À la (re)découverte de Pink Floyd

Pink Floyd a beau avoir cessé ses activités au milieu des années 90 et perdu... (Conception photographique, Storm Thorgerson)

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Conception photographique, Storm Thorgerson

(Québec) Pink Floyd a beau avoir cessé ses activités au milieu des années 90 et perdu son claviériste Rick Wright en 2008, victime d'un cancer, sa musique reste profondément vivante. À compter de mardi, EMI mettra en circulation l'ensemble du catalogue du quatuor britannique dans trois nouvelles éditions, toutes remasterisées. Certains titres seront même offerts en coffret de six ou sept disques ou en version augmentée de deux ou trois CD. Storm Thorgerson, qui a signé la grande majorité des pochettes et des films du groupe et qui a supervisé le volet visuel des rééditions, a généreusement répondu à nos questions.

Q Dans le livre Mind Over Matter, qui retrace votre longue collabora-tion avec la formation de Roger Waters (voix, basse), David Gilmour (voix, guitares), Nick Mason (batterie) et Rick Wright (claviers), vous constatiez combien le rock est un milieu particulier, où les fans achètent un même album à plus d'une reprise. Ça semble plus vrai que jamais avec Why Pink Floyd?, non?

R Oui et non, car les coffrets Immersion, par exemple, sont très différents. La série Discovery est comparable aux albums originaux; avec Experience, c'est un peu différent. Si vous achetez le coffret Discovery, vous faites une bonne affaire, car vous avez tous les albums et un livre. Si vous achetez la série intermédiaire, Experience, vous avez un CD de plus. Mais si vous optez pour les coffrets Immersion, vous avez énormément de matériel supplémentaire. Évidemment, je suis un designer, alors ce n'est pas exactement ma spécialité de vous dire ce qui est le mieux, mais la qualité sonore a été améliorée; on y retrouve des maquettes et si vous êtes intéressés à plonger plus à fond dans l'univers de Pink Floyd, les bouquins sont très intéressants.

Q Diriez-vous que c'est avec Pink Floyd que vous avez fait vos projets les plus fous? Je songe à la pochette d'Animals, où le cochon gonflable survolant la centrale électrique de Battersea, à Londres, avait échappé à votre contrôle et côtoyé des avions...

R Pas nécessairement, mais peut-être! À titre de créateur, nous sommes soumis à un équilibre qui nous fait parfois sombrer du côté de la folie. On [Thorgerson et son équipe] fait des trucs étranges de temps à autre et on les fait tous pour vrai.

Q Plusieurs personnes croient pourtant que les pochettes sont manipulées par ordinateur. Qui pourrait deviner que quelqu'un ferait installer 200 lits métalliques le long d'une plage le temps d'une simple photo?

R Deux fois! On l'a fait deux fois! Il pleuvait la première, alors il a fallu retirer tous les lits, puis tout rapporter! Mais bon, c'était pour A Momentary Lapse of Reason et ça semblait approprié... La raison pour laquelle nous faisons ça pour vrai n'est pas obscure : c'est simplement parce que ça paraît mieux. Si ce n'était pas le cas, je ne le ferais pas. Que ce soit des lits sur une plage ou un homme en feu, que ça ait l'air impossible, stupide, amusant ou bizarre, ça paraît toujours mieux si c'est tiré d'un réel événement. Et puis, ça implique que je peux voir ça de mes propres yeux, ce qui serait impossible autrement. Quand on a fait The Division Bell, le groupe a mis du temps à réaliser qu'il s'agissait de réelles sculptures... On a bâti ça et elles avaient l'air franchement incroyables. Mais si on n'avait pas fonctionné de cette manière, je ne les aurais jamais vues. Et pour tout dire, ça suscite chez moi un réel buzz d'apprécier ça de visu!

Q Vous avez été impliqué dans tous les albums de Pink Floyd, à l'exception de The Piper at the Gates of Dawn, The Wall et The Final Cut. Comment c'était de travailler sur la refonte visuelle de ce qui n'était pas votre création?

R On avait déjà pas mal travaillé sur le visuel de Piper [pour l'édition 40e anniversaire], donc c'était plus facile, et puis Syd [Barrett, cofondateur de Pink Floyd] était un de mes amis proches. Pour The Wall, c'était le travail de Gerald Scarfe, donc il n'y avait pas de liens avec moi. Quant à Final Cut, je n'ai jamais tellement eu d'intérêt pour celui-là. Je parle de la pochette, surtout; la musique, quoique différente, compte d'excellents moments. [...] Pour le coffret de The Wall, on a pu en tirer quelque chose de vraiment bien, car nous avions beaucoup de matériel. Il y a donc deux livres franchement intéressants, que vous ne pouvez trouver nulle part ailleurs.

Q Vous n'avez pas fait que des pochettes, vous avez aussi tourné des vidéoclips, comme le magnifique Learning to Fly, des concerts et des documentaires... Vous portez donc plusieurs chapeaux. Comment vous qualifiez-vous?

R Je tends à préférer les couvertures d'albums et les imprimés, probablement, parce que je m'y sens plus à l'aise. Je ne me vois pas tellement comme un cinéaste, mais un faiseur d'image, bien que j'aie fait des films. Je rêve, je crée ou j'imagine des images le plus souvent pour représenter de la musique. Je trouve ça passablement difficile, car ce n'est pas simple de condenser une grande oeuvre musicale en une image, mais j'aime ça.

Q Comment procédez-vous pour arriver à des pochettes aussi mythiques que celle de The Dark Side of the Moon, par exemple? Ce que l'on trouve en image comporte rarement des éléments clairement exprimés dans les textes...

R Je souhaite que ça reste intrigant et ouvert aux interprétations de la même manière que la musique, qu'on peut réécouter maintes fois, avec diverses interprétations ou sentiments. J'essaie d'illustrer ce qui est sous-jacent, les préoccupations des musiciens. Pas en tentant de représenter la musique telle quelle, mais avec ce qui est derrière. Ce qui est en amont de la musique sous-tend également l'aspect graphique.

Q Quand le vinyle a cédé sa place au CD, votre espace de création a considérablement rapetissé et là, avec le MP3, c'est devenu de la grosseur d'un timbre... Est-ce que les pochettes sont en voie de disparition?

R Ne me faites pas pleurer! Je vais éclater en sanglots et je n'ai pas envie de ça... Oui, mon canevas rapetisse; je trouve ça pénible, mais je n'y peux rien, alors je tente de m'adapter de mon mieux. Tout change, alors on fait des t-shirts, des panneaux d'affichage, des illustrations de CD et des MP3, des pubs dans les magazines, etc. Je suis habitué à différents formats. Je crois que ce qui est important pour moi, c'est de faire des trucs éclatés.

Q Votre travail est une portion importante de l'identité de Pink Floyd. Sentez-vous que votre apport a été reconnu, tant par le groupe que le grand public?

R Oh oui. Par le groupe, d'abord, parce qu'il ne m'a pas encore limogé - bien qu'il ait essayé - et par les fans, car quand je les rencontre, ils sont toujours agréables avec moi. Ils sont très curieux : ils cherchent toujours à savoir pourquoi il y a une vache sur la pochette d'Atom Heart Mother, et je crois que personne n'a la réponse encore aujourd'hui!

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