Dans les toiles de Brousseau, surtout connu pour l'impressionnante collection d'art inuit dont il a fait don, en partie, au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), on retrouve les dorés et les bronzes qui faisaient rayonner les toiles de Nouveaux horizons, en 2010. Mais le gris glacial a muté en argent, des couleurs printanières sont apparues sous les aplats brillants. Des formes géométriques, aussi, immergent.
De petits tableaux, regroupés et alignés comme s'il s'agissait de variations musicales, ont fait leur apparition. «Les grands, je les travaille sur une table ou accotés au mur, mais les petits, je les tiens dans ma main, c'est une tout autre sensation», raconte M. Brousseau, à qui, visiblement, la peinture a donné un coup de jeune. Dans son atelier de l'île d'Orléans, un rouleau de toile de sept pieds de haut l'attend déjà, alors que ses toiles s'envolent une à une pour Shanghaï, Beyrouth ou Brasilia.
Ex-directeur du MNBAQ, toujours commissaire de son agrandissement et président de sa Fondation, John Porter nous avait caché qu'il faisait de la photographie depuis des années, avec un oeil artistique affiné. «Les gens sont surpris, mais ce n'est pas si loin de mon travail de muséologue et d'historien de l'art. Découvrir une composition, un traitement de la couleur, des textures, etc., ça m'est familier. Donc en regardant un espace, je vois tout de suite un tableau.»
Parmi les dizaines de milliers de clichés (!) pris au fil des années, il en a sélectionné une vingtaine prise en France et au Québec pour faire écho aux toiles de son ami. «Nous avons vraiment une osmose. On peut retrouver les mêmes sensibilités. Autant on va trouver des référents qui créent un certain confort chez le visiteur, autant on va retrouver des espaces purs de formes, de couleurs, d'atmosphères», analyse-t-il.
Les titres et les points de vue choisis nous renvoient souvent à des peintres ou des compositeurs, si bien que les toiles ont une aura romantique, où le drame laisse place à une profonde sérénité. John Porter, lui, parle d'une «recherche du temps long».
«Ce sont des instants qui ont été saisis et auxquels on donne une forme d'éternité. Je les vois et je voyage. Cette recherche du temps long est en réaction avec notre cadre de vie, puisqu'on travaille tous les deux [Brousseau et lui] beaucoup et avec une grande intensité. Je ne vivrais pas de la photographie, mais d'une certaine façon, la photographie me fait vivre», explique M. Porter.
«Lumières et reflets» à la Galerie A, 39, rue Saint-Louis, Québec, jusqu'au 29 juillet