Bleu rivière, verts méandres : haïkus photos

Designer graphique de formation, Émilie Lapierre Pintal collecte... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes)

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Designer graphique de formation, Émilie Lapierre Pintal collecte depuis 2004 des photographies de moments fragiles et précieux. Certaines ont été transférées sur des voiles.

Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes

Josianne Desloges

Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) L'Établi ressemble à une clairière en ce début d'été. Émilie Lapierre Pintal y expose les traces des interventions éphémères qu'elle réalise dans les bois et les cours d'eau de l'Estrie. Du micro land art, capté avec une lentille macro, et mis en espace sur des voiles diaphanes et sur des impressions numériques insérées dans de larges cadres de bois.

La bande sonore, faite de sons d'eau, d'oiseaux est de grappes de notes de musique - ce qui donne l'impression d'entrer dans le long plan-séquence d'une vidéo d'ambiance -, est signée Mirka Sévigny. L'Établi, collectif de jeunes photographes et vidéastes et lieu d'exposition, est en train de développer une signature particulière en présentant des installations photographiques immersives et en transformant constamment l'ambiance de leur deuxième étage aux allures de loft.

Designer graphique de formation, Émilie Lapierre Pintal collecte depuis 2004 des photographies de moments fragiles et précieux. On y voit une trace qui serpente sur un étang gelé, où la transparence de la glace et la blancheur de la neige fraîchement tombée révèlent que l'artiste a su tirer profit d'un moment rare de météo. On y voit aussi une fougère avec une «ailette» recroquevillée, un papillon dont les couleurs reprennent ou contrastent parfaitement avec celles des fleurs où il s'est posé, un pont de fleurs éphémères au-dessus d'un creux entre les arbres... Des visions bucoliques de l'infiniment petit et de l'infiniment grand, où la trace de l'humain n'est pas destructrice ou mercantile, mais simple et poétique. Pour construire ses oeuvres d'«art éco», l'artiste utilise de longues épines de sennelier, des branches d'aulne, des feuilles de vigne et tout ce qui lui tombe sous la main, en forêt.

Promenade en forêt

«Je voulais que notre point de vue change quand on se déplace dans l'exposition, que des éléments apparaissent à chaque pas, comme lorsqu'on se promène en forêt», explique l'artiste, qui a installé de petits arbres, des troncs blanchis par le sable ou le soleil et des pierres. On reconnaît les quatre saisons, amalgamées de manière impressive, pour faire écho aux photographies. Aux branches, l'artiste et plusieurs complices ont accroché de petites photographies. Les images de papillons, d'oiseaux, de fleurs donnent l'impression que de vraies feuilles, colorées par les rayons du soleil, ont poussé dans l'Établi.

À l'origine de l'exposition, il y a des centaines de promenades, mais aussi un livre, intitulé lui aussi Bleu rivière et verts méandres, publié aux éditions Zemë. Émilie Lapierre Pintal en a fait le design graphique et l'édition, en choisissant de jumeler de petits poèmes, souvent des haïkus, à ses photographies. L'artiste prépare maintenant un projet mêlant matières végétales, branches, racines, cordes, tissage et vannerie, sous le thème Noeuds et dénouements.

Jusqu'au 7 juillet au 265, rue Saint-Vallier Est, Québec. Info : 418 527-8125

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