Au pays des merveilles - Les aventures surréalistes des femmes artistes au Mexique et aux États-Unis, en exclusivité canadienne au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) cet été, ne fait pas qu'initier les visiteurs à une quarantaine de figures majeures de l'art moderne; il révèle un courant d'expression original qui s'est épanoui des années 30 aux années 70 et dont on commence à peine à mesurer l'ampleur.
De ce groupe, Frida Kahlo reste à ce jour la plus connue. Remedios Varo, Leonora Carrington, Kay Sage, Dorothea Tanning, Rosa Rolanda, Alice Rahon et d'autres grandes oubliées en font partie. Des femmes aussi intelligentes et cultivées.
Plusieurs ont d'abord dû travailler dans l'ombre ou sous la direction d'un homme. Kahlo a étudié avec le muraliste Diego Rivera avant de devenir sa femme. Rahon a côtoyé André Breton. Sage a été mariée au peintre Yves Tanguy. Tanning râlait quand on l'appelait
Mme Max Ernst, comme le voulait l'usage à l'époque. On note aussi que Lee Krasner, une pionnière de l'abstraction, fut la femme de Jackson Pollock.
Certaines ont développé un discours très féministe, d'autres pas. Toutes, sans pour autant se fréquenter ni même avoir entendu parler des unes et des autres, ont partagé une vision et des préoccupations artistiques étrangement similaires.
Alice
Le roman Alice au pays des merveilles a connu un grand succès parmi les membres du mouvement surréaliste, encore plus chez les femmes, car comme Alice, celles-ci avaient la conviction de vivre dans un monde frappé par l'absurdité et la guerre. Pour la conservatrice au Museo de Arte Moderno de Mexico (MAM), Tere Arcq, et son homologue au Los Angeles County Museum of Art (LACMA), Ilene Fort, la figure d'Alice collait parfaitement au propos de l'exposition organisée par les deux institutions.
Alice in Wonderland, un autoportrait de la peintre Alice Rahon, et The Tea Party, de Sylvia Fein, font aussi directement référence à l'héroïne du livre de Lewis Carroll.
Pour les surréalistes, dont André Breton, le Mexique représente une sorte de pays des merveilles, une terre dont la culture ancestrale est restée à peu près intacte. C'est au Mexique que Breton «découvrira» Frida Kahlo. C'est aussi au Mexique que Rosa Rolanda, la toute première artiste américaine à avoir noué des liens avec les surréalistes européens, passera la majeure partie de sa vie.
Le Mexique a également servi de refuge à la peintre espagnole Remedios Varo. Sa popularité y est aujourd'hui égale à celle de Frida Kahlo. La splendeur de son oeuvre est digne d'un grand maître, fait valoir Tere Arqt. Au-delà de la perfection et de l'originalité de la technique, la conservatrice du MAM voit dans un tableau comme La création des oiseaux la métaphore du pouvoir cosmique de la femme. «L'art, dit-elle, c'est la connexion avec les étoiles. Remedios Varo nous dit que ça vient du coeur, que ce n'est pas dans la tête que ça se passe.»
Le jongleur, une scène ésotérique de Leonora Carrington, ne manque pas d'intérêt. Inspirée du culte du serpent à plumes, aussi appelé Quetzalcóatl, elle puise directement dans la culture autochtone.
Parmi la quinzaine d'oeuvres de Frida Kahlo présentées, Le suicide de Dorothy Hale attire l'attention. La toile rappelle un drame qui a ému New York en 1938, quand une jeune actrice s'est jetée d'une fenêtre du Hampshire House Building. Or, selon de récentes recherches, il s'agirait plutôt d'un assassinat impliquant de hauts personnages, a révélé mercredi la conservatrice du LACMA. Cette nouvelle information rend le mystère de ce tableau encore plus intrigant.
Dans la série d'activités organisées en parallèle par le MNBAQ, on signale une lecture animée par la comédienne Sophie Faucher et un groupe de mariachis, du 12 au 15 juin à 20h (25 $).
«Au pays des merveilles» est présentée à compter d'aujourd'hui et jusqu'au 3 septembre. Tous les jours de 10h à 18h et jusqu'à 21h le mercredi. Droits d'entrée: 15 $. Tél.: 418 643-2150; 1 866 220-2150.