VILLE OU CAMPAGNE 1er de 8

Le village aux esprits

Pour l'installation Ce que nos voix disent de... (Photo collaboration spéciale Josianne Desloges)

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Pour l'installation Ce que nos voix disent de nous, Odile Pelletier et Denis Baribault ont suspendu des combinés téléphoniques et installé un répondeur dans le grenier du Vieux Presbytère de Deschambault

Photo collaboration spéciale Josianne Desloges

Josianne Desloges
Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Deschambault) Premier arrêt de notre série estivale: la campagne portneuvoise, plus précisément le Vieux Presbytère et l'église de Deschambault et le Moulin de la Chevrotière, à Grondines. Les années intercalaires de la Biennale du lin, l'art actuel éclot au coeur des bâtiments historiques et habite les vieilles pierres comme un fantôme joueur de tours qui puiserait son énergie dans la riche histoire des lieux.

À Deschambault, charmant village fouetté par l'air fluvial, les touristes surpris par les expositions non conventionnelles et les citadins enthousiasmés par le décor bucolique se regardent du coin de l'oeil en souriant. Au Vieux Presbytère, une jeune guide aux cheveux multicolores nous accueille et se fait une joie de nous présenter Que reste-t-il de nous?, une série d'installations d'artistes de la région qui occupe les trois étages du bâtiment.

Au rez-de-chaussée, Nancy Couture et Éric Lapointe ont installé une sorte de théâtre en relief dans l'âtre. Lorsqu'on le regarde en se plaçant derrière une silhouette trouée, une scène de feu de camp apparaît, et l'image sculpturale abstraite devient photo de famille. Tout près, André Du Bois présente Seuils, une ligne brisée de troncs d'arbres flottés ou calcinés, malmenés par l'eau et le feu, signes de l'existence qui s'effrite doucement, bellement, glissant sous la poussée bienveillante d'un draveur invisible.

À l'étage, le duo Doyon-Demers nous montre, dans une pièce tamisée, ce qui se produit lorsqu'on enduit un bâton de gomme de sapin et qu'on le dépose sur la surface d'un étang. Sévryna Lupien et Yves Béland exposent les artéfacts du XXIe siècle vus par des archéonautes du futur, poursuivant même leur science-fiction en disposant des carrés de fouilles à l'extérieur, derrière le Vieux Presbytère. Louise Plamondon fait aussi un lien entre des dessins-collages de visages disposés à l'intérieur et une série d'oiseaux-drapeaux flottant dehors, colombes ou cigognes évoquant la mort et la naissance intimement liées.

C'est toutefois le grenier qui frappe le plus l'imaginaire. Odile Pelletier et Denis Baribeault y ont disposé des combinés téléphoniques suspendus et un répondeur, des outils qui permettent d'annoncer ou de dénouer un deuil douloureux. La machine de longues languettes de bois et de cordes, activée par une manivelle, conçue par Mathieu Gotti et Mathieu Fecteau a été baptisée iWood, et se veut un clin d'oeil ironique au fameux iCloud d'Apple, qui permet de sauvegarder ses données dans un nuage virtuel.

En jouant avec les matériaux bruts, en extrapolant, en sublimant ou en dramatisant le quotidien et l'inéluctable, les artistes montrent que ce qui restera de nous, finalement, est bien loin de nos palliatifs affectifs et communicationnels.

À l'église, l'installation Chimère de Dominique Roy nous accueille dans un grenier symboliste, alors que Tristan Fortin Le Breton a construit une forteresse blanche de 15 000 MEGA Bloks, où se jaugent un tableau ancien (l'adoration des mages) et un «bas-relief» fait de terre et d'insectes écrasés, sorte de compost solidifié et étrangement beau. Carole Baillargeon a finalement accumulé les jeans usés de ses proches depuis 1995 pour créer des sculptures aussi évocatrices qu'esthétiques.

Que restera-t-il de nous? sera accessible tous les jours jusqu'au 30 septembre, de 9h30 à 17h30.

De l'art au Moulin

À cinq kilomètres du Vieux Presbytère, le Moulin de la Chevrotière accueille le volet intérieur d'Autant en emporte le vent, coproduit par l'OEil de Poisson et le collectif Pique-Nique. Le volet extérieur, qui se déroulait dans un champ de Saint-Casimir, étant terminé depuis le 1er juillet, la question était de savoir si le volet qui se poursuit se tenait par lui-même.

On a malheureusement l'impression de découvrir une série de traces, de maquettes, d'archives et de clins d'oeil qui nous font regretter de ne plus pouvoir voir leur complément extérieur.

La vidéo de Thierry Marceau, qui fait chanter Old McDonald Had a Farm par Ronald McDonald, délicieusement sarcastique et criard, la masse de sacs de plastique tissés par Giorgia Volpe qui évoque le résultat d'une maison imaginaire en mue (on voit des photographies de bâtiments revêtus du même matériau), les minutieux dessins au plomb de Mathieu Valade et la vidéo de Jacynthe Carrier, micronarration d'un espace-cicatrice, valent tout de même amplement le détour.

Le Moulin est situé au 105, rue de Chavigny, et les oeuvres y sont exposées jusqu'au 30 septembre. Info: autantenemportelevent.com

*****

Partie de campagne

Itinéraire

À partir de Québec, prendre l'autoroute 40 en direction ouest jusqu'à la sortie 257. Tourner à gauche et suivre les indications jusqu'à l'église. Poursuivre sur le chemin du Roy pour se rendre au Moulin.

Plaisirs champêtres

On peut pique-niquer avec vue sur le fleuve, manger une glace à côté du pittoresque magasin général Paré, faire des emplettes au marché public le samedi matin.

Aussi à visiter

- Le Moulin à vent de Grondines, le plus ancien du Québec, au 535, chemin des Ancêtres

- Angélus Bistro: spectacles, films, expositions, 241, chemin du Roy

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