Claude Tousignant: dans l'antre du plasticien

Le peintre Claude Tousignant nous a ouvert les... (La Presse, Robert Skinner)

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Le peintre Claude Tousignant nous a ouvert les portes de son immense atelier à Montréal.

La Presse, Robert Skinner

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On m'avait dit que Claude Tousignant était un peu revêche, que ses entrevues étaient rarissimes et, effectivement, même en épluchant les archives, je n'ai pas trouvé de ces longs entretiens qui jalonnent habituellement le parcours des artistes qui ont une carrière aussi colossale que la sienne.

MONTRÉAL - «Ce n'est pas que vous me dérangez, je n'ai juste pas l'habitude de parler, je manque de mots», s'est-il excusé après, pourtant, plus d'une heure de discussion dans son immense atelier de Montréal situé à deux pas du marché Atwater.

Chez les plasticiens, Guido Molinari était le flamboyant joueur étoile, alors que Jauran était le polémiste, le critique d'art. Claude Tousignant est de nature plus discrète. Il parle de l'époque que les théoriciens identifient comme «le moment où l'histoire de l'art du Québec est entrée dans l'histoire de l'art mondial» avec pragmatisme.

Des calendriers aux meubles

Tout a commencé par une boîte de peinture et de pinceaux, découverte à la maison pendant un congé de maladie, où il décide de s'appliquer à reproduire les images d'un calendrier de l'oratoire Saint-Joseph. «À la petite école, le seul cours qui l'intéressait était le dessin, le vendredi après-midi. C'est peut-être pour ça que j'aimais ça», se souvient Tousignant.

Tenté par la peinture commerciale et la conception d'affiches, il entre à School of Art and Design du Musée des beaux-arts de Montréal, où Arthur Lismer, un des membres du Groupe des Sept, est directeur. «J'avais 17 ans, j'ai menti sur mon âge, confesse-t-il. Mais là j'ai découvert que c'est la peinture qui m'intéressait.» Nous sommes en 1948, l'année du Refus global, qu'il ne lira que plusieurs années plus tard.

Il développe «un style tachiste, un peu surréaliste». Un professeur, Gordon Webber, lui fait découvrir Mondrian et la peinture américaine. «J'étais très ignorant. Tout le monde l'était, à l'époque», indique humblement le peintre, qui a ensuite passé deux ans à Paris.

«La plupart des gens faisaient du Matisse, ou des natures mortes. J'étais un peu découragé à ce moment-là», raconte-t-il. De retour à Montréal, il se lance dans le design de meubles. Y aurait-il des meubles Claude Tousignant dans les brocantes? «J'espère que non, ce n'était pas fameux», répond l'homme en riant.

Molinari, son ex-camarade de classe, le croise un jour dans un bus et lui suggère d'aller voir l'exposition La matière chante, qui l'enthousiasme. «Il était comique à fréquenter, indique Tousignant. Il était fou, très fantaisiste. Il se prenait pour Dieu. Les gens qui l'ont connu plus tard ont connu quelqu'un d'autre.»

En 1965, les deux Québécois sont sélectionnés pour faire partie de l'exposition The Responsive Eye, au Museum of Modern Art de New York. «C'était l'explosion du op art, on n'avait pas tellement de parenté avec les autres, qui jouaient sur des trucs de l'oeil, raconte Tousignant. Peut-être qu'on n'aurait pas dû exposer là. On a dû se défendre, ensuite, de ne pas être des optical artists

Lorsqu'on lui demandait de quel courant il se réclamait, il répondait plasticien, mais l'étiquette lui importait peu. «Jauran était le critique de L'autorité du peuple et de La Presse, sous des pseudonymes, qui parfois se répondaient. Lorsqu'on exposait, il nous appelait plasticiens pour enrichir son groupe. On n'était pas d'accord, mais il l'a fait tellement souvent, qu'on s'est habitués», raconte simplement l'artiste.

Couleurs et objets

C'est lorsqu'on lui parle de couleur et de forme que son regard s'anime, et que les mots affluent. Au fond de son atelier sont cordées des dizaines de toiles monochromes.

«Il suffit d'avoir une couleur dont on s'imprègne totalement. C'est assez compliqué parfois, il y a des mélanges où il y a plus de 25 couleurs. Il faut en faire l'expérience, le regarder longtemps. Après un certain temps, on se met à analyser la couleur, à en décortiquer la composition», explique Tousignant, qui a longtemps noté minutieusement toutes ses recettes de couleur et qui conserve des malaxeurs tout près de ses pinceaux. «Et chaque tableau est un objet en soi», s'empresse-t-il d'insister.

Depuis quelque temps, il joue avec les masses, les multiples et les compositions murales. Des oeuvres de sa plus récente série, Périphériques, ont été exposées à Art Mûr à Montréal l'an dernier.

Sur son bureau, des ouvrages sur Mondrian, Malevitch et les suprématistes, De Kooning, Kandinsky, sont à portée de main. «Je m'intéresse davantage à l'art du passé, maintenant que je suis vieux», constate le peintre, qui vient de célébrer ses 80 ans.

Toujours installé à Montréal, dans Outremont, il a deux filles, toutes deux en histoire de l'art. Avec un père artiste et une mère qui traduit principalement des livres d'art, il fallait s'y attendre. L'une est au doctorat, l'autre à la maîtrise, et Tousignant parle d'elles avec affection et fierté. «Quand elles étaient petites, je mettais des feuilles sur le chevalet et elles se lançaient. J'ai des caisses et des caisses de leurs dessins. La première a fait des choses magnifiques, elle remplissait la page de couleur, l'autre faisait de toutes petites choses, des collages», raconte-t-il.

Il dit ne conserver aucune amertume, même si les critiques, surtout à ses débuts, n'ont pas toujours été tendres. L'homme est serein. Et semble prendre goût aux entrevues. Monsieur Tousignant, merci!

Rencontre privilégiée

Lundi, le Musée national des beaux-arts du Québec sera exceptionnellement ouvert en soirée pour une activité publique et gratuite du Club des collectionneurs en arts visuels de Québec. Les portes ouvriront à 18h30, et les visiteurs pourront arpenter les salles d'exposition. À 19h30, Michel Martin, historien de l'art et cocommissaire de l'exposition Les plasticiens fera une courte introduction, puis Claude Tousignant s'entretiendra avec Marc Bellemare au milieu de ses oeuvres, dans la salle 6. Il n'y a pas de réservation possible.

Info : www.clubdescollectionneursenartsvisuelsdequebec.com

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