, André Gagnon. C'est dans son propre cabaret, Chez Clémence, qu'elle donne sa première chance à un certain Yvon Deschamps. Plus tard, elle écrira et mènera la revue Les girls avec Diane Dufresne, Louise Latraverse, Chantal Renaud et Paule Bayard.

C'est ensuite la grande époque de ses one-woman show : Les retrouvailles font 150 représentations et remplissent quatre fois la Place des Arts, en 1980; son fameux J'ai show de 1987, où elle se moque du tabou artistique sur la ménopause; De retour après la ménopause, en 1993, attire 90 000 fans et pacte cinq fois le Grand Théâtre. Après cet «apothéopause», elle prend une retraite de 15 ans dans ses Cantons-de-l'Est. Mais en 2008, elle remet ça avec 100 représentations de Mes classiques en public. À 75 ans, elle range son micro pour fleurir son jardin et cultiver la poésie.

Entre-temps, elle n'aura pu résister à l'envie de se faire remarquer de joyeuse façon dans le film à succès La grande séduction, de Jean-François Pouliot et Ken Scott. Aujourd'hui, que lui reste-t-il encore à prouver, à désirer, à jouer? Si vous lui posez la question à brûle-pourpoint, elle vous répondra aussitôt, toujours d'attaque : «J'aimerais bien que vous m'écriviez un premier rôle au cinéma!»

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