Le conflit étudiant, les troupes dépêchées en Afghanistan ou, bien sûr, l'historique bataille des plaines d'Abraham. Pas difficile de trouver des résonances québécoises, présentes ou passées, à l'oeuvre imaginée par Roger Waters alors qu'il était encore au sein de Pink Floyd. Le concept est aussi simple que génial : un mur, qui s'érige durant le concert, pour éclater à la toute fin, représente l'isolement susceptible de se produire entre les individus sur les plans personnel, social et politique. Ultimement, cette incommunicabilité mène aux affrontements, à l'intolérance, à la dictature.
Le concept est si universel que Waters a aisément pu mettre à jour son oeuvre lorsqu'il l'a ramenée en tournée, en septembre 2010. Une des bonnes idées de la nouvelle mouture, aussi touchante que brillante? Inviter le public à envoyer des photos de soldats, d'activistes ou de simples citoyens, victimes de la guerre, pour ensuite les intégrer aux projections afin qu'elles deviennent autant de briques dans le mur érigé.
Or voilà, est-ce qu'on assiste à un grand concert rock pour entendre parler de guerre, de mort et d'aliénation? Mettons que ce n'est pas la priorité. C'est d'abord et avant tout l'emballage spectaculaire de The Wall qui fait courir les foules, tout comme ses bons moments musicaux et, évidemment, le fait de voir une légende vivante sur les planches. Le message derrière? Souvent relégué au second plan.
D'ailleurs, quand est venu le temps de vendre son spectacle du 21 juillet par l'entremise d'une vidéo, le Britannique de 68 ans a lui-même insisté sur le caractère événementiel, sur comment ce serait impressionnant avec un mur de 800 pieds (ça, c'était lors de l'enregistrement, car on parle aujourd'hui de 1000 pieds), aux allures de Grande Muraille de Chine, qui serpentera les Plaines de chaque côté de la scène : «Si vous ne venez pas, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez vous!»
Plusieurs artistes world, qui donnent dans la chanson engagée ou traitent de réalités difficiles en préconisant des airs joyeux ou dansants, font le pari que, peut-être, une frange de leur public réfléchira à leur propos tout en s'éclatant. À certains égards, Waters fonctionne de la même manière, remplaçant la dimension dansante par des dispositifs scéniques qui en mettent plein la vue et les oreilles. S'il prêche à des convertis ou n'embarque peut-être pas tout le monde lorsqu'il entonne le poignant Bring the Boys Back Home, il parvient invariablement à faire hurler à des foules entières les «Tear down the wall» précédant l'écroulement du mur.
D'aucuns verront dans ce nouveau - et probablement dernier - chapitre de la saga The Wall une ultime déclinaison de l'ego de Waters, voire une mégaproduction masturbatoire. C'est, certes, du showbiz fort bien orchestré. Cependant, derrière les artifices, il y a ce qu'on trouve trop rarement dans ce type de show rassembleur : de la profondeur.
Waters, qui a bâti son lot de murs dans sa vie personnelle et professionnelle, peut espérer lors de cet immense concert pouvant accueillir 75 000 personnes, non seulement dénoncer l'incommunicabilité, mais créer une véritable communication entre les fans présents, de manière à faire honneur à la citation de son défunt ami et collaborateur Étienne Roda-Gil : «J'étais ici, j'ai senti quelque chose et peut-être que je n'étais pas seul.»