Galerie Lacerte: 30 ans dans le marché de l'art contemporain

Louis Lacerte a repris les rênes de la... (Le Soleil, Steve Deschênes)

Agrandir

Louis Lacerte a repris les rênes de la galerie d'art laissée par sa mère Madeleine.

Le Soleil, Steve Deschênes

 

Sophie Grenier-Héroux
Le Soleil

(Québec) Trente ans d'existence pour une entreprise, c'est formidable. Pour une galerie d'art, contemporaine de surcroît, c'est rare, voire étonnant. Madeleine et Louis Lacerte ne s'en cachent pas, derrière les murs vitrés de la galerie, il y a beaucoup de passion pour l'art, mais aussi beaucoup de sueur.

«Ça n'a pas toujours été facile», raconte celle qui a d'abord exposé dans les voûtes du Séminaire de Québec avant d'ouvrir une galerie sur l'avenue Maguire avec Michel Dumont. Et si l'expérience était à refaire? «Non, je ne recommencerais pas», répond-elle avec assurance. Puis se ravise. «Peut-être que oui, mais il y a toutes sortes de choses que je ne referais pas. Par exemple, je ne déménagerais peut-être pas la galerie ici [côte Dinan], je serais restée sur Maguire. À l'époque, il n'y avait rien dans le quartier, et les collectionneurs [d'art contemporain] étaient rares. Le défi, ç'a été de se bâtir une clientèle. Et ceux qui allaient chercher leurs légumes, en face au marché, bien souvent ne savaient pas qu'on existait!»

Comment expliquer que la galerie ait survécu au temps, aux modes et aux fluctuations économiques? «J'ai eu la chance d'avoir un mari qui gagnait ma vie, confie Mme Lacerte. Je n'étais pas obligée de me verser un salaire. Si j'avais été obligée, j'aurais fermé comme tous les autres», dit cette femme de médecin, dont un des patients était nul autre que Jean-Paul Lemieux. Il deviendra un ami et un fidèle artiste pour la galerie.

«Je serais allée plus loin si j'avais eu le soutien des ban­ques. Lorsque j'ai commencé, aucune d'entre elles ne croyait en l'oeuvre d'art. La brique valait beaucoup plus que l'art! Maintenant qu'un tableau d'un peintre québécois comme Jean-Paul Lemieux se vend 2 millions $, ah ben là, c'est plus important que la brique! On a marché sur notre propre valeur familiale.

Si j'avais eu la banque, la galerie aurait été extraordinaire. Ça serait devenu presque une galerie internationale», relate Mme Lacerte, elle qui a dû se départir d'un grand tableau de Marcelle Ferron au début des années 80 pour payer le loyer de sa galerie.

Malgré le manque de moyens financiers, la galerie Lacerte a survécu pendant toutes ces années grâce à la fidélité des artistes, la «véritable clé du succès» songe Madeleine Lacerte. Encore aujourd'hui, la galerie héberge le travail de Francine Simonin et de Marc Garneau, des artistes présents dès les débuts. «J'avais une belle façon, je n'ai pas eu de problème avec mes artistes, et la plupart m'ont été fidèles», glisse-t-elle, en guise d'explication. Et ceci aidant cela, cette passionnée pour l'art s'était liée d'amitié avec plusieurs peintres, dont Antoine Dumas, Jean McEwen, Marcelle Ferron et Serge Lemoyne.

Louis Lacerte, qui a pris les rênes de l'entreprise de sa mère en 1990, affirme d'emblée qu'il n'a pas le côté social de sa mère, mais que l'art contemporain, il connaît. «À la maison, c'était un sujet de discussion, ma mère nous en montrait beaucoup, et, très jeune, j'ai eu un intérêt pour le dessin.» C'est donc tout naturellement que le garçon devenu comptable est revenu au monde de l'art.

