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Les Fortifiés de Jacynthe Carrier: les remparts apprivoisés

Jacynthe Carrier pendant la séance de photo du... (Photo Charles-f. Ouellet)

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Jacynthe Carrier pendant la séance de photo du projet Les Fortifiés

Photo Charles-f. Ouellet

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Josianne Desloges
Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Jacynthe Carrier peuple les territoires cicatrices, les espaces vacants, les frontières, tangibles et intangibles. Elle met en scène les corps, les vêtements, les objets trouvés, puis les happe avec sa caméra. Son dernier projet, Les Fortifiés, rassemble des jeunes du Carrefour jeunesse-emploi de la Capitale-Nationale et les fortifications du Vieux-Québec.

«Ces murs-là racontent toute une histoire, qui est aussi actuelle et contemporaine, avec des bribes de passé. Tout ça ensemble crée une allégorie», expose Jacynthe Carrier, qui a justement développé dans ses projets en photo et en vidéo une esthétique atemporelle, mais chargée d'objets de mémoire, où les personnages s'adonnent à de nouveaux rituels de transmission, de partage, d'offrande, de communion, de commémoration, de tendresse, de passage.

Les soirs d'été, les jeunes s'approprient justement les remparts pour se rassembler en bande, boire un coup et refaire ou défaire le monde. Les Fortifiés visait à établir une nouvelle relation, alliant histoire et expérience artistique, entre les vieux murs et des humains qui ne l'ont pas toujours eue facile.

«Ça a marché, je crois. Le shooting [au pied des murs, derrière le parc de l'Artillerie] était un jeudi ou un vendredi soir, et il y avait plein de jeunes en haut qui faisaient le party. Ils commençaient vraiment à être plates, ils écoeuraient le monde en bas, et les jeunes du Carrefour défendaient vraiment le projet», raconte Jacynthe Carrier, qui travaillait avec l'organisme EXMURO arts publics, en collaboration avec Parcs Canada.

Le résultat évoque la fête foraine, le banquet, mais perclus d'une forme de gravité pensive, d'un recueillement. Chaque «modèle» tient entre ses mains un artefact, partiellement couvert de plâtre. «Je choisis certains objets qui, pour moi, sont assez symboliques. Je trouvais que le plâtre marchait bien avec l'idée de fortifier. Dans leur stature, les jeunes ont quelque chose de très sculptural, de très posé», analyse l'artiste.

Dans l'étrange tribu (robe désuète, tatouage, piercing, plumes, veste d'habit et cape s'agencent avec une riche harmonie), on remarque deux enfants. Édouard, trois ans, le fils de Talina, une des participantes, a pu jouer dans une petite montagne de farine, pendant que Madeleine, la fille de Vincent Roy, d'EXMURO, prenait la pose sur une chaise avec une trompette, un chapeau militaire et une cape de laine.

Un mélange de générations que Jacynthe Carrier recherche de plus en plus, tout en jonglant avec le désir de travailler avec des communautés distinctes pour ses oeuvres. «Un peu comme Althea Thaubeger peut faire», évoque la jeune femme, qui terminera cet automne une maîtrise à l'Université Concordia, à Montréal. Elle a tout de même trouvé le temps de créer une vidéo de quelques minutes qui sera exposée dans une galerie de Brooklyn cette année, et de penser à un projet vidéo «assez musical, sur l'idée d'une parade, d'une marche», avec L'orchestre d'hommes-orchestres, pour 2013.

On peut voir une photographie grand format, un montage d'images prises pendant la séance de photos et un livre montrant le résultat du projet Les Fortifiés au parc de l'Artillerie, à deux pas de la place D'Youville, jusqu'au 8 octobre.

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