L'artiste, originaire de Québec, s'est éteint en 1993. Mais ses proches, son frère Bernard Houdé et sa belle-soeur Carole Charette, qui avaient déjà rassemblé avec lui bon nombre de photographies et de textes pour produire un ouvrage sur sa carrière, ont décidé de poursuivre l'aventure et de lui rendre hommage avec une exposition dont Mme Charrette est la commissaire.
Les oeuvres sont rassemblées par séries, ce qui permet de noter que l'artiste a créé tour à tour des objets usuels (vases, bols, parfumeuses) et des pièces sculpturales. Ce sont ces dernières qui accrochent l'oeil et l'esprit.
Les séries Les épaves et Les vases brisés sont particulièrement intéressantes. Inspiré par sa formation d'anthropologue et un stage en archéologie à place Royale, Houdé a inventé et façonné des artefacts étonnants: des squelettes d'embarcations miniatures, où le verre prend l'aspect grumeleux et brunâtre du vieux bois, et surtout des bols à l'équilibre et à l'assemblage précaire. Les éclats sont rassemblés par des tiges de fer, du ruban adhésif ou on ne sait quelle colle invisible.
«À l'époque [années 80], ça a été très choquant. Ce fut une révélation et même une révolution pour les métiers d'art. Briser les objets de verre pour les refusionner, les reconstruire et intégrer des matériaux autres, ça allait complètement à l'encontre de la façon dont les artistes-verriers étaient formés», raconte Mme Charette, soulignant que Houdé a mis sur pied le seul centre de formation consacré au verre, Espace VERRE, situé à Montréal.
Tout près, la commissaire a placé deux pièces de la série Pygmalion, où l'artiste semble avoir plié des feuilles de verre blanc pour créer des paysages de glace. Pour l'artiste, chaque série est une nouvelle exploration de sa matière de prédilection, le verre, mais aussi un réseau de métaphores sur l'espace et l'objet, une exploration qui a culminé avec la série Ming, où il amalgame les références aux grands empires.
«Ce sont en fait des chevaux Tang, précise Mme Charette. Le cheval est un prétexte pour parler de l'évolution des sociétés, de l'histoire. Pour la guerre, le transport, le labeur agricole, le jeu [on voit, par exemple, une carte de tarot intégrée au verre dans l'une des pièces], le cheval a toujours été présent au côté de l'homme.»
À partir de statues équestres et de représentations graphiques, Houdé trace, moule, découpe, assemble. Il mélange le verre industriel et le verre qu'il fabrique lui-même, découpe de vieilles fenêtres et intègre les cadres de bois aux sculptures. L'écriture ou un grillage deviennent des motifs magistraux.
L'exposition Mémoire vive rend un vibrant hommage aux créations de l'artiste, mais aussi au parcours hors normes de l'homme. Séduit par les oeuvres de verre exposées au pavillon de la Tchécoslovaquie pendant l'Expo 67, exilé en Ontario, puis aux États-Unis pour parfaire sa formation, penseur, pédagogue et passionné, François Houdé a taillé sa place et a laissé sa marque.
Des témoignages parlants, dont celui de la galeriste Elena Lee, qui l'a suivi pendant toute sa carrière, complètent l'exposition qui est présentée jusqu'au 11 mars chez MATERIA (367, boulevard Charest Est, Québec). Il y aura également une conférence organisée par le Club des collectionneurs le 19 février à 13h et à 16h. L'activité est gratuite, mais il faut réserver avant le 16 février au 418 524-0354, poste 249.