En visitant les ateliers d'artistes, on tombe souvent sur de petites maquettes blanches, sorte de théâtres miniatures où sont intégrées des oeuvres «possibles». Certaines prendront forme et survivront à leur concepteur - les 1 % sont fait pour durer -, d'autres avortent, ou plutôt renaissent ailleurs.
Des taches de couleurs rappelant des vues microscopiques imaginées par Tania Girard-Savoie pour un couloir de métro menant au CHUM ont inspiré, par exemple, une série de toiles petit format. L'artiste nous reçoit dans les nouveaux ateliers lumineux aménagés rue la Tourelle. Dessin, peinture, sérigraphie et photographie alternent dans la démarche de la jeune femme. Comme dans ses techniques, elle a trouvé un équilibre au fil des ans entre les projets d'intégration des arts à l'architecture et les expositions en galerie.
Parmi ses derniers projets, on compte un mur de rhizomes colorés imprimés sur des panneaux de verre à la Maison des naissances de Limoilou. «Une oeuvre organique, zen, apaisante, qui ressemble beaucoup à ce que je fais en dessin», signale Girard-Savoie.
Une mosaïque de photographies de paysages retravaillées par ordinateur, installée dans le centre multifonctionnel de Saint-Éphrem-de-Beauce (un type de construction qui pousse comme des champignons ces dernières années), porte aussi sa signature.
Oui, il y a des grincheux rebutés à l'idée de mettre de l'art «trop» actuel dans des constructions destinées à offrir des services au grand public. «Mais les gens sont assez enchantés en général. Ils sont fiers de leur coin, ils sont contents lorsqu'on mise là-dessus. Lorsqu'on installe les oeuvres, il y a toujours plein de gens qui viennent nous parler», indique l'artiste. «Ce n'est pas parce que c'est grand public que ce n'est pas intéressant, même des fois ça l'est plus».
Faire des 1 %, c'est concevoir, intégrer, mais c'est aussi sous-traiter et gérer un budget. «Il faut vraiment arriver "clé en main"», résume-t-elle.
En contrepartie, le programme gouvernemental permet aux artistes d'avoir accès à des budgets, donc à des matériaux et à des dimensions d'oeuvre auxquels ils n'auraient jamais accès autrement.
Au Bloc 5
Comme plusieurs autres artistes qui font des projets d'art public, Tania Girard-Savoie fait affaire avec des ateliers industriels, mais aussi avec le
Bloc 5, une coopérative artistique fondée en 2002, dont font partie, entre autres, les sculpteurs Jean-Robert Drouillard, Ludovic Boney et Marc-Antoine Côté. «On voulait un atelier. C'était un coup de tête», résume Côté. «On a toujours refusé de fabriquer des remorques. Du coup, on avait juste des projets qui avaient des liens avec l'art ou le design», ajoute Boney.
De leur bureau-cuisine plein de maquettes et de prototypes, on entend distinctement le bruit de la sableuse et de la perceuse. On chôme rarement au Bloc 5 ces dernières années.
Il y a toujours un projet de Cooke-Sasseville, Hélène Rochette, Annie Baillargeon, BGL, Danielle April, Eveline Boulva, André Du Bois et autres en chantier. Leur atelier de métal de Limoilou n'a jamais eu à faire de publicité. Leurs professeurs de l'école des métiers d'art ont été leurs premiers clients, puis le bouche à oreille a fait son effet.
Les sculpteurs créent aussi leurs propres projets, avec l'avantage qu'ils n'ont pas à sous-traiter des soudeurs et autres techniciens et qu'ils sont devenus des experts de l'impossible. Installer des morceaux d'une tonne aux dimensions titanesques est leur spécialité.
Marc-Antoine expose parfois en galerie des oeuvres qui jouent sur les textures et les finis, rappelant souvent troncs d'arbre ou rochers. Par rapport à ses 1 %, seule l'échelle change, souligne-t-il. «Mon rêve, ce serait de faire d'immenses sculptures, comme pour les 1 %, mais de les mettre dans les galeries.»
Ludovic lui, a toujours voulu faire «de grosses sculptures» géométriques, avec quelque chose de mécanique. Et force est d'admettre, en voyant son immense tour baptisée Debout devant l'océan, au Quai des croisières à Sept-Îles, qu'il a drôlement bien réussi.