«C'est dur de tirer la plogue d'un projet. Il faut être capable de le faire, c'est pas évident», a lancé en entrevue au Soleil mercredi soir le président de la Société de développement Angus (SDA).
Mais après 15 mois de travail et 180 000 $ perdus dans l'aventure, M. Yaccarini abandonne son projet de bâtir d'ici 2014 une dizaine de salles sur un terrain à l'angle des rues Saint-Vallier Est et Saint-Anselme.
Des études de marché concluaient à un projet de 17 millions $. Impossible sans fonds publics, avait assuré au Soleil en août le promoteur, qui souhaitait demander 8,5 millions $ au gouvernement provincial.
Mais voilà, obtenir un tel financement, même s'il ne provient pas de la Ville, demande un appui de la mairie. Ce que M. Yaccarini n'a pas obtenu.
«On ne subventionnera pas un cinéma dans Saint-Roch. On ne fera pas ça», avait tranché Régis Labeaume en septembre.
Mercredi, le président d'Angus s'est bien défendu de blâmer le maire de Québec. Mais en même temps, difficile de ne pas percevoir une pointe d'amertume chez celui qui estime que ce manque d'appui a en quelque sorte coupé les ailes de son projet.
«J'ai pris note de sa décision. Et, oui, ça entre dans la donne. Il faut que la Ville soit derrière un projet comme ça. Le maire n'est pas intéressé, qu'est-ce que tu veux que je fasse?»
Résigné, Christian Yaccarini assure que la SDA trouvera une autre vocation pour le terrain de la rue Saint-Anselme. Et il se dit toujours convaincu que Saint-Roch a besoin d'un cinéma. Celui auquel il rêvait aurait présenté des films commerciaux, mais aussi des productions étrangères et indépendantes, à ses yeux trop peu distribuées dans la capitale.
Aujourd'hui, il se dit «très inquiet» du quasi-monopole d'un gros joueur comme Cineplex à Québec. «Avec la concentration, on va se retrouver avec un seul distributeur», déplore celui qui a passé la dernière année à monter son projet avec les membres d'un groupe de travail.
Efforts salués
Parmi eux se trouvait le cinéaste indépendant Samuel Matteau. Joint par Le Soleil mercredi soir, il a salué les efforts déployés par le promoteur pour rallier ceux qui gravitent autour du cinéma à Québec.
«Il a monté une équipe, il était très sensible au milieu», dit-il. «Ce n'était pas juste un gars qui s'implante à Québec pour faire de l'argent. On a travaillé très fort pendant 15 mois», a laissé tomber M. Matteau.
La conseillère du district des Faubourgs, Chantal Gilbert, continue aussi de penser qu'un cinéma est essentiel dans la basse ville, orpheline d'écrans depuis la fermeture de Place Charest en avril 2011.
«Un centre-ville comme Québec sans cinéma, c'est un vide artistique, dit-elle. Il faut un cinéma qui soit accessible pour les familles du quartier. J'espère que quelqu'un d'autre va lever la main.»