L'installation de papier mâché, entièrement pliable et presque complètement peinte en noir et blanc à l'exception de trois oeufs difformes de couleur pastel, est le fruit d'une résidence à Berlin, où les bannières revendicatrices suspendues aux fenêtres des appartements et les oiseaux amicaux ont d'abord inspiré l'artiste. «J'avais envie de faire ma propre bannière, plus poétique, sans être ironique sur la politique», indique Mme Girard, qui a choisi d'y inscrire «Tous les oiseaux sont ici», devenu le titre de l'exposition.
Les matériaux pauvres (papier et bouteilles reliées à des poulies) font écho à la crise économique mondiale. «C'était important pour moi de dire qu'on peut être artiste et faire des oeuvres significatives avec rien», mentionne la créatrice de Montréal.
Un grand mur percé d'une porte, où sont tracées des briques et des fenêtres munies de barreaux, divise l'espace d'exposition en une zone de représentation et l'arrière-scène, accessible au public. Une prison qui est un peu «une métaphore d'un retrait du monde pour aller se ressourcer, explique l'artiste. Parfois, on peut penser que c'est dans la réalité qu'on est prisonnier, alors que lorsqu'on est isolé, on a davantage de liberté d'être.» À l'avant, un grand masque noir et un flacon de parfum (au dos ironique) servent de décor, alors que sont affichées, à l'arrière, des images énigmatiques peintes à la gouache.
Lors du vernissage, Cynthia Girard enfile une sculpture-costume de cobra pour réciter un texte de poésie «surréaliste et très animalière». Une folie, une envie, indique-t-elle candidement. Pour veiller sur son univers théâtral, elle a peint deux portraits de deux femmes inspirantes et très différentes, la poétesse américaine Emily Dickinson et la femme de lettres et polémiste autrichienne Elfriede Jelinek.
Écriture vidéo
Francis Menier Demers, lauréat du prix Tomber dans l'OEil, attribué à un finissant de l'École des arts visuels de l'Université Laval, a logé dans la petite galerie une vertigineuse bibliothèque blanche, remplie de livres aussi peints en blanc, qui servent d'écran à une vidéo baptisée Passage. Devenus anonymes, les ouvrages qui étaient destinés à être détruits et recyclés évoquent l'idée même de l'objet-livre.
«Je crois que c'est chose courante de se questionner sur le pouvoir évocateur des mots et sur ce que peuvent faire les images», commence l'artiste, qui espère ainsi ancrer ses vidéos paisibles, des vues télescopiques et délicates, dans l'espace réel. En plus d'être immersive, l'installation porte donc à réfléchir, comme lorsqu'on se trouve devant la couverture d'un livre et que nous devinons qu'à l'intérieur, il y a des idées, des ramifications de sens et tout un monde à découvrir.
Dans l'entrée vidéo, on assiste à la vision poétique d'un sac de plastique illuminé qui se gonfle sur un fond noir, comme un poumon, en plan rapproché. Les crayons divers plantés sur le mur agissent comme des fléchettes symboliques, de petits cadrans solaires qui marquent le temps qui passe. Le lien entre la lecture, le crayon et l'écriture se fait naturellement, soulignant que la conception de l'oeuvre d'art est affaire d'idées et de langage à déchiffrer.
À visiter au 580, côte d'Abraham, Québec, jusqu'au 22 avril. Info : 418 648-2975