VILLE OU CAMPAGNE 3e de 8

Saint-Jean-Port-Joli: maisons de bois, maisons nomades

Le sculpteur de Québec Jean-Robert Drouillard travaille sur... (Collaboration spéciale Josianne Desloges)

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Le sculpteur de Québec Jean-Robert Drouillard travaille sur une sculpture en tilleul à l'image et à l'échelle de son fils.

Collaboration spéciale Josianne Desloges

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Josianne Desloges
Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Saint-Jean-Port-Joli) Le charmant village des frères Bourgault est marqué par une longue tradition de sculpture sur bois. Mais, depuis 2010, l'art contemporain s'invite officiellement au bord du fleuve à la Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli, où sculptures plus traditionnelles, sculptures installations et sculptures de l'esprit se côtoient dans un joyeux foisonnement. Cette année, la commissaire Caroline Loncol Daigneault a lancé ses invitations sur le thème de l'hospitalité.

Le parc des Trois-Bérets avait beau être des plus accueillants, fouetté par l'air fluvial, il l'est d'autant plus depuis qu'un nouvel espace multifonctionnel baptisé La Vigie, maison de la culture populaire, y a été construit. Le centre à l'architecture audacieuse évoque un bateau en pleine mer, légèrement penché à cause de la houle, et ses abords protégés par un toit en font la promenade rêvée pour installer les artistes au travail.

À l'entrée, les organisateurs ont pris soin de placer Jean-Robert Drouillard, qui avait déjà, deux jours après le début de la biennale, une sculpture de tilleul bien amorcée à l'image et à l'échelle de son fils. «Jean-Robert se définit comme un artisan en arts visuels, et ça permet aux gens de commencer la visite en voyant une technique qu'ils connaissent bien, qui met en valeur l'habileté manuelle du sculpteur», explique Robert Gagnon, président du C. A. de la biennale.

Une fois le corps de bois complété, Drouillard souhaite ajouter des bois de cerf et des écouteurs d'iPod à son Pinocchio. Dernièrement, le sculpteur de Québec jonglait avec l'idée d'inclure des membres d'animaux taxidermisés dans ses sculptures (après y avoir intégré des crânes lors de son passage au Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul en 2010), mais il songe aussi à bricoler des prothèses de papier ou de plastique à ses humanoïdes, nous indique-t-il, entre deux séances d'explications énergiques aux visiteurs curieux.

C'est qu'en plus de travailler sous un soleil de plomb, les artistes qui séjournent à Saint-Jean-Port-Joli travaillent devant public, et parfois avec lui. C'est le cas de Massimo Guerrera, qui souhaite dresser la cartographie sensible des conversations qu'il aura avec ceux qui prennent rendez-vous avec lui dans son pavillon de toile aux allures orientales. «Ça donnera des sculptures presque spirituelles, qui sont des vues de l'esprit», résume la commissaire.

Dans la même veine, Michael Fernandes habitera de jour comme de nuit dans sa sculpture-structure, une maisonnette de bois qui contient d'un côté un lit, de l'autre un comptoir pour cuisiner et, au centre, une fosse assez grande pour y déposer un cercueil. Enjambant continuellement la fosse, l'artiste d'Halifax dit chercher à retrouver une conscience de l'instant présent et de chacun de ses mouvements, tout en intégrant cette idée de la finalité inéluctable à sa routine. Nommée Resting/Eating, l'oeuvre-performance apporte une dimension philosophique et existentielle au thème et est le point de départ de toute la réflexion de la commissaire sur le thème de l'hospitalité.

Miniatures

Émilie Bernard, en produisant des miniatures en plâtre (montagne, maison, roulotte...) qu'elle offrira aux visiteurs le dernier jour de la biennale, joue sur les modèles variables qui caractérisent la production artisanale.

Michel Saulnier, l'un des fondateurs d'Est-Nord-Est, résidence d'artistes, assemble les boîtes à dominante blanc et bleu de produits du commerce pour sculpter un béluga grandeur nature. Ludique et critique à la fois, l'oeuvre dénonce le territoire qui fond, le réchauffement climatique, l'extinction des espèces.

Georges Audet, quant à lui, façonne un radeau-rideau en reliant des objets de bois teints en rouge avec des cordes, évoquant à la fois la maison, la fenêtre et le déplacement improbable sur une embarcation ajourée.

Giorgia Volpe, fidèle à elle-même, a entraîné les gens du coin dans son projet. Rassemblant les «balais de sorcières», ces broussailles nuisibles qui jonchent le sol des boisés des environs, la belle artiste construit un immense ballot, qui offrira au fleuve et détruira à la fin du périple de la biennale. «Il sera suspendu, alors ce sont mes racines aériennes, ma protubérance parasitaire devenue une sphère qui tourne, très belle», souligne-t-elle.

En complément de programmation, Pierre Bourgault a construit une impressionnante tour de sel, évoquant étrangement la sculpture de cubes blancs de la place de Paris, à Québec, qui sera tranquillement grugée par la marée. Une belle idée du descendant des frères Bourgault, André (qui faisait de l'art paysan), Médard (qui passa de l'art religieux à l'art nu) et de Jean-Julien, qui écrivait des histoires dans le bois et qui a fondé l'École de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli, résume Robert Gagnon.

«L'hôte, l'étranger, le voyage, la rencontre, le risque, la maison, la table, le sommeil, l'hostile, l'étrange, la découverte, la méfiance, la transformation, l'accueil, l'invité», lit-on dans le programme de la biennale. En voguant d'un artiste à l'autre, on constate que toutes ces notions ont trouvé une incarnation dans la matière.

La biennale se poursuit samedi et dimanche au parc des Trois-Bérets, rue Caron, à Saint-Jean-Port-Joli.

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