(Québec) Qu'on soit fan de cinéma ou non, tout le monde a souvenir de cette image d'une Lune au visage humain, recouvert de crème fouettée, grimaçant après avoir reçu une fusée dans l'oeil. Il s'agit là de l'une des scènes du Voyage dans la Lune, tourné en 1902 par Georges Méliès. On a longtemps cru que ce film fondateur du septième art, d'une durée de 13 minutes 56 secondes, et fabriqué avec un budget jugé énorme pour son époque (5000$), avait été perdu à jamais. C'était avant qu'on en retrouve un exemplaire, en 1993, à Barcelone, et que s'engage un travail de restauration de longue haleine, le plus ambitieux de l'histoire du cinéma, et dont le résultat a été présenté en primeur, l'an dernier, au Festival de Cannes.
Joyau du patrimoine cinématographique
Les nouveaux outils numériques ont permis de restaurer une par une les 13 375 images du film, tourné à l'origine en noir et blanc, et que des ouvrières avaient repeintes à la main et au pinceau. Tout ce travail pour préserver un joyau du patrimoine cinématographique mondial. L'oeuvre phare de Méliès (dont l'histoire est au coeur de Hugo, de Martin Scorsese, lui-même engagé dans la préservation des films anciens) était la superproduction de son temps. En entrevue au magazine Studio Ciné Live de janvier, Serge Bromberg, l'un de maîtres d'oeuvre du projet de restauration, explique: «Lorsqu'on regarde ce film, on regarde l'Avatar de 1902. C'est un film que le monde entier a connu en l'espace de quelques semaines, alors qu'il n'y avait ni Internet ni les moyens de distribution actuels. C'est le film le plus piraté et le plus vu de son époque. Des centaines de milliers de gens se précipitent dans les salles, alors que le cinéma n'a que six ans. [...] C'est un film qui appartient au monde et à l'imaginaire collectif.»