Le laboratoire de la vie en boîte
Imaginons qu'un éminent scientifique ait trouvé le moyen de numériser les organismes vivants (en débutant par une carotte nantaise). Les humains pourraient ainsi être mis en boîte individuellement - ce qui abolirait toutes les tensions sociales - et pourraient constituer un prolétariat numérique. L'idée est de Jérôme Minière, qui interprète aussi le premier cobaye de ce projet dans des capsules vidéo et dans le plan-séquence de cinq heures diffusé à La bande vidéo (ouverte justement de 12h à 17h). La mise en forme et le développement de la fiction ont été faits en étroite collaboration avec Jean-François Dugas et Marie-Pierre Normand.
Leur univers pince-sans-rire prend par moments des accents de freak show et de voyage à la Méliès, note Dugas, alors que le personnage maladroit dans l'espace a des allures de Chaplin ou de Laurel et Hardy, souligne Normand. Les résultats de l'expérience (la fameuse carotte, un manifeste et le «commodore 67» où vit le cobaye à moustache, avec, paradoxalement, des sources d'énergie rudimentaires) sont exposés sur des socles, dans une ambiance un peu glauque qui sert bien la fiction, au 620, côte d'Abraham, mais l'aventure se poursuit sur le Web au www.lavieenboite.blogspot.com.
Adaptives actions
Certains oiseaux imitent les bruits ambiants - voitures, systèmes d'alarme, sons d'iPhone - et les intègrent à leur vocabulaire. Inspirée par ce constat, Erika Lincoln a décidé de créer une volée de sculptures cinétiques qui produirait plutôt mécaniquement des sons d'oiseaux vivants (The Singing Condition I). Si vous traversez le groupe de sculptures effilées à Regart, vous remarquerez que d'autres machines, tisseuses de nids, se mettent en marche au fond de la salle d'exposition (The Singing Condition II). Puis, en posant l'oreille sur une sculpture évoquant une tour de transmission - tours qui accueillent parfois des nids -, vous réentendrez des oiseaux (Relational Transmissions). Ce mariage de technologie et des mécanismes de la nature de l'artiste de Winnipeg est présenté au 5956, rue Saint-Laurent, Lévis.
Courant d'air
Au look, l'installation tient à la fois de l'expo-science et du cimetière de cerfs-volants. Le duo montréalais Minibloc (Anne-Françoise Jacques et Nicolas Dion) a installé une vingtaine de machines de carton, de styromousse et de ficelles, activées par des ventilateurs. Elles sont reliées à trois circuits électriques, qui activent les instruments en alternance, comme s'il s'agissait d'un orchestre mécanisé. Les sons sont amplifiés sans électricité, si bien qu'il faut souvent s'approcher et être patient pour les découvrir et que la promenade devient sensorielle, ludique, sereine.
À l'OEil de Poisson, 580, côte d'Abraham, Québec.
Les anti-gravitationnels
«Ce sont des mémoires. Je veux réanimer de la matière, des images, des mouvements», explique calmement Manon Labrecque, invitée chez Vu. Pour chacune des trois installations, Projections, Orbitale et Les traversées, écran et mécanisme de projection sont à vue. Des maisons de broche chutent et virevoltent dans les airs, «le signe d'un nomadisme perpétuel», indique l'artiste, un torse gravite autour de jambes ancrées au sol et une femme fonce tête première pour un voyage astral qui la mène des racines aux étoiles. Une intéressante incursion dans les territoires impalpables, qui expose la vie en concentré, en apesanteur, en impressions et en rétroprojections. «Du petit cinéma de réanimation», pour citer l'artiste. Au 550, côte d'Abraham.
Ces quatre expositions sont présentées jusqu'au 3 juin et accessibles du mercredi au dimanche de 12h à 17h (Regart ouvre aussi le mardi) avec le laissez-passer de la Manif d'art, en vente à 12 $.
L'ENGIN en orbite
Une exposition satellite de la Manif, organisée par le collectif Non-maison, est logée dans les dédales de corridors et d'anciens bureaux de l'édifice Le Soleil, au 390, Saint-Vallier Est. Parmi les projets in situ, on remarque le design impeccable de François Raymond, qui mélange cigarettes, citations sur l'art et logos, et de Michael Patten, qui accole bouteilles de bière et art amérindien. On sourit - et réfléchit - aux visions contenues dans les cubes de Pierre-Luc Brouillette. On accroche aux ronces et aux fleurs de verre et de métal de Laurent Gagnon et on découvre les objets d'enfance de Francis Labissonnière et les inquiétants calorifères à la gueule rougeoyante de Francis Arguin. Adam Bergeron, Blaise Carrier-Chouinard, Florent Cousineau, Patrick Dubé, Frédérique Laliberté, Hugo Nadeau, Karine Payette, François Raymond et Louis Rémillard signent également des vidéos, des installations, des murales... La visite est aussi variée qu'inusitée. Jusqu'au 20 mai, du jeudi au dimanche de 12h à 18h. Entrée libre. À noter qu'il y aura une soirée de performances vendredi à 18h.