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Rencontres de la photo en Gaspésie: sur la route

À chaque village, les photographies sont placées en... (Photo fournie par Guillaume D. Cyr)

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À chaque village, les photographies sont placées en évidence à l'extérieurdans des lieux passants pour les touristes.

Photo fournie par Guillaume D. Cyr

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Josianne Desloges
Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Une trentaine de photographes émergents ou aguerris parcourent cette semaine les routes de la Gaspésie. D'un paysage à l'autre, d'un village à l'autre, d'un vernissage à l'autre, d'une discussion à l'autre. Dans la cohorte, Guillaume D. Cyr, originaire de la Gaspésie et établi à Québec, présente avec Yana Ouellet l'exposition Gaspésie Human Less (partie 1), que nous avons pu voir à L'Établi à Québec l'automne dernier.

Les troisièmes Rencontres internationales de la Gaspésie, sur le thème Influencer la trajectoire, se poursuivent jusqu'au 10 septembre, mais la semaine professionnelle, une nouveauté de cette année, s'est terminée vendredi. Parmi les invités, on compte entre autres la Parisienne Flora, qui expose à Paspébiac, le New-Yorkais Nick Kline, à Carleton-sur-Mer, le Torontois Edward Burtynsky, à Gaspé.

À chaque village, les photographies sont placées en évidence à l'extérieur, souvent dans les marinas, qui sont des lieux passants pour les touristes. «Quelqu'un qui arrive n'a pas à chercher les photos, c'est sûr qu'il va tomber dessus», indique Guillaume D. Cyr, dont les clichés sont installés à Chandler.

Lundi soir, après le vernissage, Maryse Goudreau, qui expose aussi à Chandler, a fait une photo sur le quai avec plus de 200 figurants, pour son projet Manifestation pour la mémoire des quais. Plus loin, à Cap-Chat, un autre projet inspiré de la région, Les Gaspésiennes, de Jean-François Bérubé et Sophie Jean, attire l'attention des gens du coin.

«Ça prouve que tu n'es pas obligé d'aller au bout du monde pour faire de la bonne photo, il suffit de regarder autour de soi, tout le monde est entouré de sujets, il suffit de les saisir et d'aller en profondeur pour les développer», croit Guillaume D. Cyr. Avec Yana Ouellet, il a élaboré les trois parties de Gaspésie Human Less en braquant d'abord sa caméra sur les maisons abandonnées le long de la route, puis sur les usines à bois démolies ou désertées de la Baie-des-

Chaleurs. Pour la troisième partie, il souhaite se concentrer sur des portraits de personnes âgées, qui ont vu mourir l'industrie de la pêche, puis celle du bois, et voient arriver celle du pétrole.

Le sujet est sombre, le traitement est très esthétique, le résultat a une aura d'authenticité, étoffée par l'existence d'un livre d'art, d'une trame sonore et depuis récemment d'une vidéo, qu'on peut visionner au guillaume­dcyr.com/videos.

À Tchernobyl

En parallèle de ce travail sur sa région d'origine, D. Cyr continue de voyager. En mai, il a mis le cap sur Tchernobyl, pour faire un portrait du tourisme qui s'y est développé. «Ça fait peur un peu. Les gens sont en vacances, dans le coin de Kiev, en Ukraine, et choisissent d'aller faire un tour de ville à 200 $ le billet à Pripiat, dans la zone interdite», raconte-t-il.

Apocalyptique, la visite de la ville fantôme dévastée par la catastrophe nucléaire de 1986 est prisée. On réserve des mois d'avance. Pour accompagner ses clichés, D. Cyr a demandé à son collègue du journal culturel Voir David Desjardins de rédiger des textes éditoriaux et critiques sur ce type de tourisme inusité, «sur les gens qui ne sont plus impressionnés par rien qui vont voir les sites des plus grandes catastrophes humaines», indique le photographe.

Pour voir toutes les installations photo des Rencontres, il faudrait compter une bonne semaine de route. L'événement artistique prend donc des airs de périple avec la mer en filigrane, avec une escale chaque soir pour entendre un photographe expliquer sa démarche. Et des discussions, ensuite, autour d'une table bien garnie.

«J'aime discuter avec Gabor Szilasi et Jean-François Bérubé, parce que ça me donne l'impression que ce sera moi dans 30 ans. Ils ont tracé le même chemin que moi. Jean-François est un photographe commercial qui a son studio à Montréal, qui revient de Londres, où il a présenté ses portraits d'athlètes canadiens. Gabor a plus de 80 ans. Lorsqu'il te dit que ce que tu fais est très intéressant, tu le prends comme une fleur», raconte D. Cyr.

Carte blanche en Vendée

Autre fleur reçue pendant ces Rencontres, le jeune photographe a été choisi pour une carte blanche de deux semaines en Vendée, au sud de La Rochelle, l'an prochain: «Je sais déjà que je ferai un travail sur le paysage, en lien avec les racines gaspésiennes. Il y a la mer, et je sais qu'ils ramassent le sel, il y a quelque chose d'intéressant à faire là-dessus.»

D'un projet à l'autre, il affirme sa signature, les prises de vue d'ici et d'ailleurs s'entremêlent, les abandons et les deuils de l'histoire humaine se font écho. Le monde dans l'oeil, dans un périple à suivre.

Les Rencontres internationales de la photo en Gaspésie se poursuivent jusqu'au 10 septembre. Info : www.photogaspesie.ca

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