«Disons que le médecin n'est pas encore passé», a illustré le directeur général du Musée, Michel Côté, en parlant des oeuvres sur bois, qui devront être scrutées par des experts. Rappelons les faits.
Au début de l'année, l'église L'Annonciation d'Oka décide de liquider le Calvaire d'Oka, un chemin de croix à sept stations (distinct des chemins à 14 stations, plus modernes), réalisé en 1775 par l'artiste François Guernon, dit Belleville. Ces bas-reliefs sculptés seraient les plus anciens du genre au Canada. La Fabrique veut ainsi financer d'importants travaux de réfection. Les oeuvres devaient être vendues aux enchères, ensemble ou séparément, le 8 mars dernier.
Mais quelques jours à peine avant la vente, le Musée de la civilisation, appuyé par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, annonçait l'achat de la série complète du Calvaire d'Oka, au coût de 150 000 $. De plus, l'oeuvre sera restaurée, exposée au Musée et, surtout, retournée dans son lieu d'origine.
Le directeur général du Musée ne cache pas sa satisfaction, à la suite de toute l'opération de sauvetage.
«Ça fait partie de notre responsabilité de conservation du patrimoine, notamment le patrimoine religieux. Le Calvaire d'Oka est un bien classé et on devait trouver une solution», explique Michel Côté. Le Conseil du patrimoine religieux du Québec a fait office de médiateur entre les parties, pour éviter de voir se disperser ce fleuron de l'art religieux.
Conservateurs et restaurateurs
Les bas-reliefs en bois polychrome doivent maintenant être analysés par les conservateurs et les restaurateurs de la Réserve muséale. Il est trop tôt pour connaître l'importance de la restauration à effectuer, mais le directeur général du Musée précise que les pièces ne retrouveront pas leur aspect d'origine, certaines étant trop endommagées. Deux des stations ont notamment été vandalisées, au début des années 70. Par contre, le travail effectué sur les oeuvres permettra d'arrêter et empêcher leur détérioration.
Après sa remise en beauté, le Calvaire d'Oka sera exposé au Musée de la civilisation et reprendra la route de la maison où il a déjà passé plus de deux siècles.
«La Fabrique (de l'église) assurera des conditions de conservation et de protection des bas-reliefs. Nous sommes très heureux de redonner ce patrimoine aux gens d'Oka, ainsi qu'aux Québécois», s'est réjoui Michel Côté.
Le conservateur Michel Laurent, qui présentait lundi les bas-reliefs aux médias, ne peut qu'applaudir cette décision. «Redonner cette oeuvre importante à son lieu d'origine est dans le mandat du Musée.»
Concernant les délais, difficile d'être précis, mais M. Côté estime que le retour au bercail ne se fera pas avant au moins deux ans.
Sauvons notre patrimoine
Enfin, pour assumer le coût d'acquisition, le Musée pourra compter sur la Fondation du Musée, qui a d'ailleurs lancé, lundi, sa campagne annuelle de financement, sous le thème, fort à propos, Sauvons notre patrimoine. L'objectif est de 150 000 $ et la somme sera entièrement dédiée au financement de l'acquisition des bas-reliefs, de même qu'à la création d'un fonds qui assurera le développement et la pérennité des collections du Musée.
Les coûts de restauration du Calvaire d'Oka représentent, à eux seuls, plusieurs dizaines de milliers de dollars supplémentaires.