En plus de faire sourire les initiés, ce clin d'oeil semble approprié: à l'instar du disque de 1976, Clockwork Angels abrite un concept. Et puis, il n'évoque pas la belle époque en vain: les 12 compositions sont à ranger parmi les réussites de Rush, éclipsant les parutions en dents de scie des dernières années.
Comment les gars ont-ils renoué avec l'inspiration? L'une des réponses réside dans l'unité du projet. Les textes, signés par le batteur Neil Peart, relatent l'épopée d'un jeune homme dans un monde futuriste parallèle, où les machines à vapeur et l'alchimie font partie du quotidien. L'histoire est suffisamment élaborée pour que le romancier Kevin J. Anderson se charge d'en tirer un roman appartenant à la veine steampunk... Mais ce qui distingue peut-être le plus l'album de ses prédécesseurs est le fait qu'au beau milieu de l'enregistrement, Lee, Peart et Alex Lifeson (guitares) ont décidé de tout mettre sur la glace pour prendre la route.
«On avait écrit cinq chansons - quatre ont survécu - et puis on est allés en tournée durant quelques mois pour amener notre jeu à un certain niveau, car quand vous donnez des spectacles, vous jouez tellement que vous trouvez une dextérité particulière et votre savoir-faire est affiné, explique Geddy Lee. On s'était dit que lorsqu'on reviendrait en studio, on pourrait bénéficier de ça, mais la tournée a été très populaire, on a continué de donner des concerts et sans qu'on s'en rende compte, l'album était devenu ce truc oublié...»
L'essence du trio
Les maintes performances de Rush n'ont pas que mis les sens des musiciens en alerte, elles ont teinté le son d'ensemble de Clockwork Angels. Bien qu'on entende çà et là des cordes et des claviers, c'est principalement la batterie hyperactive de Peart, les guitares incisives de Lifeson et la basse de Lee qui brillent. D'ailleurs, ça faisait longtemps qu'on avait autant entendu la quatre-cordes de Lee aussi mordante que sur Seven Cities of Gold ou Headlong Flight.
«Avec l'album Snakes & Arrows, il y avait une foule de pistes ajoutées, des couches de guitares acoustiques et électriques, et on a réalisé que jusqu'à un certain point, on n'avait pas suffisamment fait confiance à la structure de base des chansons pour qu'elles soient le fruit d'un trio. On a voulu corriger ça.»
Les musiciens n'ont pas lésiné sur les stratégies pour secouer leurs habitudes. Lee et Lifeson ont même échangé leurs instruments durant la session d'écriture de The Wreckers, quelque chose qu'ils s'étaient rarement permis, ego oblige. Comme avec la vieillesse vient la sagesse, Lee a retenu la ligne de basse écrite par son comparse, et Lifeson a opté pour la retenue préconisée par son vieil ami à la guitare.
Les gars ont par ailleurs renoué avec le réalisateur Nick Raskulinecz, qu'ils avaient recruté pour Snakes & Arrows (2007). Celui-ci a servi de guide à Neil Peart dans l'élaboration de ses partitions de batterie, ainsi qu'à Lee, pour ses envolées vocales. De toute évidence, une grande confiance s'est installée entre l'Américain et le trio canadien, ce qui a été bénéfique.
Revoir le passé
Avant de partir en tournée, en 2010, Rush avait décidé de rendre publiques les deux premières chansons de Clockwork Angels. En retournant en studio après une absence d'un an et demi, les gars ont senti qu'il y avait un décalage entre ces pièces et les nouvelles. Ils ont donc procédé à un remixage, de même qu'à quelques ajouts. Ils ont été si satisfaits du résultat qu'ils songent à appliquer cette médecine à leurs disques précédents, en particulier à Vapor Trails (2002), dont le traitement sonore, fortement compressé, a été critiqué...
«On a appris quelque chose durant le mixage de ce disque et plutôt que de faire Vapor Trails au grand complet, on pourrait prendre des pièces de Vapor Trails ainsi que des autres albums et inviter des gens à les remixer. Je crois que ce serait quelque chose d'intéressant sur le plan rétrospectif.»
Lors de la tournée Time Machine, Rush s'était permis de reprendre l'album Moving Pictures (1981) en entier. Geddy Lee dit avoir adoré l'expérience au point d'être prêt à la tenter de nouveau, avec un autre disque marquant de Rush. Il est trop tôt pour dire si l'aventure sera tentée, mais il est certain qu'une grosse portion de Clockwork Angels sera au coeur de la série de spectacles, qui débutera en septembre. Une halte est prévue au Centre Bell de Montréal le 18 octobre, et il n'est pas impossible qu'une date s'ajoute pour Québec. Lee garde d'ailleurs d'excellents souvenirs du concert donné sur les plaines d'Abraham, en juillet 2010.
«On a adoré ce show! On aime jouer à Québec, et il faut maintenant consulter les dieux des agendas pour voir quelles villes on pourra visiter de nouveau et intégrer à notre horaire. On essaie d'insérer, en particulier dans la portion 2013 de la tournée, Halifax, qu'on n'a pas visité depuis 20 ans je crois, et on pourrait peut-être inclure Québec. Faudra voir...»