«Durant la tournée de The Wall en Amérique du Sud, j'ai commencé à écrire une pièce», raconte le chanteur et bassiste. «J'ai travaillé là-dessus pendant quelques semaines, puis je l'ai montrée à mon groupe. On s'est assis ensemble lors d'un repas, avec les choristes et tout, et ça m'a rempli d'enthousiasme pour faire un autre album avant longtemps. J'ai trouvé la chanson centrale de toutes les préoccupations que j'ai, et beaucoup des chansons que j'ai composées au fil des 10 dernières années semblent s'imbriquer dans le thème central de celle-ci.»
Preuve que l'élan créatif de Waters est sérieux, l'ex-Pink Floyd s'affaire à dénicher des collaborateurs. Il a des réalisateurs dans la mire, quoiqu'il se garde de partager des noms. En revanche, il n'hésite pas à s'ouvrir sur le thème qui lui est cher: il observera de quelle manière les croyances politiques et religieuses sont profondément ancrées géographiquement et liées à l'éducation.
«Si l'on pose l'hypothèse qu'il n'y a pas de "nous" et pas de "eux", qu'on est tous des "nous" et tous des "eux", alors on contourne ces obstacles. C'est cet acte de foi qui m'intéresse plus que l'attachement à une divinité ou à une autre. Il me semble que l'idée qu'une religion soit plus juste qu'une autre ne tient pas en ce sens qu'il y en a tellement et qu'elles ne peuvent pas toutes être justes...»
Le sous-estimé Amused to Death
Amorcée en lion avec les parutions successives de The Pros&Cons of sHitch-Hiking (1984), la bande sonore de When the Wind Blows (1986) et Radio K.A.O.S. (1987), la production discographique solo de Roger Waters a ensuite ralenti. Au lendemain du mégaconcert de The Wall à Berlin, il a fait paraître une oeuvre d'exception, Amused to Death (1992), qui n'a pas donné lieu à une série de spectacles. Plus récemment, il s'est consacré à l'aventure orchestrale Ça ira (2005) et a gravé quelques simples épisodiques, tel Leaving Beirut.
«Je place Amused to Death dans une boîte sur le haut de l'étagère avec The Wall et Dark Side of the Moon. Ce sont les trois classiques pour moi, mais Amused to Death a été largement ignoré. Je l'écoute encore et je trouve que c'est une oeuvre très solide.»
Waters croit que peut-être une part de son silence discographique s'explique par le peu d'intérêt manifesté par le public envers cet enregistrement auquel avait participé Jeff Beck. Mais la raison principale était qu'il cherchait le bon filon créatif.
«Je cherchais cette idée centrale afin de bâtir quelque chose autour. Et je l'ai trouvée maintenant. C'est comme une lumière qui s'allume. "Oh, la voici, c'est l'idée centrale!" Et ça arrive sous la forme d'une phrase musicale, de quelques paroles et à partir de là tout se développe.»
Des hommages, pourquoi pas?
Les groupes hommages s'attardant aux chansons de Pink Floyd poussent comme des champignons. Avec le temps, certains, comme Australian Pink Floyd, se sont taillé une réputation internationale et ont l'habitude de faire courir bien des curieux. Mais ils sont régulièrement talonnés par d'autres qui veulent aussi célébrer avec le plus de précision possible l'univers du band britannique, comme Eclipse, Brit Floyd, Floyd Factor ou Pulse... Roger Waters est loin d'être irrité par le phénomène. Au contraire, il trouve cela flatteur. «Je crois qu'il faut juste être heureux qu'on veuille vous rendre hommage. [...] Ce sera un triste monde le jour où l'on ne pourra plus entendre la 9e de Beethoven simplement parce que Beethoven ne sera pas en train de jouer. C'est de la musique et ça fait partie d'un répertoire. Et le fait que différentes personnes l'interprètent est correct pour moi.»
Une réunion des Floyd?
«Oubliez ça!»Trente ans après le dernier album de Roger Waters avec Pink Floyd, maints fans nostalgiques rêvent encore d'une réunion. «Oubliez ça! C'est terminé depuis 30 ans. Ce serait fou!» Waters, qui s'excuse si ces mots peuvent sonner dur aux oreilles des fans, dit trouver cette obsession d'une frange du public pour une réunion très étrange. «Il y a eu des raisons pour lesquelles on s'est séparés, et elles sont encore là. Mais j'ai adoré faire le Live 8; j'ai trouvé magnifique d'être sur scène avec ces trois gars-là une dernière fois, et ç'a bouclé la boucle en quelque sorte.» Il souligne aussi que des membres sont morts, à savoir le claviériste Rick Wright, ainsi que Syd Barrett, qui a été essentiel à la genèse du groupe. «Inévitablement, en vieillissant, les gens prennent des chemins différents, et c'est sain. Se séparer est la chose saine à faire. Rester ensemble pour faire quelques sous est malsain.»