Détermination et diversification

«La galerie, c'était une "binerie", et, selon moi, c'est encore une "binerie", mais qui a évolué, qui a été capable de passer à travers la crise économique de 90», explique l'homme d'affaires qui rêvait d'expansion et de marché international. Déterminé à garder l'entreprise familiale à flot, M. Lacerte a investi ses propres placements, puis a diversifié les activités afin de subvenir aux besoins financiers de la galerie. Au fil des ans, il a fondé Lacerte Communications, une boîte de graphisme et d'édition, ouvert un studio d'enregistrement et acquis des ateliers d'artistes qu'il met en location à Montréal.

«Je suis foncièrement un collectionneur qui est obligé de vivre avec les aléas d'une galerie», explique-t-il quant à son choix d'élargir le mandat de l'entreprise. Le marché de l'art contemporain est en mouvance, et les gros joueurs se démarquent. Pour Louis Lacerte, le but dorénavant est de tirer son épingle du jeu et de garder l'entreprise en santé. Lui qui visait les ligues majeures dit avoir atteint «la ligue des clubs fermes», faisant référence au baseball. Ses rêves d'expansion l'ont mené - après l'expérience plus ou moins positive de la galerie Orange - à ouvrir une deuxième galerie Lacerte à Montréal, à demeurer actif dans les foires d'art contemporain et à s'investir tant auprès des jeunes artistes que dans le marché secondaire.

La renommée de la galerie et ces 30 bougies ne sont toutefois pas des arguments pour faire asseoir Louis Lacerte, qui, entouré de son équipe, travaille fort à perpétuer l'héritage de sa mère et garder l'entreprise bien vivante dans le monde de l'art. Si la «binerie» a tenu le coup pendant 30 ans, elle semble vouloir garder le cap pour encore plusieurs années. Avec persévérance et passion.

Une question de branding?

«Depuis 20 ans, le marché s'est beaucoup transformé. Il y a beaucoup d'importance mise sur la promotion, sur le branding, plutôt que sur la qualité des oeuvres, affirme Louis Lacerte. Or, un galeriste, c'est quelqu'un qui supporte les artistes, et pas seulement parce qu'il croit qu'ils vont rapporter commercialement. Moi, j'ai des artistes dont je sais que par leur esprit, ça sera toujours difficile d'en faire un succès commercial, mais ça n'enlève rien à la qualité de leurs oeuvres.» Exédé par tous ces artistes fabriqués, comme Jeff Koons ou Damien Hirst, «qui provoquent pour provoquer», Louis Lacerte se questionne sur la tangente que prend actuellement le marché de l'art.

Pour Paul Bourassa, directeur des collections et de la recherche au Musée des beaux-arts du Québec, la galerie Lacerte art contemporain est unique, car elle a réussi à se positionner dans le marché de l'art contemporain et à atteindre «un bel équilibre» dans le choix des artistes représentés. Il concède toutefois qu'il reste du chemin à faire afin que l'art contemporain soit mieux représenté, à Québec notamment.

Louis Lacerte abonde dans le même sens et note chez le public une perte de sensibilité pour l'art visuel. «Les gens sont bombardés d'images et, actuellement, c'est l'art commercial, l'art de décoration qui se porte très bien», dit celui qui regrette la frénésie des années 80, où l'art réunissait les foules. Il est d'avis qu'un galeriste ne doit pas hésiter à prendre des risques pour l'amour de l'art et souhaite que les institutions muséales, tout comme le Symposium d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, arrêtent d'être perçues comme «élitistes» et qu'elles puissent rassembler un plus large public.

Une exposition rétrospective des 30 ans de la galerie Lacerte art contemporain a lieu jusqu'au 5 février. Adresse: 1, côte Dinan, Québec. www.galerielacerte.com

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la liste:248:liste;la boite:268:box

En vedette

  • Cosmopolis

    Courez la chance de gagner un des 100 laissez-passer doubles pour la première du film. »

  • La route des jardins

    Courez la chance de gagner un certificat-voyage VIA Rail pour deux personnes en première classe... »

  • Notre Québec

    Participez et courez la chance de gagner l'un des 3 forfaits golf inoubliables au Château... »

Précédent

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Les plus populaires sur Auto

image title
Fermer