Ivy: au-delà des étiquettes

Si Ivy parle surtout d'amour sur son nouveau... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Si Ivy parle surtout d'amour sur son nouveau CD, il a parfois aiguisé son crayon, notamment pour écorcher le traitement réservé à la langue française.

Le Soleil, Steve Deschênes

(Québec) Quand est venu le temps d'enregistrer le successeur du livre-album Slamérica (2008), le slameur Ivy s'est questionné sur la direction à emprunter. S'en tiendrait-il à la déclamation de vers? Jusqu'où laisserait-il aller la mélodie? Au-delà des carcans et des étiquettes, son directeur musical Philippe Brault a posé une question cruciale: «Pourquoi ne pas tout simplement faire un album d'Ivy?»

Hors des sentiers battus, lancé cette semaine, est donc un album d'Ivy. Le texte est bien entendu toujours au coeur du projet. Des poèmes touffus, qui se déploient en plusieurs dimensions. Le poète s'y fait toutefois moins dénonciateur, moins revendicateur que par le passé. S'il a aiguisé son crayon pour écorcher la question nationale ou le traitement réservé à la langue française, c'est davantage l'amour - «l'autre partie importante de ma vie», illustre-t-il - qui nourrit sa poésie.

Ivan Bielinski, alias Ivy, travaille avec les mots. Il les façonne et les agence dans sa propre création. Il les partage et les transpose aussi dans des ateliers qu'il offre à des jeunes. Il a rencontré des ados poqués à qui il pourrait dédier le texte L'enfance, ancré dans la souffrance, mais teinté d'une note d'espoir: «contre les maux, trouve les mots» et «l'enfance, c'est qu'un sale moment à passer». «La notion d'encouragement, ça vient de mon travail avec eux. Je n'aurais pas donné ça avant», admet le slameur.

Si des milieux plus durs ont fait ressortir cette touche lumineuse, l'élite, au contraire, lui a inspiré une virulente prise de position sur la langue. Avec le Yankee Paul Cargnello en renfort, My Name Was prend des allures de brûlot, de charge en règle contre les affronts que les Québécois font subir au français.

«Ce sont des choses banales qu'on fait tous les jours dans le langage oral, mais que je trouve inacceptables arrivé à un certain point, quand le niveau de langue ne suit pas la fonction, avance-t-il. Je m'inquiète beaucoup pour la situation du français. Et je pense que la plus grande menace qui pèse sur lui, elle vient de nous-mêmes. Ce n'est pas les Anglais ni les immigrants qui sont dangereux», plaide l'artiste, qui dénonce particulièrement «la pénétration insidieuse et très complaisante de l'anglais dans notre langue».

Musicalement, l'univers d'Ivy prend de l'ampleur sur Hors des sentiers battus: un quatuor à cordes, un cor, un tambour autochtone... mais pas de guitare électrique, comme le certifie un sceau imprimé dans le livret!

«Pour le premier [album], il y avait une volonté de s'en tenir plus à la déclamation. Mais on avait aussi moins de budget. Cette fois, je me suis moins privé de faire de la musique, d'épouser la mélodie», note le poète, qui voudrait bien faire voyager cet univers sonore sur scène. «Au lancement, j'avais pas mal tous les musiciens, indique-t-il. L'idée des cordes était là depuis le début. C'est ça que j'ai envie de faire entendre. C'est ça, le projet.»

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