Le parcours chaotique de ces quatre jeunes filles constitue le fil directeur du touchant et très réussi Catimini, de Nathalie Saint-Pierre. Après avoir remporté le prix du meilleur long-métrage au Festival d'Angoulême, en août, ce second film de la réalisatrice de Ma voisine danse le ska (2003) est présenté à Namur cette semaine.
Le film n'est pas une charge à fond de train contre la Direction de protection de la jeunesse. Les intervenants et les adultes ne sont «ni admirables ni exécrables», avoue d'entrée de jeu la cinéaste montréalaise, en entrevue au Soleil. Son objectif premier, et fort pertinent, est de présenter la réalité du point de vue de l'enfant.
Ce qu'elle réussit admirablement, forte du jeu hyperréaliste de jeunes comédiennes dénichées dans des agences de casting : la petite Émilie Bierre (qui rappelle la Ponette de Jacques Doillon), Joyce Tamara-Hall, Rosine Chouinard-Chauveau et Frédérique Paré. De l'aplomb devant la caméra, ces jeunes filles en ont à revendre, surtout les deux dernières.
Dès sa première année, à l'école primaire, il y a 35 ans, Nathalie Saint-Pierre se souvient d'avoir été frappée par le comportement différent de ces gamins nés sous une mauvaise étoile. «On sentait déjà la stigmatisation à l'égard de ces enfants très turbulents. Il y avait un clash entre eux et les autres élèves.»
Catimini suit à tour de rôle «la vie en pointillés» du quatuor. Famille d'accueil, foyer de groupe, centre jeunesse. À chaque étape, la désillusion, la perte d'estime de soi, l'incapacité à respecter les règles, le désir omniprésent de retrouver sa vraie famille, fut-elle dysfonctionnelle. «Même un enfant battu aime sa famille. Il veut seulement que les agressions cessent.»
Du groupe, Mégane est la plus révoltée. Et pour cause. Enfance cauchemardesque où elle a vu son père tuer sa mère sous ses yeux. Des fugues à répétition, et maintenant de la coke plein le nez. À l'autre bout du spectre, il y a la petite Cathy, six ans, renfermée et craintive, qui vient d'arriver dans sa nouvelle famille d'accueil. En souhaitant en silence que ce soit sa dernière. On lui souhaite, à la petite.
Chaque année, au Québec, environ 10 000 enfants sont placés dans des familles d'accueil. Plusieurs passent d'un foyer à un autre. Quinze pour cent connaissent plus de quatre déplacements en moins de deux ans. «Ce n'est pas rien de se faire déplacer. Le ballottement est un grave problème, mais de plus en plus, on essaie de favoriser une stabilité, un projet de vie pour les enfants», constate avec optimisme la réalisatrice, mère d'une fille de 22 ans.
Car, avant de devenir une adolescente perturbée qui crie maladroitement son désespoir, Mégane était une petite Cathy, il ne faut pas l'oublier, insiste Nathalie Saint-Pierre. Une fillette qui ne souhaitait qu'une chose: de l'amour et de la compréhension pour pallier un tant soit peu un début d'existence misérable.
La première québécoise de Catimini aura lieu dans une dizaine de jours, au Festival du nouveau cinéma de Montréal. Sa sortie commerciale (appuyée par le distributeur Axia Films) est prévue pour janvier.
Catimini
Nathalie Saint-Pierre
Québec
*** 1/2
****
LU
Une affiche d'un candidat indépendant pour les élections communales belges. Bruno Willemart, 54 ans, un retraité de l'armée, se présente à Namur et ne se donne aucune chance de l'emporter. Son slogan? «Ne votez pas pour moi.» On comprend son pessimisme.
VU
Le jeune acteur belge Zacharie Chasseriaud, 16 ans, venu tourner à Québec, en juin, le film Deux temps, trois mouvements. L'adolescent, récompensé d'un prix à Namur l'an dernier pour son rôle dans Les géants, présente deux longs-métrages au Festival international du film francophone (FIFF) de Namur cette année, Tango libre et Au nom du fils.
ENTENDU
La toune I Got a Feeling, de Black Eyed Peas, reprise par le band Le bal des acteurs, dans une... église, vendredi soir, au party d'ouverture du FIFF. La ville a fait de l'ancienne église Notre-Dame un espace culturel. Les tableaux du chemin de croix du Christ, les confessionnaux, le jubé, tout est encore là. Assez spécial, merci. À quand le party d'ouverture du Festival de cinéma de la Ville de Québec à l'ancienne église Saint-Coeur de Marie, sur Grande Allée?
* Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Namur sont payés par le Festival international du film francophone.