2012-12-24 05:00:00.000

Django déchaîné: fouteurs de troubles

Jamie Foxx dans le rôle d'un esclave et...

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Jamie Foxx dans le rôle d'un esclave et Leonardo DiCaprio dans celui d'un esclavagiste tyrannique

Le SoleilÉric Moreault 4/5

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Éric Moreault

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) On attend un Tarantino comme, à une certaine époque, on espérait un Scorsese, un Coppola ou un Lynch. Avec ce sublime frisson d'anticipation et la hâte de découvrir l'objet unique que le réalisateur a concocté. Vous ne serez pas déçus par Django déchaîné, un film comme on en espérait plus de l'auteur de Pulp Fiction: maîtrisé, juste bien dosé et superbement dirigé. Avec, en prime, une volonté de revisiter la tache sombre de l'histoire américaine: l'esclavage.

Texas, 1858, deux ans avant la guerre de Sécession. Django (Jamie Foxx) est un esclave lorsque son chemin croise celui du Dr King Schultz (excellent Christoph Waltz), un chasseur de primes allemand. «C'est comme de l'esclavage, mais, dans mon cas, la viande est froide...» Il lui rend la liberté en échange d'information sur des desperados.

Les deux font ensuite la paire pour traquer les plus dangereux criminels du sud des États-Unis - et deviennent de sacrés fouteurs de troubles. Mais Django ne perd jamais de vue son objectif principal: arracher sa femme des griffes d'un esclavagiste tyrannique, le dandy Calvin Candie (Leonardo DiCaprio).

Lorsque ceux-ci arrivent sur la plantation de Candie, ils sont témoins d'exécutions abjectes et de pratiques barbares qui va enclencher un redoutable engrenage de vengeance sauvage.

L'esclavagisme étant la forme la plus obscène du racisme, Quentin Tarantino en profite pour en démontrer tous les aspects répugnants, de ses manifestations les plus évidentes (le Ku Klux Klan, la torture) jusqu'aux plus subtiles («un Negro à cheval?»), en passant par les plus navrantes. Comme Stephen (stupéfiant et méconnaissable Samuel L. Jackson), le valet de Candie, dont l'asservissement fait penser à celui des garde-chiourmes dans les camps de concentration. Django n'est pas un film à thèse pour autant.

Aspect gore

Ceux qui recherchent l'aspect plus gore du réalisateur seront servis à souhait avec la dernière demi-heure: l'hémoglobine gicle dans tous les coins. Mais toujours avec cet aspect décalé, comme un sourire en coin, qui dit: «Ce n'est que du cinéma.» Il y en a d'autres aussi - le réalisateur a toujours été excessif, ce n'est pas Django déchaîné qui va le changer.

Sauf que Tarantino s'est beaucoup plus évertué à faire du cinéma qu'à démontrer qu'il est un maître de la grammaire cinématographique. Pas d'esbroufe à la caméra (ou si peu), plutôt de magnifiques travellings et panoramiques lents, ni de montage frénétique: son film respire. Le réalisateur y est au sommet de son art. Alors qu'on pouvait craindre qu'il devienne la caricature du cinéaste de talent des débuts, il renouvelle sa façon de raconter une histoire en images. Même si ses ralentis caractéristiques dans les scènes d'action sont encore utilisés - mais avec plus de retenue.

Il a, comme d'habitude, soigné sa bande sonore, en phase avec son western spaghetti, utilisant même certains de ses enregistrements de collectionneur, mais aussi des pièces originales.

Django déchaîné se veut d'ailleurs certainement un clin d'oeil à Django (1966), un western spaghetti réalisé par Franco Nero qui démontre certaines similitudes scénaristiques, et à Unforgiven, de Clint Eastwood, le minimalisme formel en moins. Comme chez Sergio Leone, Tarantino étire parfois la sauce - notamment la séance du repas chez Candie, beaucoup trop longue. Mais certaines séquences extérieures, absolument splendides, ont le caractère sauvage des films de John Ford et d'Howard Hawks.

Tarantino s'est aussi amusé à insérer des éléments du mythologique Ring de Wagner. La femme de Django s'appelle d'ailleurs Brünnhilde. Ce qui fait dire au Dr Schultz qu'il lui fera plaisir d'aider Django à devenir son Sieg- fried (la conclusion funeste en moins). Et il nous sert son humour de bottine habituel. Peu importe.

Parce qu'au bout du compte, Django déchaîné est un pur moment plaisir cinématographique et un intéressant portrait d'époque, fut-il complètement fictif. Quentin Tarantino s'y est débarrassé de la plupart des ses tics nerveux au profit d'une esthétique plus épurée (pour du Tarantino, s'entend). Et le gars a le sens de la mise en scène. Une belle réussite.

****

Au générique

Titre: Django déchaîné

Genre: western

Réalisateur: Quentin Tarantino

Salles: Beauport, Le Clap (v.o.a.), Lido (Lévis), Sainte-Foy

Classement: 13 ans

Durée: 2h45

Cote: ****

On aime: la maîtrise formelle, la dénonciation de l'esclavagisme, la bande sonore

On n'aime pas: quelques longueurs, l'aspect parfois trop bavard

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