L'art à l'acte : microcosmes en expansion

OEuvre colossale de Mathieu Fecteau... (Photothèque Le Soleil, Jocelyn Bernier)

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OEuvre colossale de Mathieu Fecteau

Photothèque Le Soleil, Jocelyn Bernier

Josianne Desloges

Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Les finissants en arts visuels et médiatiques exposent hors des murs de l'Université Laval, cette année. Poursuivant leur démarche de création malgré les chambardements du conflit étudiant (ou inconsciemment nourris par ceux-ci), la cohorte 2012 dévoile des oeuvres sensibles, houleuses, franches et engagées, judicieusement mises en valeur et en espace par Josée Landry Sirois et Émilie Roi.

Les commissaires sont des habituées des lieux d'exposition surprenants et éphémères. On se rappellera notamment Accident, le rendez-vous satellite de la Manif d'art 5. «Notre force est de faire vivre des expos dans des lieux inusités. Ce sont un peu des ententes à l'amiable entre les oeuvres et des lieux chargés de traces», indique Josée Landry Sirois, qui accepte de nous guider dans les dédales de l'expo, logée dans les locaux vides de l'édifice Le Soleil.

L'intitulé est L'art à l'acte, un nom pertinent en cette année marquée par le carré rouge. Il implique aussi une forme d'engagement de soi pour l'art, ainsi qu'une forme d'humilité, nécessaire pour participer à une exposition collective où plusieurs univers doivent coexister sans se nuire - un mariage qui est très réussi cette année.

Colossale machine

À l'entrée, des dessins de Mathieu Fecteau, formé en sculpture aux métiers d'art avant de fréquenter l'École des arts visuels, nous introduisent à la machine colossale que l'on peut apercevoir par la fenêtre, un étage plus bas. (Plusieurs jeux de correspondance entre les étages et les vitrines ont d'ailleurs été préconisés par les commissaires.) Les visiteurs qui entrent dans l'abri rond, en bois et en toile plastique doivent faire tourner l'engin. «Il faut donner un gros coup de hanche, faire un effort physique, mais on est si content quand ça tourne, comme des enfants sur un tourniquet», explique Landry Sirois. Des effluves d'épinette et des lumières rendent l'expérience euphorisante.

La variété des propositions impressionne. Julie Desjardins a conçu un espace de simulacres sucrés, où jouets et faux petits biscuits s'amoncellent. Annie-Claude Bolduc présente des photos à la plasticité intéressante, Stéphanie Grenier, des autoportraits en 3D: «Un travail de présence dans l'espace inspiré par le butô», indique la cocommissaire.

Peintre déjà prolifique, à en juger par le nombre d'oeuvres qu'il déploie dans l'expo, Olivier De Serres démontre déjà une belle maîtrise du geste pictural et de la couleur. Andrée-Anne Gauthier, pour sa part, a fait sécher des couches de peinture pour en faire des objets autonomes, suspendus.

Côté travail fin, Sarah Smith (dessin), Catherine Morin (lithographie) et Philippe Mainguy (gravure, livre d'artiste et peinture) donnent une touche rare à la cuvée 2012.

On découvre avec joie Sopopera, un duo multidisciplinaire formé de Geneviève Robitaille (qui a fréquenté l'École de danse) et Sébastien Patenaude (formé en horticulture). Leur jelly bean géant fait de (vraie!) verdure et leur installation d'images d'oiseaux sens dessus dessous (et même surgelés) démontrent qu'ils possèdent un univers original et réjouissant qui répond déjà à ses propres lois.

Propositions mûries

Les propositions sont mûries et évocatrices. Andréanne Gagnon dévoile un travail photographique superbe. «Ça frôle le noir et blanc, mais ce sont des photos couleur, avec des bleus profonds», révèle Landry Sirois. Dans les paysages lunaires, micro ou macro, on distingue des formes virginales qui se créent ou qui se liquéfient. Son Autoportrait, le moulage de plâtre de son corps allongé agrandi et magnifié, émeut et fascine.

L'installation de Gaëlle Généreux, une réponse au Bestiaire d'amour, une «lettre peinte» de Richard de Fournival, explique la cocommissaire, montre des hommes au long cou prostrés, la tête enfouie dans le sol. Alliant vidéo, performance et broderie, Eugénie Paradis-Charrette reproduit le souffle long, «une façon de respirer, de créer un rythme qui nous permettrait de rétablir le rythme du coeur qui nous rend heureux, qui nous fait du bien», indique Landry Sirois. Au bas d'un escalier, Jean-Philippe Maheux a créé in situ une mise en scène empreinte de brutalité et de sensibilité. Bois brûlé, cassé, poudre noire, balle... «C'est ce qui reste, ce qui résulte d'un drame, mais on ne sait pas si le danger est écarté», interprète la cocommissaire, qui nous laisse devant les photographies à l'esthétique très près du dessin d'Emmanuelle Durette. Des points de vue vastes et intenses, accolés à des fragments. Un travail à l'image de la visite, qui nous laisse confiant, pensif, serein.

Jusqu'au 17 juin au CDTI - Édifice Le Soleil, 390, rue Saint-Vallier Est, Québec

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