Trente ans plus tard, l'adolescente est devenue une actrice accomplie qui a travaillé avec les plus grands, Chabrol, Téchiné, Rivette, Varda, Doillon et bientôt Lelouch. Sandrine Bonnaire est aussi passée derrière la caméra, en 2007, pour un documentaire consacré à sa soeur autiste, Elle s'appelle Sabine. Une expérience qui l'a comblée au point de signer son premier film de fiction, J'enrage de son absence, présenté en mai à la Semaine de la critique à Cannes et, cette semaine, au Festival de Namur.
La nouvelle réalisatrice n'a pas hésité à sortir tôt du lit, en ce petit dimanche ensoleillé, pour venir en jaser avec la presse, avec un doux sourire et une affabilité de tous les instants, décontractée dans ses jeans et un chemisier noir. L'adolescente rebelle des films de Pialat et Varda (Sans toi ni loi) a fait place à une femme mature et méticuleuse, toujours à la recherche d'un sens à donner à son art.
J'enrage de son absence traite d'un sujet difficile, le deuil d'enfant. Un homme d'affaires américain, Jacques (William Hurt), refait surface dans la vie de son ex-femme, Mado (Alexandra Lamy). Dix ans auparavant, le couple avait éclaté après la mort accidentelle de son fils unique. Incapable d'oublier le drame, Jacques en vient à s'attacher au garçon de sept ans que Mado a eu avec un nouveau conjoint. Une relation secrète qui ne sera pas sans provoquer l'orage...
La perte d'un enfant représente l'épreuve ultime pour un couple, reconnaît la cinéaste. La plupart finissent par se laisser. «Dans le train, en revenant de La Rochelle, j'ai croisé un homme et une femme qui avaient vécu ce drame. Le couple est resté ensemble, s'est soutenu, ce qui est assez rare, car généralement, ça se termine par une séparation. Ça peut s'expliquer: tout tourne autour de la douleur, du souvenir du malheur.»
Pour incarner le rôle du père ravagé par le deuil, Sandrine Bonnaire a fait appel à son ancien compagnon de vie, l'Américain William Hurt. Qui parle un excellent français, rappelle-t-on pour la petite histoire, lui qu'on a vu en 2007 dans la télésérie québécoise Rivière-des-Jérémie.
«C'est un immense acteur auquel j'ai eu envie de rendre hommage», confie la cinéaste au sujet du père de sa fille aînée. «Il porte en lui quelque chose de grave, alors ça aide forcément le film. William n'a pas besoin de faire grand-chose pour être habité par un rôle. Il est extrêmement charismatique. Quand il prend un rôle, on y croit, il a une intégrité forte. Pour ce personnage, bizarrement, il ne fallait presque pas jouer, il ne fallait pas voir les artifices de l'acteur, car c'est un sujet trop fort et trop universel. Son travail a été de se dépouiller, d'être dans le renoncement, d'être là, mais avec beaucoup de distance par rapport au personnage.»
Sandrine Bonnaire la réalisatrice ne renonce pas pour autant à son métier d'actrice. C'est ainsi qu'elle entreprendra au début de l'an prochain, le tournage du prochain Claude Lelouch, Salaud, on t'aime, avec Johnny Halliday et Eddie Mitchell. «C'est cool l'idée de jouer avec deux rockeurs.»
J'enrage de son absence sortira sur les écrans français le 31 octobre. Aucune date n'a été fixée au Québec pour le moment.
On a vu au Festival:
Pauline détective
Marc Fitoussi
France/Belgique
**
J'enrage de ton absence
Sandrine Bonnaire
France
** 1/2
****
LU
La bande-annonce du film Au nom du fils dans un... confessionnal. C'est ce moyen fort original que le distributeur belge a trouvé pour en faire la promotion, vendredi soir, au party d'ouverture du FIFF se déroulant dans une ancienne église. Avec, comme rabatteur de volontaires, un comédien déguisé en curé...
VU
Le nom d'une ruelle namuroise baptisée... L'impasse des célibataires. Même dans la toponymie, toujours cet humour belge...
ENTENDU
«Le bonheur est une chose qui se sent et se ressent, et non qui se raisonne et se définit.» (Sandrine Kiberlain) dans Pauline détective, de Marc Fitoussi)
Le déplacement et le séjour du Soleil à Namur ont été payés par le Festival international du film francophone.