Correspondances de Diane Landry: grincements et scintillements

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Pièce maîtresse de l'exposition de Diane Landry, Épuisement... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Pièce maîtresse de l'exposition de Diane Landry, Épuisement est une immense coupole composée de 2000 ustensiles de plastique transparent joints par des trombones.

Le Soleil, Patrice Laroche

Josianne Desloges

Josianne Desloges, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Les oeuvres de Diane Landry ont la poésie déchirante des grands froids et la douceur grinçante de la routine et des souvenirs décalés. Avec Correspondances, présenté à l'occasion de la Manif d'art au Musée de l'Amérique française, l'artiste de Québec nous offre trois oeuvres mûres et une nouvelle création à mi-chemin entre le lustre éclatant et le théâtre d'ombres.

À l'entrée, la présence d'une motoneige à hélices de 1930 tirée de la collection du Musée de la civilisation de Québec (MCQ) est imposante. La machine paisible, munie d'un moteur protubérant, d'un habitacle de toile, de skis sertis de métal et d'une hélice de bois combine fragilité et robustesse, comme les oeuvres de Diane Landry. On comprend aisément pourquoi la commissaire de la Manif d'art, Nicole Gingras, s'est laissée tenter par l'objet et l'a intégré à l'exposition.

Pièces en dormance

On entre ensuite en contact avec trois oeuvres magnifiques, qui étaient en dormance depuis quelques années. La plus ancienne, Table-neige, date de 1996. «C'est le premier objet où j'ai intégré un mécanisme», indique Diane Landry. Sur une table munie de patins et faite de manches de chemise de femmes solidifiées qui laissent filtrer la lumière, un casque-bouilloire repose. Au-dessus, deux skis articulés s'agitent en grinçant, mus par un système où l'on voit tourner deux poêles à frire. «Le bruit a empiré avec le temps», note l'artiste, visiblement heureuse de cet effet des années. Les symboles familiers de la vie domestique, de la fameuse cuisine maternelle, rencontrent le sport hivernal, cette ultime étreinte du climat nordique. Les manches, qu'on roule pour se mettre à l'ouvrage, évoquent un sacrifice tout féminin : des dizaines de poignets dénudés sont offerts aux skis qui grincent.

Le casque et les skis ont servi pour une performance, rappelle Diane Landry, qui porte presque systématiquement des éléments de ses installations et en fait des prothèses incongrues et magiques. Dans une enclave non loin de la Table-neige est logée Étreinte atroce (1997), faite de deux traîneaux d'enfants surmontés de berceuses à longues jambes. Le dossier des chaises devient une diapositive, révélée par une lumière logée dans une louche. L'artiste se mettait l'objet sur le dos, projetant des images dans la pénombre en tentant de maintenir son équilibre. «J'ai essayé plusieurs fois de voler», confie-t-elle avec un sourire amusé. «J'aimais l'idée de créer un espace-temps où l'enfance et la vieillesse se rencontrent», continue-t-elle en regardant les chaises berçantes longilignes, prêtes à accueillir poupons et vieillards.

Le mouvement de berceau - ou de balancier - qu'on retrouve dans les deux oeuvres trouve un écho dans un artefact choisi par Diane Landry dans la collection du MCQ, un baromètre portatif du XIXe siècle. «L'objet m'a séduite, à l'air libre, il bouge; en cage, il s'immobilise. J'aimais cette ambiguïté de l'objet qui bouge par lui-même et parle de la température», explique-t-elle. Justement, une vidéo d'une pratique de sa performance L'imperméable (2009), complète ce survol de la carrière de l'artiste. Poétisant les intempéries de la vie, Landry tournait au-dessus du sol dans un sablier de plastique qui se gonflait lentement, pour ensuite se remplir de sel.

Un écrin sur mesure

La pièce maîtresse de Correspondances a nécessité que le Musée construise un grand cube carré, entouré de deux escaliers. Devant, le visiteur se trouve face à un écran, et distingue des jeux d'ombres mystérieux. En grimpant, il est happé par la vue d'un immense lustre, d'une coupole, d'un filet de 15 pieds de diamètre et 12 pieds de haut fait de 2000 ustensiles de plastique transparent joints par des trombones. Les mouvements du monstre sont activés par la présence de visiteurs, alors que l'éclairage suit son propre rythme indépendant, ce qui crée un dialogue toujours changeant entre le mouvement et la lumière. De chaque côté, deux fenêtres aquarium permettent de voir l'installation, baptisée Épuisement, sous un autre angle.

«L'épuisement que je voulais évoquer, c'est autant celui des ressources naturelles que celui des gens», souligne Diane Landry, qui songe encore à la manière de faire vivre ce symbole de fatigue multiple et aveuglante dans une prochaine performance.

En plus d'être l'une des têtes d'affiche de la Manif d'art, Diane Landry présente son Chevalier de la résignation infinie dans le cadre de l'exposition collective Oh, Canada, présentée au Massachusetts Museum of Contemporary Art à North Adams jusqu'au 1er avril 2013. Une exposition canadienne en terre américaine pour laquelle a aussi été sélectionné le trio BGL, de Québec, Mario Doucette, Nicolas Baier, Valérie Blass, Graeme Patterson et plus d'une cinquantaine d'autres artistes.

Correspondances est présentée jusqu'au 12 août au Musée de l'Amérique française, accès par la cour du Séminaire à partir du 2, côte de la Fabrique, Québec.

La Manif d'art en bref

Machinations insolites. L'escalier du Faubourg est habité jusqu'à demain par trois artistes de Vidéo Femmes en parallèle de la Manif d'art. Anne-Marie Bouchard a fixé des capteurs et des micros qui amplifient et déforment le son des pas des marcheurs, Geneviève Allard propose une promenade empreinte de mystère au pied de la falaise (avec des écouteurs et un cellulaire, qu'il est possible d'emprunter gratuitement sur place), alors qu'Émilie Baillargeon montre en projection, dans le stationnement, une scène domestique sublimée et inquiétante. Il y aura un parcours animé aujourd'hui à partir de 19h (reporté demain en cas d'orage) et des parcours libres toute la fin de semaine de 11h à 20h.

Modèle réduit. Pierre-Yves Lavoie présente le projet Mon voisin Steve à la Galerie Morgan Bridge (367, rue du Pont, Québec), une mécanique interactive et vidéographique qui s'inspire du modèle réduit et de la tondeuse à gazon. Aujourd'hui et demain de 11h à 17h.

Âme amérindienne. Au Musée huron-wendat, on peut visionner deux courts films d'animation de Diane Obomsawin. Ici raconte les étapes de la naissance à l'âge adulte à travers un récit autobiographique et une âme d'enfant, alors que Marche-dans-la-forêt est inspiré d'un conte amérindien cherokee. Au 15, place de la Rencontre, Wendake, aujourd'hui et demain de 9h à 17h.

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