Cinq ans, c'est évidemment bien peu dans la vie d'une institution de cet ordre. Si on calcule que le Palais Montcalm a tout de même accueilli plus de 800 représentations publiques depuis sa réouverture, il devient intéressant de faire le point.
La qualité de l'acoustique de la salle Raoul-Jobin fait l'unanimité depuis le premier jour. L'expérimentation a permis de raffiner l'ajustement des paramètres au cours des années. Qu'on soit assis au parterre, à la corbeille ou au tout dernier rang du balcon, le son des instruments parvient à vos oreilles de la manière la plus fidèle possible. On dit même que plus on est haut, meilleur est la sonorité.
La salle Raoul-Jobin a apporté énormément aux interprètes d'ici. Regardez le cheminement des Violons du Roy, l'ensemble en résidence au Palais Montcalm. Son rayonnement ne cesse de croître. Les 20 et 21 mars, avec la Chapelle de Québec, le ténor Ian Bostridge, la soprano Karina Gauvin et quatre autres solistes du même gabarit, Bernard dirigera la Passion selon saint Jean de J. S. Bach à Raoul-Jobin avant d'aller présenter l'oeuvre à la Maison symphonique de Montréal, le 23, puis à Carnegie Hall, dans la grande salle s'il vous plaît, deux jours plus tard. Au risque de froisser la modestie des Violons du Roy, je dirai qu'il s'agit là d'un extraordinaire accomplissement.
Et au risque de passer pour carrément chauvin, j'ajouterai que parmi les meilleurs disques qu'il m'a été donné d'entendre ces dernières années, je place sans hésiter ceux que les Violons ont réalisés au Palais Montcalm, en particulier les Concertos de Bach enregistrés avec le pianiste Alexandre Tharaud. Quelle magnifique carte de visite!
Enfin, pas plus tard que cette semaine, les Violons du Roy annonçaient une nouvelle tournée nord-américaine de concerts en compagnie d'Emmanuel Pahud, l'automne prochain. Tournée qui se préparera et qui commencera ici même à Québec, dans votre Maison de la musique.
La salle Raoul-Jobin a fait ses preuves, mais, comme le signale Élise Paré-Tousignant, la responsable de la programmation du volet classique et elle-même une passionnée de musique, il y a encore beaucoup de monde qui devrait venir constater le résultat en personne.
Le Palais accueille différentes formes d'expression musicale, de sorte que bien des gens ont eu la chance de le découvrir et de l'adopter depuis 2007. Le concept même de Maison de la musique reste toutefois encore nouveau pour la population.
Pour vous donner une idée, la Société du Palais Montcalm ouvre ses portes à tous les styles de musique de concert, que ce soit la musique classique, le jazz, qui, en passant, a décollé en flèche, ou la musique du monde. Elle propose également des spectacles pour toutes les clientèles, c'est-à-dire qu'elle cherche à contenter à la fois les mélomanes avertis et ceux qui viennent assister à un concert pour la première fois de leur vie. Le juste équilibre ne doit pas être toujours facile à atteindre.
La Maison de la musique est encore toute jeune. Les responsables de la programmation expérimentent encore et innovent constamment. On propose maintenant au public d'entendre certains récitals depuis la corbeille-scène. C'est-à-dire que plutôt que de jouer vers la salle, les interprètes font face à la corbeille située derrière la scène. Ce sera le cas lors du passage du jeune pianiste Romain Descharmes, le 28 mai, et de celui du pianiste Éric Le Sage et du violoncelliste François Salque, le 30 mai.
La Société du Palais Montcalm a lancé il y a quelques jours une nouvelle formule d'abonnement flexible qui permet de se bricoler une saison sur mesure. Trois, quatre, cinq concerts ou plus, parmi près d'une vingtaine de propositions. Récitals de piano, concerts des Violons du Roy, art lyrique, musique de chambre. Non seulement on affiche des artistes internationaux comme le flûtiste Emmanuel Pahud ou le violoniste Anthony Marwood, mais on permet également aux musiciens professionnels de Québec, qu'ils appartiennent à l'Orchestre symphonique de Québec, comme le Trio Frontenac, ou aux Violons du Roy, comme les violoncellistes Benoît Loiselle et Raphaël Dubé, de se faire connaître et apprécier du public.
Parlant des musiciens d'ici, le Palais a réussi, après bien des efforts, à mettre la main sur Jean-François Lapointe, un baryton qui vit à Québec, mais qui passe le plus clair de sa carrière en Europe. Exceptionnellement cette saison, son nom figure parmi la distribution d'Eugène Onéguine et de Falstaff à l'Opéra de Québec. À Raoul-Jobin, le 2 juin, on pourra l'entendre interpréter des mélodies françaises, son répertoire de prédilection, accompagné par le pianiste Maurice Laforest. À vous d'en profiter. Pareille occasion pourrait ne pas se répéter avant des années.
Le Palais offre ainsi une vitrine unique non seulement pour découvrir les interprètes, mais aussi pour les entendre dans des conditions optimales. Si vous voulez savoir comment sonne vraiment l'Orchestre symphonique de Québec, c'est au Palais Montcalm qu'il faut venir l'entendre. À propos, je vous suggère le concert de mercredi. L'OSQ sera placé sous la direction du jeune chef québécois Jean-Michaël Lavoie. On ne va jouer que des choses jolies, délicates et séduisantes comme le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy, un extrait de la Fantastique de Berlioz, le Tombeau de Couperin de Ravel. Vous m'en donnerez des nouvelles.