Claude Léveillée et son piano entrent au Musée de la civilisation

Le pianiste Vincent Gagnon apprivoise l'instrument qui a... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Le pianiste Vincent Gagnon apprivoise l'instrument qui a passé 40 ans au service de Claude Léveillée. Marie-Josée Michaud, amie, biographe et responsable de la succession du chansonnier, Hélène Rivest, sa nièce, et Pierre Karl Péladeau, grand patron de Québecor, écoutent.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La bête porte les marques des longues années de service. On voit bien que son maître ne l'a pas traité avec beaucoup de ménagement. Parmi les cicatrices les plus visibles, une entaille du côté droit, on dirait presque un coup de couteau, souvenir d'une mystérieuse inconnue. Une passionnée, c'est certain. S'il pouvait parler, le piano de Claude Léveillée en aurait long à raconter.

Claude Léveillée devant son piano, chez lui, en... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Claude Léveillée devant son piano, chez lui, en 2000.

Photothèque Le Soleil

Le chansonnier qui nous a quittés il y a un an a laissé derrière lui plusieurs témoins de son passage sur cette terre, dont ce piano à queue Baldwin de neuf pieds, celui-là même qui a senti jaillir l'inspiration sous les doigts de l'artiste. Léveillée l'appelait affectueusement son cheval.

Il y a aussi un magnétophone Revox dont le musicien, autodidacte, ne se séparait jamais, et qui lui permettait de conserver le germe de chaque nouvelle idée sur ruban.

Et le reste, dont un accordéon qui a vu du pays, un disque en métal un peu terni reçu au Gala de la chanson de 1959 pour Les vieux pianos, une médaille, un trophée, des albums, des costumes. En tout, ce sont 150 objets qui viennent enrichir la collection du Musée de la civilisation grâce à la générosité de Québecor.

«Pour nous, c'est une occasion unique d'inscrire la mémoire de M. Léveillée dans notre collection», a souligné le directeur général du Musée, Michel Côté, hier. «On a tous de ses airs qui nous restent dans la tête.»

Autour du piano fraîchement accordé se sont réunis les principaux acteurs de l'acquisition, notamment Marie-Josée Michaud, amie, biographe et responsable de la succession de Claude Léveillée, et Pierre Karl Péladeau, grand patron de Québecor.

«Quand les Archives nationales ont accueilli ses manuscrits, [Claude Léveillée] en était très honoré, a rappelé Mme Michaud. Ça l'a rendu très heureux. C'est un peu la signature d'une vie. Il disait tout le temps : "Moi, je n'ai rien écrit dans ma vie, j'ai essayé de m'inscrire." Le fait de rentrer le piano au musée, c'est couronner sa vie comme il le souhaitait, et c'est empêcher l'oubli.»

Interprète

M. Péladeau n'a pas joué de piano. On a plutôt fait appel à un spécialiste, Vincent Gagnon, qui a interprété Frédéric, Les vieux pianos et Le temps d'une chanson. Le «cheval» s'est gentiment laissé faire.

Dans une vidéo projetée lors de la cérémonie, Gilles Vigneault fait valoir que, pour lui, «un instrument de musique est un lieu de mémoire extraordinaire». Pour appuyer son propos, le poète a raconté la naissance de L'hiver. Un soir, autour du piano. Léveillée veut aller dormir, mais Vigneault le force à achever la chanson avec lui. Savoureux.

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